Orange condamné à payer 40 000 euros après 59 jours sans Internet

Un tribunal vient de condamner Orange à verser 40 000 euros à une entreprise restée 59 jours sans connexion. Une décision qui révèle l’ampleur des dégâts quand le numérique s’effondre. Mais pourquoi les FAI s’en sortent-ils toujours avec si peu ?

Publié le 21 septembre 2026 à 20:07
Orange condamné à payer 40 000 euros après 59 jours sans Internet

Le business du déni

Orange ne sera pas ruiné par cette condamnation. 40 000 euros, c’est l’équivalent de trois ou quatre jours de chiffre d’affaires pour un géant comme lui. Mais pour S.E.R.I.A., c’est une victoire symbolique. Parce que cette décision reconnaît, enfin, que la panne d’Internet, ce n’est pas une gêne passagère. C’est un arrêt de mort pour certaines entreprises.

Le tribunal a retenu la notion de « faute lourde ». Traduction : Orange n’a pas juste été négligent. Il a sous-estimé l’impact de sa panne, minimisé les conséquences pour ses clients, et traîné des pieds pour rétablir le service. 59 jours. Deux mois. Combien de temps faut-il pour que les clients d’un FAI se tournent vers la concurrence ? Combien de temps avant que les contrats professionnels ne soient résiliés ?

S.E.R.I.A. a perdu des clients, des opportunités, et une partie de sa crédibilité. Personne ne croit plus un pro qui ne répond pas à ses mails pendant 8 semaines. Le tribunal a estimé que le préjudice moral et financier justifiait une indemnisation. Mais 40 000 euros, c’est moins de 700 euros par jour de panne. À quel moment la justice va-t-elle comprendre que le numérique, ce n’est pas un luxe ?

Le vrai problème, c’est que personne ne mesure vraiment l’impact.

En 2022, l’ARCEP (l’autorité de régulation des télécoms) a recensé plus de 1 500 pannes majeures sur les réseaux fixes et mobiles en France. 1 500. Et pourtant, les sanctions restent rares. Pourquoi ? Parce que les FAI savent que leurs clients n’ont pas le choix. Parce que les contrats sont souvent verrouillés sur plusieurs années. Parce que le consommateur moyen ne se bat pas.

S.E.R.I.A., elle, s’est battue. Et elle a gagné. Mais est-ce que ça changera quelque chose ?

Probablement pas. Parce que les FAI ont les moyens de faire traîner les procédures. Parce que la plupart des PME n’ont pas les ressources pour se lancer dans des batailles juridiques. Et parce que le système est conçu pour que les géants s’en sortent toujours.

Le chiffre qui cloche

40 000 euros. C’est ce que coûte, aujourd’hui, deux mois sans Internet pour une entreprise.

Pour comparer : en 2021, une étude de l’INSEE montrait que une heure de panne coûterait en moyenne 800 euros à une PME. Soit plus de 100 000 euros pour 59 jours.

Alors où est passé le reste ?

Le tribunal a rejeté une partie des demandes de S.E.R.I.A., estimant que certains préjudices étaient « difficilement quantifiables ». Traduction : « On ne sait pas combien ça vaut, donc on ne vous paiera pas. »

Mais comment quantifier la perte d’un client fidèle ? La dégradation d’une réputation ? L’impossibilité de répondre à des appels d’offres ?

La justice a du mal avec l’intangible. Pourtant, c’est exactement ce qui fait mal quand un FAI lâche ses clients.

Le vrai jeu se joue ailleurs : dans les contrats.

Orange et les autres FAI ont un argument imparable : leurs contrats prévoient des clauses limitatives de responsabilité. En gros : « Vous signez, donc vous assumez les risques. »

Sauf que personne ne lit ces clauses. Personne ne négocie. Personne ne se dit : « Et si ça tombe en panne pendant deux mois ? »

Parce que c’est ça, le vrai problème. Les entreprises sous-estiment le risque. Les FAI le savent, et en profitent. Et la justice, trop souvent, laissera filer.

Ce que cette affaire révèle, c’est un système brisé.

  • Les FAI ne paient presque jamais assez. Même quand ils ont tort, les indemnités restent dérisoires. 40 000 euros pour deux mois de panne, c’est une insulte.
  • Les entreprises ne se battent pas assez. Parce qu’elles ont peur, parce qu’elles n’ont pas les moyens, parce qu’elles croient que c’est inutile.
  • La régulation est inefficace. L’ARCEP peut surveiller, mais elle ne sanctionne pas assez. Les amendes existent, mais elles ne font pas mal.

Le pire ? Personne ne s’en soucie vraiment.

Pour le grand public, une panne d’Internet, c’est gênant. Pour une entreprise, c’est souvent la fin. Mais comme ça n’arrive pas tous les jours, on oublie.

Sauf que ça arrive. De plus en plus.

En 2023, les pannes de fibre ont augmenté de 30 % en France, selon les données de l’ARCEP. Et les délais de réparation s’allongent.

Alors oui, Orange a été condamné. Mais 40 000 euros, c’est un chèque en bois.

Ce qui compte, c’est ce que ça ne change pas.

La prochaine fois que votre connexion lâchera, souvenez-vous de S.E.R.I.A.

Vous aurez peut-être de la chance. Vous tiendrez peut-être le coup.

Mais beaucoup d’autres ne tiendront pas.

Et personne ne viendra les sauver.

R
R Galaxie Rédaction

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