Le dépistage gratuit, mais pas pour tout le monde
Samedi 12 octobre, de 9 h à 17 h, le centre hospitalier de Lourdes ouvre ses portes pour un dépistage sans rendez-vous, sans ordonnance, sans frais. « On cible les femmes de 50 à 74 ans, mais on accepte tout le monde », précise le Dr Laurent Martinez, chef du service de gynécologie. Problème : les femmes de moins de 50 ans, ou celles qui n’ont jamais fait de mammographie, se présentent souvent trop tard. « On voit encore des cas de stade 3, alors qu’un dépistage précoce aurait suffi », lance-t-il sans détour. Le Dr Martinez n’y va pas par quatre chemins : « Les campagnes de sensibilisation, ça marche. Mais il faut casser les tabous. Et ça, c’est un travail de tous les jours. »
Ce qui frappe, c’est l’absence de file d’attente. Les machines à mammographie tournent à moitié vide. « Beaucoup ont peur. D’autres ne savent même pas que c’est gratuit », soupire une infirmière. À côté, une table d’information propose des brochures. « On en distribue 500 par jour en temps normal. Là, on en a à peine donné 150 », confie une bénévole. Le vrai défi ? Convaincre celles qui ne viennent jamais. Pas celles qui viennent une fois, puis plus jamais.
La recherche, ou l’art de faire avec peu
Le 18 octobre, à 20 h 30, la salle des fêtes de Lourdes se remplit pour « Un verre pour la recherche ». 5 euros l’entrée, un verre de vin, et un débat avec des chercheurs. L’argent récolté ira au Centre Oscar Lambret à Lille, l’un des principaux centres de lutte contre le cancer en France. « On ne fait pas de miracles avec 5 euros par personne », reconnaît le Pr Sophie Lejeune, oncologue. « Mais c’est une goutte d’eau dans un océan. »
L’océan, c’est 1,8 million d’euros manquants par an pour les programmes de recherche sur le cancer du sein dans la région (source : ARS Grand Est, audit 2023). « Les subventions publiques baissent. Les dons privés, c’est la planche de salut », ajoute-t-elle. Le problème ? Les dons ne suffisent pas. Et les promesses des collectivités locales restent souvent lettres mortes. « On nous promet des fonds depuis trois ans. Rien. »
Ce soir-là, une centaine de personnes sont présentes. Assez pour remplir la salle ? Non. Assez pour faire du bruit ? Peut-être. « Le pire, c’est que personne ne nous demande des comptes », lâche un bénévole entre deux verres. À Lourdes, on organise. Mais on ne force personne à regarder.
Le ruban rose, et après ?
Le 25 octobre, c’est « Marche rose ». 5 kilomètres autour de la basilique, avec des stands de prévention et des témoignages. « On a une survivante qui vient chaque année. Elle a perdu un sein. Elle veut que les autres sachent », explique l’organisatrice, Marie Duvivier. Le piège ? La marche attire, mais les témoignages, eux, glissent sur les oreilles. « Les gens écoutent. Puis ils rentrent chez eux. »
Ce qui manque, c’est le suivi. Après la marche, après le verre, après le dépistage, que se passe-t-il ? « On donne des numéros de téléphone. On parle de groupes de parole. Mais qui appelle ? » Réponse : Peu de monde. « Le cancer du sein, c’est comme une maladie honteuse. On en parle en octobre. Puis on range les rubans. »
Marie Duvivier a un avis tranché : « Octobre rose, c’est bien. Mais c’est un mois. Pas une année. » Son constat est dur : « On fait du bruit. Mais on ne change rien. »
Ce que Lourdes ne dit pas
Il y a un événement que personne ne mentionne dans les communiqués officiels. Le 22 octobre, à 14 h, dans un petit local du centre-ville, une réunion secrète se tient entre l’hôpital, la mairie et les associations. Au programme : « Comment attirer les femmes issues de l’immigration ? » Le chiffre qui pèse : 28 % des femmes non dépistées dans les Pyrénées-Atlantiques sont d’origine étrangère (source : INSEE Grand Est, enquête 2022). « La barrière de la langue, la méfiance envers les institutions… On a tout essayé. Rien ne marche vraiment », admet un élu sous couvert d’anonymat.
Le vrai problème ? Les campagnes de dépistage sont en français. Les brochures aussi. « On traduit quelques mots. Mais c’est insuffisant », poursuit-il. La solution ? « On n’en a pas. »
Ce silence-là, Lourdes le garde bien. Parce que parler de ça, c’est avouer que Octobre rose a des limites.
Et après octobre ?
Le 31 octobre, tout s’arrête. Les rubans roses disparaissent. Les affiches sont décrochées. Reste la question : « Et maintenant ? »
À Lourdes, on sait une chose : le dépistage, c’est comme un médicament. Si vous l’arrêtez, la maladie revient.
Le Dr Martinez résume en une phrase : « Octobre rose, c’est comme un sparadrap sur une jambe de bois. Ça fait du bien le temps que ça dure. Mais ça ne guérit pas. »
La vraie bataille, elle, commence en novembre. Personne n’en parle.