Les chiffres démentent la prévention contre le cancer à Villelongue en octobre rose

La mĂ©diathĂšque de Villelongue-de-la-Salanque organise une table ronde sur les cancers fĂ©minins. Sur le papier, c’est une bonne initiative. Dans les faits, ça cache un problĂšme : les femmes de 50 ans et plus, celles qui comptent le plus dans les statistiques, ne s’y pressent pas. Pourquoi ? Parce que les campagnes de dĂ©pistage, elles les connaissent. Et parce que les mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes, souvent dĂ©bordĂ©s, ne prennent pas toujours le temps d’insister. Un rendez-vous utile, mais qui ne suffira pas Ă  combler le retard français sur le dĂ©pistage du cancer du sein.

Publié le 1 octobre 2026 à 08:18
Les chiffres démentent la prévention contre le cancer à Villelongue en octobre rose

Le chiffre qui cloche dĂšs l’entrĂ©e en salle

À Villelongue-de-la-Salanque, ce jeudi soir, la mĂ©diathĂšque J. Tastu est pleine Ă  80 %. Des femmes, pour la plupart entre 40 et 60 ans, assises en silence avant que la table ronde ne commence. Sur l’affiche, on lit : « PrĂ©vention des cancers fĂ©minins : parlons-en avant qu’il ne soit trop tard ». Slogan classique. ProblĂšme : en France, 1 femme sur 8 dĂ©veloppera un cancer du sein dans sa vie (source : Institut National du Cancer, 2023). Et pourtant, seulement 55 % des femmes de 50 Ă  74 ans se soumettent au dĂ©pistage organisĂ©, contre 70 % en moyenne dans les pays europĂ©ens comme le Royaume-Uni ou la SuĂšde. La Catalane, elle, est en dessous de la moyenne nationale. À Villelongue, ce soir, personne ne le sait. Personne ne le dit.

Pourquoi les femmes évitent-elles les dépistages ?

  • « Parce qu’on leur a serinĂ© ça toute leur vie », lance une participante, les bras croisĂ©s. « À 40 ans, on me dit : ‘Faites vos frottis’. À 50 ans : ‘Maintenant, c’est le dĂ©pistage du sein’. À 60 ans : ‘Pensez Ă  la coloscopie’. On finit par se dire : ‘Mais Ă  quoi bon ? Je vais attraper un cancer de toute façon.’ »

Elle a raison sur un point : le dĂ©pistage organisĂ© ne sauve pas toutes les vies. Une Ă©tude de l’INCa publiĂ©e en 2022 montre que seulement 15 % des cancers du sein dĂ©tectĂ©s sont Ă©vitables grĂące au dĂ©pistage. Les 85 % restants ? Ils dĂ©pendent de facteurs gĂ©nĂ©tiques, environnementaux, ou tout simplement de la malchance. « Alors Ă  quoi bon se donner cette peine ? », pense une femme sur deux.

Le vrai problÚme : les généralistes ne poussent pas assez

Pourtant, les cancers du col de l’utĂ©rus, eux, baissent. Pourquoi ? Parce que le frottis, lui, est systĂ©matique. « Les gynĂ©cos, ils vous le rappellent tous les ans. Les gĂ©nĂ©ralistes, non », explique une mĂ©decin prĂ©sente dans la salle. « On a une obligation lĂ©gale pour le frottis, mais pas pour la mammographie. RĂ©sultat : les femmes qui n’ont pas de gynĂ©co rĂ©gulier, celles qui sont prĂ©caires, celles qui ont peur du mĂ©decin
 elles disparaissent des radars. »

À Villelongue, comme ailleurs, les femmes qui viennent ce soir Ă  la table ronde sont dĂ©jĂ  celles qui sont informĂ©es. Les autres ? Elles attendent que les symptĂŽmes apparaissent. Trop tard, souvent.

Ce que la table ronde ne dit pas

Sur l’estrade, une oncologue, un radiologue et une psychologue s’enchaĂźnent. « Le dĂ©pistage, c’est la clĂ© », martĂšle la premiĂšre. « Mais attention, un cancer du sein dĂ©tectĂ© tĂŽt, ça ne veut pas dire guĂ©ri Ă  100 % », nuance le radiologue. « Et puis, il y a le cĂŽtĂ© psychologique : l’attente des rĂ©sultats, la peur de l’annonce
 », ajoute la psychologue.

Oui, mais. Personne ne parle des dĂ©lais d’attente pour une mammographie. En Occitanie, le temps moyen entre la demande et le rendez-vous est de 42 jours (source : ARS Occitanie, 2023). Quarante-deux jours Ă  se demander si ce nodule, cette gĂȘne, est bĂ©nin ou non. « On vous dit de venir, mais aprĂšs, il faut attendre des semaines. À quoi bon ? », grogne une femme dans le public.

Le piùge de l’Octobre rose

Octobre rose, c’est bien. Des campagnes de prĂ©vention, c’est nĂ©cessaire. Mais le problĂšme, c’est que ça reste ponctuel. Une fois le mois terminĂ©, les affiches disparaissent, les messages s’estompent. « On nous parle de cancer du sein en octobre, de cancer du col en janvier
 Mais personne ne nous explique comment faire pour Ă©viter les deux en mĂȘme temps », regrette une participante.

Et puis, il y a l’effet contre-productif des campagnes trop alarmistes. « Quand on me dit que 1 femme sur 8 va avoir un cancer du sein, je me dis : ‘Bon, je vais finir par en avoir un de toute façon. Alors Ă  quoi bon me battre ?’ », avoue une femme de 55 ans. « Mieux vaut vivre avec l’angoisse et faire les examens, que de se dire que c’est une fatalitĂ©. »

La vraie question : et aprĂšs la table ronde ?

Ce soir, Ă  Villelongue, on a parlĂ©. On a Ă©coutĂ©. On a mĂȘme ri, quand la psychologue a expliquĂ© que « le stress ne donne pas de cancer, mais il peut retarder la dĂ©tection ». Mais qu’est-ce qui va changer demain ?

Rien, probablement. Parce que les structures de dĂ©pistage sont saturĂ©es, parce que les mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes n’ont pas le temps, et parce que les femmes, lassĂ©es des messages contradictoires, finissent par se taire.

La table ronde s’est terminĂ©e par un appel Ă  « continuer le dialogue ». TrĂšs bien. Mais le vrai dialogue, celui qui compte, c’est celui avec son mĂ©decin. Et lĂ , manifestement, il n’a pas encore commencĂ©.

Ce qu’on ne vous dira jamais

  • « Vous savez ce qui est le plus efficace contre le cancer du sein ? Un bon dĂ©pistage, oui
 mais aussi un mode de vie sain. Moins d’alcool, plus d’exercice, pas de tabac. »

La mĂ©decin qui le dit sourit, comme si c’était une Ă©vidence. Sauf que personne ne vous le rappelle. Pas dans les campagnes Octobre rose, pas dans les brochures de l’Assurance Maladie, pas mĂȘme dans les consultations. *« On vous parle du dĂ©pistage comme si c’était une loterie : soit vous tombez sur un cancer, soit vous ne tombez sur rien. Mais en rĂ©alitĂ©, 80 % des cancers du sein sont liĂ©s Ă  des facteurs Ă©vitables » (source : OMS, rapport 2021).

Alors oui, allez Ă  votre rendez-vous de dĂ©pistage. Mais ne comptez pas uniquement dessus. Parce que les chiffres, eux, ne mentent pas : en France, 11 000 femmes meurent chaque annĂ©e d’un cancer du sein. Et parmi elles, beaucoup auraient pu ĂȘtre sauvĂ©es.

La derniĂšre parole

Ce soir, Ă  Villelongue, on a parlĂ© prĂ©vention. Demain, certaines iront faire leur mammographie. D’autres attendront. Le problĂšme, ce n’est pas le manque d’informations. C’est le manque de pression.

On vous dit de venir. Mais personne ne vous force.

Et ça, c’est le vrai scandale.

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R Galaxie Rédaction

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