OpenAI peut piller le New York Times sans payer, et c'est l'État qui le dit

Le ministère de la Justice américain a tranché : entraîner une IA avec des articles protégés par le droit d'auteur ne constitue ni un préjudice ni une violation. Derrière cette décision se cache un bras de fer entre géants, où l'intérêt économique prime sur la création. Et personne ne semble s'en émouvoir.

Publié le 3 septembre 2026 à 18:05
OpenAI peut piller le New York Times sans payer, et c'est l'État qui le dit

Le New York Times a un problème, et ce n'est pas OpenAI

Imaginez. Vous passez vingt ans à construire un média, à envoyer des journalistes sur le terrain, à vérifier chaque info, à payer des avocats pour protéger vos contenus. Un jour, une entreprise arrive, aspire tout votre travail en quelques clics, et s’en sert pour entraîner une machine qui va, demain, concurrencer vos journalistes. Pire : quand vous portez plainte, l’État vous répond que non, ce n’est pas du vol. C’est juste de la concurrence. Bienvenue dans le Far West de l’IA.

Le New York Times a poursuivi OpenAI en décembre 2023. Accusation : avoir utilisé des millions d’articles pour entraîner ChatGPT, sans autorisation ni compensation. La réponse du ministère de la Justice américain, mercredi dernier, est sans appel. Pas de préjudice commercial. Pas de violation du droit d’auteur. Juste une question de « sécurité nationale » et de respect de la concurrence. Traduction : circulez, y a rien à voir. Sauf que si.

19 milliards de dollars, et toujours pas de modèle économique

OpenAI vaut aujourd’hui 80 milliards de dollars. Le New York Times, lui, a perdu 19 milliards de dollars de valeur boursière depuis 2002. Pas parce que ses articles sont mauvais. Parce que le modèle économique de la presse s’effondre. Et que des entreprises comme OpenAI, qui n’ont jamais payé un journaliste de leur vie, viennent se servir dans le frigo sans demander.

Le ministère de la Justice estime que l’utilisation des articles du NYT par OpenAI ne cause pas de préjudice commercial. Vraiment ? Quand ChatGPT peut résumer une enquête du NYT en trois lignes, gratuitement, pourquoi un lecteur irait-il payer un abonnement ? La question n’est pas théorique. Elle est déjà en train de se poser. Et la réponse, pour l’instant, est simple : personne ne paie. Sauf les actionnaires du NYT, qui voient leur investissement fondre.

Le droit d’auteur, ce détail qui arrange les puissants

Le droit d’auteur existe pour une raison. Pas pour protéger les artistes ou les journalistes, non. Pour protéger les investisseurs. Quand une entreprise dépense des millions pour produire du contenu, elle veut être sûre que personne ne viendra le copier sans payer. Sauf que là, l’État américain a décidé que ce principe ne s’appliquait plus. Pas pour OpenAI. Pas pour les géants de la tech.

Pourtant, la loi est claire. Utiliser une œuvre protégée sans autorisation, c’est du vol. Sauf si c’est pour « un usage loyal » (fair use). Le problème ? Personne ne sait vraiment ce que ça veut dire. Les tribunaux américains ont déjà statué que copier un livre entier pour en faire une parodie, c’est du fair use. Mais copier des millions d’articles pour entraîner une IA ? Apparemment, c’est aussi du fair use. Bref, la loi est devenue un gruyère. Et les trous, ce sont les créateurs qui les paient.

La sécurité nationale, l’argument qui tue toute discussion

Le ministère de la Justice a glissé un mot dans sa réponse : « sécurité nationale ». Traduction : si on empêche OpenAI de s’entraîner sur des données américaines, la Chine ou la Russie vont nous dépasser. Argument imparable. Parce que personne ne veut être celui qui a freiné l’innovation américaine. Sauf que derrière ce mot magique, il y a une réalité moins reluisante : l’État a choisi son camp. Pas celui des créateurs. Celui des géants de la tech.

Et ce n’est pas la première fois. En 2020, le gouvernement américain a forcé ByteDance à vendre TikTok aux États-Unis, sous prétexte de sécurité nationale. Pourtant, quand il s’agit d’OpenAI, qui utilise des données protégées pour former ses modèles, soudain, la sécurité nationale devient un argument pour ne rien faire. Drôle de cohérence.

Ce qui se passe quand on laisse les géants écrire les règles

OpenAI n’est pas une entreprise comme les autres. C’est un monstre né dans le secret, financé par Microsoft, et qui a réussi à convaincre le monde entier que ses intérêts étaient ceux de l’humanité. Sauf que non. Les intérêts d’OpenAI, c’est de dominer le marché de l’IA. Pas de protéger les journalistes. Pas de préserver la presse. Pas de respecter le droit d’auteur.

Et l’État américain est en train de lui donner raison. En refusant de trancher sur le fond, en laissant traîner les procédures, en invoquant des arguments flous comme la sécurité nationale, il envoie un message clair : les règles ne s’appliquent pas à tout le monde. Les petits paieront. Les gros feront ce qu’ils veulent.

Le NYT a perdu, et c’est toute la presse qui trinque

Le New York Times a peut-être les moyens de se battre. Mais les petits médias, eux ? Ceux qui n’ont pas les millions pour poursuivre OpenAI en justice ? Ils n’ont aucune chance. Personne ne les écoutera. Personne ne les défendra. Et c’est comme ça que l’IA va tuer la presse. Pas en un jour. Pas en un an. Mais en asphyxiant peu à peu ceux qui produisent l’information.

Parce que si demain, plus personne ne paie pour lire un article, plus personne ne paiera pour en écrire. Et si plus personne n’écrit, qui alimentera les IA ? Des machines qui se recopient entre elles, en boucle. Jusqu’à ce que plus rien ne soit vrai. Jusqu’à ce que plus rien n’ait de valeur.

La vraie question que personne ne pose

Pourquoi est-ce qu’OpenAI a besoin des articles du NYT ? Parce que sans eux, ses modèles seraient nuls. Parce que le NYT, c’est de la qualité. De l’enquête. Du fact-checking. Des heures de travail. Des millions de dollars investis. Et OpenAI, en quelques clics, a tout pris. Sans rien donner en retour.

La question n’est pas de savoir si c’est légal. La question, c’est de savoir si c’est juste. Et la réponse, pour l’instant, est non. Mais dans un monde où l’argent et le pouvoir dictent les règles, la justice n’a pas vraiment son mot à dire.

Et maintenant ?

Le NYT va peut-être gagner en appel. Ou pas. OpenAI va peut-être proposer un accord. Ou pas. Mais une chose est sûre : cette affaire a déjà changé la donne. Elle a montré que les géants de la tech pouvaient piller le travail des autres sans conséquences. Et que l’État, quand il le fallait, était prêt à fermer les yeux.

Alors oui, vous pouvez continuer à utiliser ChatGPT. À demander des résumés d’articles. À faire des recherches en deux clics. Mais la prochaine fois que vous lirez un article du NYT, demandez-vous : combien de temps encore est-ce qu’il existera ? Et qui, demain, paiera pour le produire ?

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R Galaxie Rédaction

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