Un scanner arrive, mais personne ne dit pourquoi vraiment il fallait attendre 2024
Le 14 septembre, l’hôpital de Lons-le-Saunier va enfin se doter d’un scanner moderne. Pas un gadget, pas une option : un appareil qui va remplacer une machine vieille de 15 ans, selon les estimations des techniciens. Le coroscanner, lui, débarque deux jours plus tard, le 16. Officiellement, c’est une bonne nouvelle. Officieusement, ça pose plus de questions que ça n’en résout.
Le problème ? Personne ne vous expliquera jamais pourquoi ça a pris autant de temps.
En 2019, la région Bourgogne-Franche-Comté annonçait un plan de modernisation des équipements hospitaliers. Trois ans plus tard, Lons-le-Saunier reste en queue de peloton. Pas par manque d’argent, les budgets sont là, mais ils sont étalés sur des années. Résultat : les patients attendent. Les urgences aussi. Parce qu’un scanner, ça ne sert pas qu’à faire des jolies images. Ça sert à diagnostiquer des AVC en 10 minutes au lieu de 45. Ça sert à éviter des opérations inutiles. Ça sert à sauver des vies, surtout quand les ambulances mettent 30 minutes à arriver.
Sauf que les chiffres officiels ne le disent pas. Le dernier rapport de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté sur les délais d’imagerie médicale ? Il date de 2022. Et il est flou. Trop flou. On y lit que « les temps d’attente varient selon les pathologies », mais pas un mot sur Lons. Comme si la ville n’existait pas dans les statistiques.
Alors, qui décide ?
La réponse, c’est : personne. Enfin, si, mais c’est opaque. Le scanner arrive grâce à un partenariat public-privé. L’hôpital paie une partie, la région une autre, et le fabricant, un certain Philips, vous connaissez, propose un « package » avec maintenance incluse. Sauf que personne ne vous dira combien ça coûte vraiment. Pas en euros, pas en détails.
Pourtant, on sait une chose : les scanners, ça se déprécie vite. Celui qui arrive en septembre sera obsolète dans cinq ans. Alors, est-ce que Lons-le-Saunier a négocié ? Est-ce qu’on lui a vendu du neuf ou du reconditionné ? Impossible de le savoir. Les contrats sont signés entre l’ARS et les industriels. Vous, vous n’êtes pas dans la boucle.
Le coroscanner, ce parent pauvre qui fait son entrée en catimini
Le 16 septembre, le coroscanner débarque. Officiellement, c’est une avancée. Officieusement, c’est un peu la cerise sur le gâteau pourri.
Pourquoi ? Parce que le coroscanner, c’est l’outil qui permet de détecter les calculs rénaux, les anévrismes, les problèmes cardiaques sans avoir à ouvrir le patient. Sauf que à Lons, on ne l’utilisera pas pour ça, pas tout de suite. Non, il servira d’abord à… compléter les examens déjà prévus. Traduction : on va l’utiliser pour ce qu’on n’avait pas les moyens de faire avant.
Le vrai problème, c’est que ça ne règle rien.
Vous avez une douleur à la poitrine ? Trop tard, le scanner est pris. Vous avez un AVC ? On vous enverra à Dole, à 45 minutes de route, parce que là-bas, ils ont une file d’attente un peu moins longue. Le coroscanner, lui, ne désengorgera pas les urgences. Il ne réduira pas les délais. Il servira à faire ce qu’on faisait déjà, mais un peu mieux.
Et puis, il y a la question de la formation. Qui va l’utiliser ? Les radiologues ? Les internes ? Les infirmiers ? Personne ne vous le dira. Parce que les protocoles ne sont pas encore écrits. Parce que les habitudes mettent du temps à changer.
L’argent, ce fantôme qui plane sur tout
En 2021, une étude de la Cour des comptes pointait du doigt les déserts médicaux en imagerie. Résultat : en Bourgogne-Franche-Comté, 1 patient sur 3 attend plus de 30 jours pour un scanner. À Lons-le-Saunier, les chiffres sont pire. Parce que les radiologues partent. Parce que les remplaçants coûtent cher. Parce que les hôpitaux ruraux sont toujours les derniers servis.
Alors, oui, un nouveau scanner, c’est bien. Mais à quel prix ?
Le budget global du projet ? 1,2 million d’euros, selon les estimations internes de l’hôpital. Une somme. Sauf que la région a injecté 400 000 euros dans la rénovation des blocs opératoires du même hôpital en 2023. Priorités, priorités.
Le vrai scandal, c’est qu’on ne vous demande pas votre avis.
Vous, le patient, vous n’avez pas choisi ce scanner. Vous n’avez pas négocié son prix. Vous n’avez pas décidé s’il fallait attendre encore deux ans pour le coroscanner. Vous, vous attendez. Vous attendez qu’on vous dise que tout va bien. Vous attendez qu’on vous explique pourquoi, en 2024, un hôpital du Jura doit encore se battre pour avoir des outils basiques.
Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
Alors, concrètement, qu’est-ce qui va changer le 14 septembre ?
- Pour les urgences : les délais devraient baisser. Enfin. Sauf si la file d’attente explose ailleurs. Parce que les patients ne disparaissent pas.
- Pour les spécialistes : plus besoin d’envoyer les dossiers à Besançon ou à Dijon. Sauf si le scanner tombe en panne. Parce que la maintenance, c’est un autre budget.
- Pour les comptes de l’hôpital : une ligne de plus dans les dépenses. Une ligne de moins dans les économies, parce que maintenant, il faut former le personnel, acheter les consommables, gérer les imprévus.
Ce qui ne changera pas, en revanche :
- Le manque de radiologues. Parce qu’on ne forme pas assez de monde.
- Les inégalités entre territoires. Parce que Paris a toujours un coup d’avance.
- La méfiance des patients. Parce que quand on vous dit « attendez trois mois pour un rendez-vous », vous arrêtez d’y croire.
La vraie question, personne ne la pose
Pourquoi Lons-le-Saunier ? Pourquoi maintenant ?
La réponse officielle : « Parce que c’était nécessaire. »
La réponse réelle ? Parce que personne ne veut assumer les conséquences de ne pas l’avoir fait avant. Parce que les politiques préfèrent annoncer des chiffres plutôt que de gérer des crises. Parce que les hôpitaux ruraux sont toujours les oubliés des plans de modernisation.
Alors, oui, un scanner arrive. Un coroscanner aussi. Mais derrière les communiqués, il y a une réalité : on vous donne ce qu’on peut, quand on peut, comme on peut.
Et ça, c’est le vrai problème.