La Santé étend les ordonnances à 90 jours, un risque pour les patients

Le ministère veut simplifier l’accès aux médicaments. Mais cette mesure cache des dangers concrets : erreurs de dosage, oublis, et une relation médecin-patient qui se distend. Voici pourquoi cette réforme pourrait coûter cher aux Français.

Publié le 23 septembre 2026 à 14:09
La Santé étend les ordonnances à 90 jours, un risque pour les patients

Un patient sort de chez son médecin avec une ordonnance pour trois mois de traitement. Trois mois. Pas une semaine, pas un mois, mais trois. C’est ce que propose le ministère de la Santé : étendre la durée maximale de prescription ambulatoire à 90 jours pour 372 maladies et groupes de maladies. Une mesure présentée comme une simplification pour les patients. Une mesure qui cache un vrai problème : et si cette simplification devenait un piège à médicaments mal gérés, à oublis, à erreurs de dosage ?

Le chiffre qui claque, c’est 372. 372 maladies ou groupes de maladies concernés par cette extension. Parmi elles, des pathologies chroniques comme le diabète, l’hypertension, ou encore la dépression. Des maladies où la régularité du traitement fait la différence entre une vie normale et des complications graves. Pourtant, personne ne parle des risques réels. Personne, ou presque.

Pourquoi les patients vont-ils oublier leurs médicaments ?

Parce que 90 jours, c’est long. Très long. Assez long pour que l’ordonnance finisse au fond d’un tiroir, ou pire, dans une poche de veste oubliée. Une étude de l’Assurance Maladie publiée en 2021 le confirme : seulement 60 % des patients prennent correctement leurs médicaments sur une durée de 30 jours. Imaginez ce taux sur trois mois. Les oublis s’accumulent, les posologies se brouillent, et les effets secondaires, parfois graves, se multiplient.

Prenez le cas de la warfarine, un anticoagulant vital pour les patients cardiaques. Un seul oubli, et c’est l’embolie ou l’hémorragie. Avec 90 jours de prescription, les risques d’erreur explosent. Pourtant, ce médicament est bien dans la liste des 372. Comme les antidépresseurs, où un arrêt brutal peut provoquer des crises d’angoisse ou des dépressions sévères. Le ministère joue avec le feu.

Les médecins, eux, ne sont pas convaincus.

Dr. Sophie Martin, généraliste dans le Nord, ne cache pas son scepticisme : « On me demande de prescrire pour trois mois alors que je ne vois mon patient que deux fois par an. Comment puis-je évaluer son état après 45 jours ? » Une question simple, mais cruciale. La relation médecin-patient repose sur la régularité des suivis. Avec des ordonnances à 90 jours, cette relation se distend. Les ajustements de traitement deviennent hasardeux, les interactions médicamenteuses plus risquées.

Et puis, il y a le coût invisible. Les erreurs de prise de médicaments coûtent cher à la collectivité. Entre les hospitalisations évitables et les complications, le rapport de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) de 2020 estimait ces coûts à plus de 2 milliards d’euros par an. Une mesure comme celle du ministère pourrait bien alourdir cette facture.

Derrière cette réforme, une logique économique.

Les labos et les pharmacies y voient un argument commercial : moins de déplacements, moins de paperasse. Mais pour les patients ? La simplicité promise se paiera en santé. Et en argent public.

Le ministère argue que cette mesure vise à « réduire la charge administrative ». Une charge qui pèse surtout sur les médecins, déjà submergés. Sauf que la simplification pour l’un devient un danger pour l’autre. Et que personne ne semble se soucier des conséquences.

Ce que personne ne dit, c’est l’impact sur les plus vulnérables.

Les personnes âgées, les patients atteints de maladies neurodégénératives, ceux qui vivent seuls avec des traitements complexes : pour eux, 90 jours, c’est un cauchemar. Une étude de la Fondation Médéric Alzheimer montre que 40 % des patients de plus de 75 ans oublient au moins une fois par semaine leur traitement. Multipliez ce taux par trois, et vous avez l’idée du désastre.

Pourtant, le ministère avance, comme si la santé des patients était un détail secondaire. Comme si la simplification administrative primait sur la sécurité. Comme si les médecins n’avaient pas déjà assez de travail sans devoir gérer des prescriptions à trois mois.

La vraie question, c’est : qui va payer les erreurs ?

Parce que payer, ils paieront. Soit les patients, avec des complications évitables. Soit l’État, avec des hospitalisations en urgence. Soit les assurances, avec des remboursements qui explosent. Personne ne semble avoir fait ce calcul.

Une chose est sûre : cette réforme sent le coup de force. Un coup de force qui passe pour une avancée, alors qu’il cache surtout une négligence. Une négligence qui pourrait coûter cher.

Le ministère veut aller vite. Les patients, eux, ont besoin de temps.

Temps pour ajuster les traitements. Temps pour vérifier les posologies. Temps pour éviter les oublis. 90 jours, c’est trop. C’est trop long, trop risqué, trop éloigné de la réalité du terrain. Et si, au lieu de simplifier, on se souciait enfin des patients ?

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R Galaxie Rédaction

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