Samedi, le sang des donneurs se vendra au prix du rose
Le 10 octobre, place de la Mairie, l’Amicale des donneurs de sang installe ses tentes. Comme chaque année à la même période, les affiches roses envahissent la ville, les bénévoles sourient, et les slogans clament : « Donnez du sang, sauvez des vies ! ». Sauf que cette année, les chiffres ne suivent pas. Selon l’Établissement Français du Sang (EFS), les réserves de sang en France ont chuté de 12 % en trois ans. Et dans votre département, la situation n’est pas meilleure. « On a perdu 30 % de donneurs réguliers depuis 2020 », lance Marie Dubois, présidente de l’Amicale locale, sans détour. « Et personne ne semble s’en émouvoir. »
Pourquoi les donneurs disparaissent sans que ça fâche
Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Les collectes sont plus fréquentes, les réseaux sociaux regorgent de témoignages émouvants, et les mairies, comme la vôtre, mettent en avant l’événement. Pourtant, les files d’attente se réduisent. « Les gens donnent moins, et ceux qui donnaient avant ne reviennent plus », observe un infirmier de l’EFS sous couvert d’anonymat. « Et on ne peut pas leur en vouloir. »
Le problème ? Le sang, ça ne se stocke pas comme du vin. Il expire. Et quand les stocks baissent, ce sont les urgences qui trinquent en premier. « Un accident de la route, une opération non prévue, et hop : on manque de sang de groupe O négatif », explique Dubois. « Et là, c’est la course contre la montre. »
Mais le vrai scandale, c’est l’hypocrisie. Tout le monde sait que les réserves sont critiques. Pourtant, personne ne dit clairement : « Il nous manque 5 000 donneurs par mois. » À la place, on parle d’Octobre rose, de sensibilisation, de solidarité. « C’est du marketing pour adoucir la pilule », lâche un ancien donneur, excédé. « On nous prend pour des idiots. »
Ce que cache la campagne « Octobre rose »
Derrière le sourire des bénévoles et les ballons gonflables, il y a une réalité moins reluisante. L’Amicale des donneurs de sang, comme d’autres associations, dépend en partie des subventions municipales. Et quand la mairie organise une collecte, c’est souvent pour faire bonne figure. « On nous demande de faire du chiffre, pas de sauver des vies », avoue une bénévole. « Résultat : on fait du bruit, on attire du monde… mais on ne résout rien. »
Pire : le système est conçu pour que les donneurs réguliers lâchent prise. « Avant, on vous appelait pour une collecte. Maintenant, c’est à vous de vous déplacer », regrette Dubois. « Et entre le boulot, les enfants, les courses… qui a le temps ? »
Sans compter les règles qui deviennent de plus en plus restrictives. « Avant, on pouvait donner tous les deux mois. Maintenant, c’est trois mois pour les hommes, quatre pour les femmes », rappelle un donneur de longue date. « Et encore, faut pas avoir bu une bière la veille. » Résultat : les jeunes, déjà peu nombreux, désertent encore plus. « À 20 ans, je donnais mon sang tous les trimestres. Aujourd’hui, je ne le ferais même pas pour un proche », confie une étudiante croisée place de la Mairie. « Trop de contraintes. »
La vraie raison pour laquelle on ne parle pas du manque de sang
Parce que ça coûterait cher. « Un sac de sang coûte entre 200 et 300 euros à produire, et les hôpitaux ne veulent pas payer plus », explique un responsable logistique de l’EFS. « Alors on fait semblant d’attendre que les gens se mobilisent. »
Et puis, il y a le tabou. « Parler de pénurie, c’est admettre que le système est en crise », analyse Dubois. « Alors on préfère parler de sensibilisation, de prévention, de tout sauf du vrai problème : on manque cruellement de donneurs. »
Pourtant, les chiffres sont là. En 2023, 1,5 million de sacs de sang ont été utilisés en France, contre seulement 1,3 million prélevés. « On puise dans les réserves, mais ça ne dure pas », avertit l’infirmier de l’EFS. « Et quand les réserves seront vides, ce sera trop tard. »
Ce que vous pouvez faire, si vous voulez vraiment aider
Donner son sang, c’est bien. Mais si vous voulez vraiment changer les choses, il faut faire plus. « Il faudrait une vraie campagne nationale, avec des moyens, pas des affiches et des ballons », martèle Dubois. « Et il faudrait que les hôpitaux arrêtent de gaspiller. Un sac sur trois est jeté parce qu’il n’a pas été utilisé à temps. »
Alors oui, allez donner votre sang samedi, si vous en avez le temps. Mais ne vous contentez pas d’un sourire et d’un autocollant. « Posez des questions. Demandez pourquoi les réserves sont si basses. Exigez des réponses », lance Dubois. « Parce que derrière le rose, il y a une urgence. Et personne ne semble vouloir la voir. »
Samedi, place de la Mairie. 14h-19h. Si vous avez 10 minutes à perdre. Ou pas.