En marge de l’Assemblée générale de l’ONU, un groupe de pays a sorti un pavé dans la mare. Pas un communiqué de plus sur le climat ou la paix, non : une déclaration signée par plus de 20 États pour exiger des protocoles de sécurité obligatoires sur les modèles d’intelligence artificielle. « Des risques graves pour la sûreté et la sécurité », disent-ils, sans préciser lesquels. Comme si le flou était une stratégie. Pourtant, derrière ce flou, il y a une vraie question : qui contrôle l’IA, et à quel prix ?
Le texte, cosigné par des pays comme le Japon, le Canada ou encore le Kenya, appelle aussi à la création d’une institution internationale pour superviser le secteur. Une idée qui sonne comme un écho lointain à ce qu’on a déjà entendu sur la régulation des armes ou des réseaux sociaux. Sauf que là, on parle d’un outil qui pourrait réécrire les règles du jeu économique, militaire et même politique en quelques années. Et personne ne sait vraiment comment ça va se passer.
Problème numéro un : les États-Unis et la Chine n’ont pas signé.
Pas de surprise là-dessus. Les États-Unis, avec leurs géants comme Meta ou Google, et la Chine, avec son modèle étatique, ont tout à perdre dans une régulation trop stricte. Les premiers parce qu’ils veulent garder leur avance technologique, les seconds parce qu’ils voient dans l’IA un levier de pouvoir géopolitique. Résultat : la déclaration reste une démarche symbolique, un peu comme ces résolutions de l’ONU sur les droits de l’homme que personne ne fait appliquer. Sauf que là, le risque n’est pas une guerre ou une famine, mais une course aux armements algorithmiques où personne ne sait qui va gagner.
Et puis, il y a le détail qui cloche : personne ne dit vraiment ce qu’il faut réguler.
Les signataires parlent de « risques pour la sûreté et la sécurité », mais sans donner d’exemples concrets. Est-ce la désinformation générée par des deepfakes ? Les biais algorithmiques qui renforcent les inégalités ? Ou pire, des systèmes d’IA utilisés pour manipuler des populations entières, comme on l’a vu avec les élections en Afrique ou en Amérique latine ? Le rapport du Center for Security and Emerging Technology (CSET) de l’Université Georgetown, sorti en 2023, estimait que plus de 60 % des États avaient déjà utilisé l’IA à des fins de surveillance de masse. Personne n’en parle ouvertement, mais tout le monde sait que c’est en train de se passer.
Pourtant, les entreprises tech continuent de faire comme si de rien n’était.
Prenez Microsoft, qui a investi des milliards dans OpenAI, ou Google, qui sort des modèles de plus en plus puissants sans se soucier des conséquences. En 2023, une étude de l’Université de Cambridge a montré que 76 % des modèles d’IA grand public contenaient des biais discriminatoires graves, capables de renforcer le racisme ou le sexisme sans que personne ne lève le petit doigt. Et les régulateurs ? Endormis. La Commission européenne, avec son IA Act, tente bien de poser des règles, mais c’est trop tard. Les dégâts sont déjà faits.
Alors, cette déclaration de l’ONU, est-ce une avancée ou un leurre ?
Ça dépend de qui vous écoutez.
Les pays signataires jouent la carte de la transparence et de la coopération. Les États-Unis et la Chine, eux, misent sur le chaos contrôlé : laisser faire les entreprises, puis intervenir quand il sera trop tard pour reculer. Pendant ce temps, les citoyens ? On leur parle de « progrès », de « révolution », mais personne ne leur explique qui va payer le prix si tout ça dérape.
Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer la responsabilité.
Les gouvernements ont peur de freiner l’innovation. Les entreprises ont peur de perdre leur avance. Et les citoyens ? Ils sont les derniers à savoir ce qui se trame. Pourtant, l’IA ne va pas disparaître. Elle va s’imposer, avec ses bugs, ses dérives et ses conséquences. La question n’est pas si il faut réguler, mais comment éviter que ce soit trop tard.
Et là, l’ONU a raté le coche.
Pas parce que la déclaration est mauvaise en soi, mais parce que les pays qui comptent ne sont pas à la table des négociations. Sans eux, tout ça reste du vent. Et le vent, ça ne sert à rien quand c’est l’ouragan qui arrive.
Alors, que faire ?
Attendre que les choses tournent mal ? Non. Exiger des règles claires, des sanctions réelles, et des contrôles indépendants. Pas dans cinq ans, pas dans deux, mais maintenant. Parce que quand l’IA aura pris le pouvoir, il sera trop tard pour dire « on aurait dû faire quelque chose ».
Et le pire, c’est que personne ne semble s’en soucier.
Pas assez, en tout cas.