L'OMS veut vacciner les enfants contre le HPV Ă  4 ans

L'Organisation mondiale de la santé propose de vacciner systématiquement les enfants dès 4 ans contre le papillomavirus humain. Une mesure qui divise, alors que la couverture vaccinale stagne. Pourquoi ce changement ? Et surtout, qui va payer ?

Publié le 15 octobre 2026 à 14:01
L'OMS veut vacciner les enfants contre le HPV Ă  4 ans

Les enfants, nouveaux cibles du vaccin HPV

On connaît les arguments : le HPV est la première cause de cancer du col de l’utérus. 80 % des femmes en seront infectées à un moment de leur vie, mais la plupart ne développeront jamais de lésions graves. Sauf celles qui ne sont pas vaccinées. Le vaccin existe depuis 2006. Il est efficace à 90 % contre les souches les plus dangereuses. Alors pourquoi attendre 11 ou 12 ans, comme le font encore la plupart des pays ?

L’OMS répond : parce que plus on vaccine tôt, mieux c’est. À 4 ans, le système immunitaire des enfants est encore plus réactif qu’à l’adolescence. Moins de risques d’effets secondaires, moins de réticences. Surtout, on évite les oublis. Les parents oublient. Les ados refusent. Les systèmes de santé, saturés, priorisent autre chose. Vacciner à 4 ans, c’est comme le BCG ou la rougeole : ça s’intègre dans la routine.

Pourtant, cette recommandation tombe dans un contexte explosif. Les vaccins sont déjà contestés. En France, les mouvements anti-vax ont fait chuter la couverture vaccinale contre la coqueluche ou les oreillons. Aux États-Unis, certains États interdisent même les obligations vaccinales. Et maintenant, on veut vacciner des enfants de 4 ans contre un virus sexuellement transmissible. C’est un terrain miné.

Anthony Scott, membre du Groupe stratégique consultatif d’experts de l’OMS, assume : « On sait que certains pays hésiteront. Mais la science est claire : plus on attend, plus on perd des vies. » Clair, mais pas suffisant. Parce que la science, ça ne paie pas les vaccins. Et là, le coût pourrait devenir un frein majeur.

Qui va payer ? Le vrai problème

Le vaccin Gardasil 9, le plus utilisé, coûte entre 150 et 200 euros par dose. Trois doses sont nécessaires. Soit 500 à 600 euros par enfant. Dans les pays riches, les systèmes de santé publics prennent en charge une partie du coût. En France, la Sécu rembourse 65 % du prix. Mais dans les pays à revenus intermédiaires, comme le Brésil ou l’Indonésie, les familles doivent souvent payer de leur poche. Résultat : seulement 2 % des filles sont vaccinées en Indonésie, contre 70 % au Canada.

L’OMS mise sur les programmes d’achat groupés pour faire baisser les prix. Mais ça prend du temps. En attendant, les inégalités vont se creuser. Les enfants des pays pauvres continueront à mourir du HPV, tandis que ceux des pays riches seront protégés. C’est ça, le vrai défi.

Et puis, il y a la question de la logistique. Vacciner des millions d’enfants de 4 ans, c’est un défi organisationnel. Les centres de vaccination sont déjà saturés. En France, les délais pour un rendez-vous chez le pédiatre dépassent parfois plusieurs mois. Qui va gérer ça ? Les écoles ? Les pédiatres ? Les infirmières scolaires, déjà en sous-effectif ? Personne n’a la réponse.

Le piège des fausses bonnes solutions

Vacciner plus tôt, c’est une bonne idée. Mais ça ne résout pas le problème de fond. Le HPV se transmet par voie sexuelle. Un enfant de 4 ans n’a pas de vie sexuelle. Alors pourquoi vacciner si tôt ?

La réponse, c’est la prévention précoce. Plus un enfant est vacciné jeune, moins il a de risques d’être exposé plus tard. Même si l’infection arrive après 18 ans, le vaccin reste efficace. Mais l’idée, c’est d’éviter les oublis. Parce que 80 % des infections au HPV surviennent avant 25 ans, selon l’Institut national du cancer.

Sauf que… les ados ne se font pas vacciner. Ils ne voient pas l’intérêt. Leurs parents non plus. Et les médecins, souvent, ne les y poussent pas assez. Résultat : le vaccin reste sous-utilisé.

Alors oui, vacciner à 4 ans, c’est malin. Mais ça ne changera rien si les pays ne mettent pas les moyens.

Le vrai enjeu : faire bouger les lignes

L’OMS ne se contente pas de recommander. Elle exige. « Tous les pays devraient introduire le vaccin HPV dans leur programme national de vaccination d’ici 2030 », a rappelé Scott. Un objectif ambitieux. Surtout quand on sait que seulement 13 % des pays vaccinent les garçons systématiquement. Or, le HPV touche aussi les hommes. Cancer de l’anus, du pénis, de la gorge… Les hommes meurent aussi du HPV.

Mais le vrai défi, c’est le changement culturel. Dans beaucoup de pays, le HPV reste un tabou. On en parle comme d’une maladie qui touche « les femmes », pas « les gens ». Les hommes ne se font pas vacciner. Les parents hésitent. Et les gouvernements tergiversent.

Prenez le cas du Royaume-Uni. Le vaccin HPV y est obligatoire depuis 2019. Résultat ? La couverture vaccinale a bondi à 85 % chez les filles. Mais chez les garçons ? À peine 10 %. Parce que personne ne les y force.

Alors, vacciner les enfants à 4 ans, c’est bien. Mais si on ne change pas les mentalités, ça ne servira à rien.

Le dernier obstacle : les lobbies

Derrière cette recommandation, il y a une guerre silencieuse. Les laboratoires pharmaceutiques, bien sûr, mais aussi les associations de patients, les médecins, les gouvernements.

Merck, qui produit le Gardasil 9, a déjà adapté son marketing. « Notre vaccin est sûr et efficace, même chez les jeunes enfants », assure la firme. Mais les prix restent élevés. Et les pays pauvres ne peuvent pas se permettre de payer.

L’OMS mise sur la pression. « Si on ne vaccine pas les enfants, on va droit vers une catastrophe », avertit Scott. Mais la catastrophe, c’est déjà là.

En 2020, plus de 600 000 cas de cancer du col de l’utérus ont été diagnostiqués dans le monde. Parmi elles, 340 000 sont mortes. Le vaccin existe depuis 15 ans. Pourquoi on ne fait rien ?

Parce que les priorités changent. Parce que les gouvernements préfèrent dépenser pour autre chose. Parce que les parents ont peur. Parce que les lobbies freinent.

Vacciner les enfants à 4 ans, c’est une bonne idée. Mais ça ne suffira pas.

Il faudrait aussi éduquer les parents, former les médecins, financer les campagnes de vaccination, et surtout : arrêter de traiter le HPV comme une maladie honteuse.

Sinon, on perdra encore des décennies.

Et les enfants de 4 ans, eux, ne comprendront jamais pourquoi on les a vaccinés si tard.

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R Galaxie Rédaction

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