L’ONU entend les géants de l’IA, mais leurs mots glissent.

Sam Altman, Dario Amodei et Clément Delangue ont tiré la sonnette d’alarme devant l’ONU. Leurs avertissements sur les risques de l’IA tombent à plat. Pourquoi les États préfèrent-ils fermer les yeux ?

Publié le 24 septembre 2026 à 10:09
L’ONU entend les géants de l’IA, mais leurs mots glissent.

À New York, dans une salle du Conseil de sécurité où l’on parle habituellement de guerres et de crises humanitaires, trois patrons d’IA ont pris la parole. Sam Altman, Dario Amodei, Clément Delangue. Trois visages connus, trois noms qui pèsent lourd dans le secteur. Et une seule question : est-ce que quelqu’un va les entendre ?

Leur message était clair. L’IA, sans régulation, c’est un risque systémique. Pas demain, pas dans dix ans, mais maintenant. Delangue, cofondateur de Hugging Face, a sorti un chiffre : 100 milliards de dollars investis en 2023 dans l’IA générative. Assez pour financer des laboratoires privés qui courent plus vite que les États. Assez pour que des modèles dépassent les capacités humaines sur des tâches critiques, sans que personne ne sache vraiment comment les contrôler.

Pourtant, personne ne bronche.

Pas parce qu’ils n’ont pas prévenu. Altman, le PDG d’OpenAI, a parlé de « risques existentiels ». Amodei, d’Anthropic, a évoqué « un déséquilibre de pouvoir effrayant ». Delangue, lui, a été plus direct : « On est en train de créer des outils dont on ne maîtrise pas les conséquences. Et les États, eux, sont en retard de plusieurs années. »

Mais à l’ONU, on écoute. On prend des notes. On publie des communiqués. On ne légifère pas.

Les États jouent les sourds

Le Conseil de sécurité n’a pas de mandat pour réguler l’IA. Alors pourquoi les y avoir invités ? Pour la photo. Pour dire qu’on en parle. Pas pour agir.

Les États-Unis ? Ils bloquent toute avancée trop contraignante. La Chine ? Elle développe ses propres modèles en silence, sans transparence. L’Europe ? Elle tergiverse avec son AI Act, un texte si complexe qu’il risque d’être obsolète avant même d’être appliqué. Personne ne veut freiner la machine.

Pourquoi ? Parce que l’IA, c’est l’or noir du XXIe siècle. Les GAFAM et leurs équivalents asiatiques y investissent des sommes folles. Un ralentissement, même temporaire, ça veut dire des milliards perdus. Et les gouvernements ? Ils préfèrent laisser faire, au cas où leur pays serait le premier à en tirer profit.

Le piège des bonnes intentions

Altman et les autres ont promis de « ralentir autant que nécessaire ». Belle déclaration. Sauf que personne ne les oblige à tenir parole.

Prenez Microsoft. Le géant de Redmond a injecté 10 milliards dans OpenAI. Est-ce qu’il va accepter que son investissement soit gelé parce que des chercheurs s’inquiètent ? Non. Est-ce qu’il va exiger des contreparties ? Non plus. Les intérêts économiques écrasent tout le reste.

Même les appels à la prudence viennent avec un angle commercial. Delangue, par exemple, a glissé que « la régulation doit être proportionnée ». Proportionnée à quoi ? Aux ambitions des labos, bien sûr. Pas aux risques.

Ce que personne ne dit

Le vrai problème, c’est que l’IA n’est pas un sujet technique. C’est un sujet politique. Et les politiques, surtout ceux qui dépendent des lobbies tech, n’ont aucune envie de trancher.

  • Les États-Unis veulent garder leur avance. Ils ne lâcheront pas le contrôle de leurs entreprises, même si ça signifie laisser des modèles dangereux circuler.
  • La Chine avance à marche forcée, sans se soucier des garde-fous. Pour eux, la régulation, c’est pour les faibles.
  • L’Europe fait semblant de réguler, mais en réalité, elle se contente de donner une image vertueuse.

Personne ne veut être celui qui freine la course.

La prochaine crise est déjà là

En 2023, un rapport du Future of Life Institute estimait que 40 % des emplois pourraient être automatisés d’ici 2030. Pas dans 20 ans. Dans sept ans. Et personne ne sait comment gérer ça. Les systèmes de protection sociale ? Inadaptés. La formation professionnelle ? À la traîne. L’IA va bouleverser des secteurs entiers, et les États ne sont pas prêts.

Pourtant, les patrons d’IA le savent. Ils le disent. Ils ont même des plans. OpenAI a créé un « superalignement », une équipe dédiée à « aligner » les modèles sur des valeurs humaines. Anthropic parle de « sécurité par conception ». Mais sans régulation, ces mesures restent des vœux pieux.

Le vrai jeu : qui contrôle la machine ?

Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté une résolution pour « encourager la coopération internationale » sur l’IA. Encourager. Pas réguler. Pas sanctionner. Pas interdire.

Pourquoi ? Parce que la vraie question n’est pas « Comment éviter que l’IA nous détruise ? », mais « Qui va en tirer le plus de pouvoir ? ».

Les patrons d’IA jouent les Cassandre. Les États jouent les aveugles. Et le public ? Il regarde, fasciné, tandis que la partie se joue sans lui.

La prochaine fois qu’on parlera de risques existentiels, il sera peut-être trop tard.

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R Galaxie Rédaction

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