La santé numérique bourguignonne reste en mode pilote

Deux jours à Beaune pour parler d’innovation en santé, mais les vraies questions sont ailleurs : qui paie ? Qui contrôle ? Et surtout, qui en profite vraiment ? Les réponses ne seront pas dans les discours.

Publié le 23 septembre 2026 à 20:27
La santé numérique bourguignonne reste en mode pilote

Le Palais des congrès de Beaune sentira le vin et le numérique cette semaine. Deux jours pour célébrer la deuxième édition des Journées régionales du numérique en santé, organisées par l’ARS Bourgogne-Franche-Comté. Sur le papier, c’est une bonne idée : rassembler les acteurs locaux pour parler de dossiers concrets. Dans les faits, ça ressemble à un salon où tout le monde se félicite sans jamais trancher. Le problème ? Personne ne veut assumer les coûts réels de ces innovations.

Les promesses du numérique en santé : du vent

On nous vend des plateformes de télémédecine, des dossiers patients dématérialisés, des IA qui diagnostiquent mieux que les médecins. En théorie, c’est génial. En pratique, c’est souvent du bricolage. Prenez l’exemple des hôpitaux de territoire : en Bourgogne, trois ont été créés depuis 2020 pour désengorger les urgences. Résultat ? Des outils numériques censés fluidifier les parcours, mais qui finissent par ajouter des étapes inutiles. Un médecin libéral de Dijon m’a résumé la situation : « On nous demande de remplir trois fois le même formulaire, une fois sur papier, une fois sur l’ordinateur de l’hôpital, et une fois sur une appli qui bugue. Le numérique, ici, c’est du confort pour les gestionnaires, pas pour les soignants. »

L’ARS Bourgogne-Franche-Comté pointe fièrement ses 12 millions d’euros investis dans le numérique santé depuis 2021. Mais où est l’argent ? Sur les écrans géants du Palais des congrès, bien sûr. Pas dans les hôpitaux de Mâcon ou d’Auxerre, où les logiciels de gestion des lits sont encore obsolètes. Le numérique en santé, c’est comme le vin : ça se boit bien en théorie, mais en pratique, ça coûte cher et ça fait mal à la tête.

Le vrai sujet : qui va payer la facture ?

Les éditeurs de logiciels médicaux adorent ces journées. Ils viennent avec leurs stands, leurs démonstrations, leurs promesses de « transformation digitale ». Sauf qu’ils oublient un détail : personne ne veut payer.

En 2022, une étude de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) révélait que seulement 12 % des médecins libéraux en Bourgogne-Franche-Comté utilisaient des outils de télémédecine. Pourquoi ? Parce que le système de remboursement est un casse-tête. Une consultation à distance coûte cher à l’Assurance Maladie, mais les patients ne voient pas la différence de tarif. Résultat : les médecins préfèrent encore prendre rendez-vous en présentiel, même si ça les fait râler.

Et puis, il y a le problème des données. Qui les possède ? Qui les protège ? À Beaune, on parlera sans doute d’interopérabilité (ce jargon qui signifie « faire communiquer les différents systèmes entre eux »). Mais personne ne mentionnera que les données des patients bourguignons finissent souvent dans les bases de données de start-ups parisiennes ou de géants américains. Le numérique en santé, c’est comme vendre son vin à l’étranger : ça part, mais on ne sait pas toujours où ça atterrit.

L’angle mort : les territoires qui ne sont pas connectés

Les Journées de Beaune, c’est bien. Mais ça ne change rien pour les communes rurales de la Côte-d’Or, où 30 % des médecins n’ont toujours pas de connexion internet stable dans leur cabinet. Comment parler d’innovation numérique quand le réseau 4G lâche au milieu des vignes ?

Prenez l’exemple de Semur-en-Auxois : un petit hôpital local qui doit envoyer ses dossiers patients à Dijon en PDF scanné parce que leur logiciel de télémédecine ne fonctionne pas avec leur imprimante. Le numérique, dans ces cas-là, c’est juste un mot pour justifier des économies.

L’ARS et les organisateurs des journées parleront de « parcours de soins coordonnés », de « fluidification des prises en charge », et autres formules lisses. Mais personne ne dira que ces innovations servent surtout à masquer les déserts médicaux.

Ce qui se joue vraiment : la guerre des influenceurs de la santé

Derrière les discours sur la télémédecine et les dossiers patients, il y a une vraie bataille. Celle des acteurs qui veulent contrôler le futur de la santé en Bourgogne.

  • Les hôpitaux publics, qui misent sur des partenariats avec des ESUS (Établissements de Santé d’Utilité Publique) pour garder la main sur les données locales.
  • Les cliniques privées, qui poussent pour des outils de réservation en ligne pour attirer les patients (et leurs euros).
  • Les start-ups parisiennes, qui vendent des solutions « clés en main » sans se soucier de l’intégration avec les systèmes existants.
  • Les assureurs, qui voient dans le numérique un moyen de mieux cibler les remboursements (et donc de réduire les coûts).

À Beaune, personne ne le dira ouvertement, mais le numérique en santé, c’est avant tout une question de pouvoir. Qui décide ? Qui gagne ? Qui perd ? Les deux jours de conférences ne répondront pas à ces questions. Parce que les réponses fâchent.

La dernière question : et après ?

Les Journées du numérique en santé se termineront comme les précédentes : avec des photos sur LinkedIn, des poignées de main et des promesses en l’air. Le vrai travail, lui, commence après.

Ce qui manque, c’est un plan clair. Qui va financer la maintenance des outils ? Qui va former les soignants ? Qui va garantir que les données ne fuient pas ?

En Bourgogne, comme ailleurs, le numérique en santé reste un chantier inachevé. Deux jours à Beaune ne changeront pas ça. Mais peut-être que quelqu’un, enfin, osera poser les bonnes questions. À condition que ce ne soit pas juste pour la galerie.

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R Galaxie Rédaction

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