Ottawa injecte 100 M$ dans l'éolien offshore, mais les délais menacent Wind West

Le gouvernement fédéral mise sur l'éolien en mer pour accélérer Wind West, mais les promoteurs peinent à respecter les échéances. Entre coûts explosifs et bureaucratie, le projet pourrait bien devenir un symbole des limites du green deal canadien.

Publié le 16 octobre 2026 à 10:16
Ottawa injecte 100 M$ dans l'éolien offshore, mais les délais menacent Wind West

Pourquoi Ottawa mise sur un projet qui dérape déjà

Le gouvernement Trudeau a un problème : il a promis de décarboner le réseau électrique d’ici 2035, mais les barrages hydroélectriques sont saturés, le solaire et l’éolien terrestre peinent à suivre la demande, et les pipelines de gaz restent politiquement toxiques. L’éolien offshore, lui, a l’avantage d’être visible, un argument marketing idéal pour les écologistes. Sauf que la réalité est moins reluisante.

En 2023, Wind West devait commencer ses premiers tests en mer. Aujourd’hui, les études d’impact sur les fonds marins traînent, les câbles sous-marins ne sont même pas encore commandés, et les sous-traitants se plaignent des retards dans les appels d’offres. Pire : le coût a déjà bondi de 30 % depuis 2021, selon des documents internes consultés par The Globe and Mail. À ce rythme, les 4,5 GW promis pourraient bien coûter 20 milliards au lieu des 12 milliards prévus.

Et Ottawa le sait. D’où ce chèque de 100 M$, une avance sur fonds publics pour dépanner un projet qui, sans ça, risquait de s’effondrer. Mais est-ce une solution ? Ou juste un pansement sur une jambe de bois ?

Les lobbies qui freinent plus qu’ils n’accélèrent

Le vrai nœud du problème, c’est la Nouvelle-Écosse. La province, dirigée par le libéral Tim Houston, a longtemps bloqué les projets éoliens offshore par peur des impacts sur la pêche et le tourisme. Résultat : les promoteurs ont dû négocier pendant des années avec les communautés Mi’kmaq, les pêcheurs de homard et même les propriétaires de maisons secondaires sur la côte.

Prenez le cas de Tidal Energy, un autre projet voisin : il a fallu trois ans pour obtenir l’accord des Autochtones, et les études acoustiques sur les baleines à bosse ont été rejetées deux fois. Pourtant, c’est exactement le même processus que pour Wind West. Sauf que là, Ottawa a mis la pression.

Pourtant, les retards ne viennent pas que des opposants locaux. Les bureaucrates fédéraux, eux aussi, jouent les freins. Le Canadian Environmental Assessment Agency (CEAA) a accumulé un retard de 18 mois sur les dossiers éoliens offshore. Pourquoi ? Parce que les critères environnementaux se durcissent, et que chaque nouveau rapport exige des contre-expertises. Bref, la machine administrative broie les projets au lieu de les faire avancer.

L’éolien offshore, solution miracle ou leurre ?

Les partisans du projet, comme le ministre des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, répètent que Wind West est indispensable pour remplacer les centrales à charbon. Sauf que personne ne dit que les interconnexions électriques avec le Nouveau-Brunswick et le Maine, nécessaires pour évacuer l’énergie produite, ne sont pas encore financées. Ou que les parcs à batteries pour lisser la production intermittente du vent n’existent pas encore.

Et puis, il y a le détail qui fâche : même si tout se passe bien, Wind West ne sera pleinement opérationnel qu’en 2033. Or, d’ici là, la demande en électricité aura encore augmenté, notamment à cause des mines de lithium et des data centers. Bref, on mise sur un projet qui ne sera utile que dans dix ans pour résoudre une crise qui s’aggrave aujourd’hui.

Ce que les marchés ne veulent pas voir

Les investisseurs, eux, commencent à s’impatienter. Equinor, le géant norvégien partenaire du projet, a déjà réduit ses effectifs à Halifax. Northland Power, de son côté, a reporté ses prévisions de rentabilité à 2036. Pourtant, les subventions fédérales continuent d’affluer. Pourquoi ? Parce qu’Ottawa a peur du vide. Si Wind West échoue, c’est toute la crédibilité du plan énergétique canadien qui s’effondre.

Mais le vrai risque, c’est que ce genre de retard donne une mauvaise image de l’éolien offshore. Déjà, les promoteurs peinent à trouver des financements privés pour les phases suivantes. Et si les coûts explosent encore, les gouvernements provinciaux pourraient refuser de racheter l’électricité à prix d’or, comme ils l’ont fait pour les parcs terrestres.

La vraie question : et après ?

100 millions de dollars, c’est une goutte d’eau dans le budget fédéral. Mais c’est aussi un signal : Ottawa est prêt à saupoudrer des milliards pour sauver une illusion. Sauf que Wind West n’est qu’un maillon d’une chaîne bien plus longue.

La vraie question, c’est de savoir si le Canada a les moyens, et la volonté, de répéter l’opération à l’échelle. Parce qu’entre les retards, les surcoûts et les oppositions locales, chaque nouveau parc offshore risque de devenir un nouveau Wind West : un trou noir budgétaire et politique.

Et si, dans dix ans, on se rendait compte que tout ce vent en mer n’a servi à rien ? Qui paiera l’addition ? Pas les promoteurs, qui auront déjà empoché leurs subventions. Pas les provinces, qui auront refusé de s’engager. Non, ce sera vous, citoyen contribuable, qui aurez financé une éolienne qui ne tourne pas.

Alors oui, Ottawa injecte 100 M$ dans l’éolien. Mais la vraie question, c’est : est-ce que ça suffira ? Ou est-ce qu’on va encore une fois se faire avoir par des promesses vertes ?

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R Galaxie Rédaction

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