Le rose, c’est bien. Mais ça ne guérit pas.
Samedi 26 septembre, Obernai va se parer de rose. Pas pour une fête, non : pour une « journée rose » autour du cancer du sein, à la Bulle, rue Saint-Jacques. Conférences, ateliers, food-trucks. Le programme est classique. Ce qui l’est moins, c’est la question que ça soulève : pourquoi une seule journée par an pour un fléau qui tue encore trop de femmes ?
En France, le cancer du sein reste le premier cancer féminin. 12 000 décès par an, selon Santé Publique France. Un chiffre qui ne baisse pas assez vite. Pourtant, à Obernai, on mise sur un format événementiel. Comme si une journée de sensibilisation pouvait à elle seule inverser la tendance.
Le dépistage, c’est toute l’année.
Pourtant, les organisateurs jouent la carte de l’émotion. Ateliers, échanges, repas partagés. L’idée ? Créer du lien, briser l’isolement. Mais quand on sait que 40 % des femmes ne se présentent pas à leur dépistage (source : Institut National du Cancer), on se demande si ces initiatives ne servent pas surtout à se donner bonne conscience.
À la Bulle, on parle de prévention. Très bien. Mais la prévention, ça ne se limite pas à une journée. Ça passe par des moyens concrets : accès facilité aux mammographies, réduction des délais pour les biopsies, soutien psychologique systématique. Obernai a-t-elle les moyens de tout ça ? La question n’est même pas posée.
Le rose, c’est commercial.
Le cancer du sein, c’est aussi un marché. Les marques surfent sur la cause depuis des années. Le ruban rose ? Une invention du marketing. Pinkwashing, comme on dit. Et Obernai, avec sa journée, tombe pile dans le piège. Parce que oui, une journée rose, ça vend du rêve. Ça donne l’impression d’agir. Sans jamais vraiment changer les choses.
Alors, cette journée à Obernai, elle servira à quoi ? À remplir une salle ? À faire parler de la ville ? À donner l’illusion d’une mobilisation ?
Le vrai combat, c’est ailleurs.
Si Obernai veut faire mieux que le rose, elle devrait commencer par exiger des comptes. À qui ? Aux politiques, d’abord. Pourquoi les budgets pour le dépistage ne sont-ils pas à la hauteur ? Aux hôpitaux, ensuite. Pourquoi les délais pour les soins sont-ils encore trop longs dans certaines régions ? Et aux associations, enfin. Pourquoi le soutien aux patientes reste-t-il si inégal ?
Samedi, on mangera, on écoutera, on partagera. Mais après ? Après, il faudra bien affronter la réalité : le cancer du sein ne se combat pas en une journée.
Ce qui manque, c’est un plan.
Obernai a l’occasion de montrer qu’elle ne se contente pas de suivre le mouvement. Elle pourrait, par exemple, lancer une campagne annuelle de dépistage gratuit pour les habitantes, en partenariat avec les médecins locaux. Ou organiser des ateliers permanents, pas juste un jour par an. Ou encore, exiger des comptes aux décideurs régionaux sur les moyens alloués à la lutte contre le cancer.
Mais rien de tout ça n’est à l’ordre du jour. À la place, on mise sur le rose. Parce que c’est plus simple. Parce que ça fait joli. Parce que ça ne dérange personne.
La vraie question, c’est : Obernai en a-t-elle quelque chose à faire ?
Parce que oui, une ville peut agir. Pas en organisant une journée, non. En imposant un rythme. En faisant du cancer du sein une priorité, pas un accessoire. En refusant de se contenter de bonnes intentions.
Samedi, la Bulle sera rose. Mais le combat, lui, ne fait que commencer.