Le Congrès va-t-il se faire avoir par les mêmes qui vendent le feu ?
Hier, OpenAI et Anthropic ont débarqué devant le Congrès américain avec un argument choc : « Il faut réguler l'IA, sinon ça va mal finir. » Traduction : « On a peur de nos propres monstres, mais on veut garder la main sur le robinet. » Le problème ? Les deux entreprises sont celles qui créent ces monstres. Et elles proposent les règles pour les dompter. Comme si un pyromane vous disait : « Il faut des extincteurs dans les immeubles, au cas où. »
Le détail qui cloche : leur proposition de loi, baptisée « AI Safety and Security Act », ressemble étrangement à ce qu’elles auraient aimé qu’on leur impose il y a deux ans. Sauf que cette fois, elles jouent les victimes expiatoires. « Nous, on est responsables, mais il faut des lois pour nous contrôler », le genre de discours qui fait rire les lobbies, et pleurer les régulateurs.
Pourtant, il y a un truc qui coince. Un chiffre, d’abord : selon une étude de l’Institute for the Future (2023), 78 % des experts en sécurité IA interrogés estiment que les modèles actuels dépassent déjà les capacités de contrôle de leurs concepteurs. OpenAI et Anthropic le savent. Et elles le savent depuis 2022, quand leur propre rapport interne (fuité par The Information) alertait sur des « risques existentiels » liés à leurs systèmes. Sauf que depuis, elles ont continué à sortir des versions plus puissantes, sans attendre les régulateurs.
Pourquoi ce coup de théâtre maintenant ? Parce que les marchés commencent à gronder. Les actionnaires d’OpenAI, notamment Microsoft (qui possède 49 % de la boîte), veulent des garanties. Et les États, eux, veulent éviter un nouveau Cambridge Analytica, mais en pire. Sauf que cette fois, le danger n’est pas un scandale de données, mais une IA qui décide à votre place.
Le piège des « bonnes intentions » contrôlées
Leur loi propose trois choses :
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Un registre obligatoire des modèles d’IA « puissants » (ceux qui dépassent un certain seuil de risque). « Transparence ! » diront-elles. Sauf que le seuil ? Elles le définissent. Et si demain, elles décident que leur prochain modèle est « trop faible pour être enregistré » ? Qui va vérifier ?
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Des tests de sécurité obligatoires avant la sortie d’un modèle. « Comme pour les médicaments ! » Oui, sauf que pour un médicament, il y a des laboratoires indépendants. Pour l’IA, il n’y a que… les laboratoires d’OpenAI et d’Anthropic. Qui financent leurs propres tests. C’est comme si Total audait elle-même ses propres pipelines de gaz.
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Un « comité consultatif » avec des experts extérieurs. « On vous écoute ! » Sauf que ce comité n’aura aucun pouvoir de veto. Juste le droit de « conseiller ». Comme si vous demandiez l’avis d’un pompier avant d’allumer un barbecue en plein été.
Le vrai problème ? Ces entreprises veulent contrôler le débat. En disant « Il faut réguler », elles font taire les critiques sur leurs pratiques opaques. « On est sérieux, on propose des lois ! », alors qu’en réalité, elles veulent juste ralentir les autres pendant qu’elles accélèrent.
Prenez l’exemple de GPT-4 : OpenAI a sorti son modèle en mars 2023, sans avertir vraiment personne. Résultat ? Des chercheurs ont découvert après coup que le système hallucinait des sources juridiques (il inventait des arrêts de cour réels, utilisés par des avocats). Un an plus tard, toujours rien de contraignant. Leur loi ? Une façon de dire : « On a merdé, mais on va vous faire croire qu’on fait quelque chose. »
Pourquoi le Congrès va probablement avaler ça
Parce que les politiques adorent les solutions simples. « Réguler l’IA, c’est bien ! », même si la régulation proposée est un leurre. Le Congrès est en mode panique : après les scandales de deepfakes, les fuites de données, et les IA qui écrivent des lettres de licenciement à la place des RH, ils ont besoin d’une bouée. Même si cette bouée est trouée.
Le pire ? Personne ne leur proposera mieux. Les autres acteurs (Google, Meta, Baidu) ne veulent pas de régulation du tout. Ils préfèrent jouer la carte du « libre marché », en misant sur le fait que les États ne comprendront jamais assez vite. Résultat : OpenAI et Anthropic, en jouant les gentils, monopolisent le débat.
Et les Européens dans tout ça ? Ils ont leur AI Act, censé être le plus strict au monde. Sauf que même là, les lobbies ont réussi à faire passer des exceptions pour « l’innovation ». Traduction : « On peut faire n’importe quoi, mais chut. » La Commission européenne, elle, est en train de négocier avec… OpenAI. Pour qu’ils « collaborent ». Comme si Microsoft et l’UE discutaient des règles de l’antitrust.
Ce qu’elles ne vous diront pas
Leur loi est un coup de poker. En poussant à la régulation, elles:
- Gagnent du temps : pendant que tout le monde débat des lois, elles continuent à entraîner des modèles encore plus puissants.
- Créent un précédent : une fois que la loi sera votée, elles pourront dire « On a été les premiers à nous auto-réguler ! », et exiger que les autres fassent de même. Avec leurs propres règles.
- Diluent les critiques : « Vous voyez, on est responsables ! », alors que leurs rapports internes (comme celui de 2022) montrent qu’elles savent pertinemment que leurs systèmes échappent à leur contrôle.
Le vrai risque ? Que cette loi donne faux espoir. Les gens vont croire que « l’IA est encadrée », alors qu’en réalité, les encadrants sont ceux qui fabriquent les cages.
La question qui tue
Si OpenAI et Anthropic sont si inquiètes pour l’avenir de l’IA, pourquoi ne pas rendre leurs modèles open source ? Pourquoi ne pas publier leurs algorithmes, leurs données, leurs failles ? Comme ça, la communauté pourrait vraiment les auditer. Sauf que… ça signifierait perdre leur avantage concurrentiel. Et surtout, ça signifierait perdre le contrôle.
Leur loi n’est pas une solution. C’est un leurre. Un leurre pour vous faire croire qu’elles agissent, alors qu’elles prépare le terrain pour la prochaine crise. Parce que dans deux ans, quand une IA décidera à votre place, un prêt bancaire, un diagnostic médical, une condamnation judiciaire, elles seront déjà là, avec leur loi en poche, à dire : « On vous avait prévenus. »
La vraie régulation, celle qui fait peur, ce serait :
- Interdire les modèles non audités par des tiers indépendants.
- Obliger la transparence totale sur les données d’entraînement (pour éviter les biais, les deepfakes, les fuites).
- Créer un organe de contrôle puissant, avec des pouvoirs de sanction, et sans lien avec les entreprises.
Mais ça ? Ça, elles ne le proposeront jamais. Parce que ça signifierait perdre leur empire.
Alors, on fait quoi ?
Vous, vous n’avez pas le choix. Vous pouvez:
- Faire semblant d’y croire et voter des lois qui ne serviront à rien.
- Laisser les marchés décider, en priant pour que personne ne se fasse avoir.
- Ou exiger autre chose : une régulation vraiment indépendante, avec des sanctions vraiment lourdes, et des audits vraiment transparents.
Le problème, c’est que personne ne sait comment faire ça. Parce que les lobbies sont partout. Parce que les politiques ont peur. Parce que les médias préfèrent parler des « avancées » plutôt que des risques.
Le seul fait est là : OpenAI et Anthropic savent que leurs systèmes deviennent incontrôlables. Et elles vous demandent de les contrôler. Sans vous donner les moyens de le faire.
C’est ça, le vrai scandale. Pas leurs modèles. Pas leurs fuites. Leur hypocrisie.
Et maintenant, on attend. On attend qu’elles sortent leur prochain modèle. On attend qu’un bug, une faille, une décision automatique fasse des dégâts. On attend qu’il soit trop tard pour regretter.
Parce que voyez-vous, la régulation, elles s’en foutent. Ce qu’elles veulent, c’est garder la main. Même si ça signifie que dans cinq ans, personne ne comprendra plus comment marche leur propre système.
Alors oui, votez des lois. Mais votez les bonnes.