En 2024, dans un centre commercial de Salt Lake City, un écran tactile propose un diagnostic d’acné en 30 secondes. Pas de miroir, pas de dermatologue. Juste une IA qui analyse votre visage, prescrit un traitement et envoie l’ordonnance directement à la pharmacie. Bienvenue dans le pilote de Nolla Health, la startup qui veut révolutionner les soins de peau, sans médecin dans la boucle. Et ça, ça pose problème.
L’IA qui joue aux médecins pour 20 dollars de consultation
Nolla Health, c’est l’histoire d’une équipe qui a flairé le jackpot : l’acné, c’est 50 millions d’Américains concernés, un marché de plusieurs milliards de dollars, et une frustration commune. « Personne ne veut voir un médecin pour des boutons », résume un communiqué de la startup. Alors pourquoi ne pas sauter l’étape ? Leur algorithme, entraîné sur des milliers de dossiers médicaux, propose une ordonnance en ligne après une analyse visuelle et des questions basiques. Le prix ? 20 dollars.
Pourtant, voici le hic : l’IA n’a pas le droit de prescrire. Officiellement, Nolla Health ne fait que « suggérer » un traitement, mais dans les faits, les pharmacies de l’Utah acceptent ces ordonnances comme si elles venaient d’un vrai médecin. Un contournement légal flou. Aux États-Unis, les lois varient selon les États, et l’Utah est l’un des plus laxistes sur les téléconsultations. Assez pour que des startups comme Nolla Health glissent entre les mailles du filet.
Les dermatos en colère, les patients en mode « ça marche ou pas ? »
Du côté des professionnels, la réaction est unanime : « C’est de la charlatanerie », lâche le Dr. Mark Rubin, président de l’Académie américaine de dermatologie. « Une IA ne peut pas poser un diagnostic fiable, encore moins prescrire des antibiotiques ou des rétinoïdes, qui ont des effets secondaires graves. » Pourtant, sur Reddit, les avis des patients sont mitigés. « J’ai essayé, ça m’a donné du peroxyde de benzoyle. Résultat : zéro amélioration en deux semaines », écrit un utilisateur. Un autre, en revanche, jure que son acné a disparu après avoir suivi la prescription de l’IA. Problème : impossible de vérifier qui a raison.
Le vrai business derrière l’acné : des données et des économies
Nolla Health n’est pas la première à miser sur l’IA pour la dermatologie. Mais elle est l’une des plus agressives sur le terrain commercial. Leur modèle ? Vendre des ordonnances à bas prix, collecter des données de peau, et revendre l’ensemble à Big Pharma. Les laboratoires pharmaceutiques adorent ce genre de partenariats : moins de médecins dans la chaîne, moins de coûts de marketing. Et pour les patients ? « C’est pratique, mais à quel prix ? », se demande une étudiante de 19 ans, cliente occasionnelle. Le risque ? Une médicalisation à la chaîne, où l’humain disparaît au profit de l’algorithme.
Et si demain, c’était tous les médicaments ?
L’Utah n’est qu’un laboratoire. D’autres États pourraient suivre, surtout si les résultats (ou l’absence de plaintes) sont bons. Mais attention : on parle ici de soins de peau. Demain, ce sera peut-être des antibiotiques, des antidépresseurs, ou pire.
En France, une telle pratique serait illégale. Aux États-Unis, le flou juridique permet tout. La question n’est pas de savoir si l’IA peut soigner l’acné. La question, c’est : jusqu’où on laisse aller la déshumanisation de la médecine ?
La fin du médecin, ou la fin de la confiance ?
Nolla Health ne répond pas aux critiques. « Nous suivons les réglementations locales », répètent-ils en boucle. Mais quand la loi ne suffit pas, reste la morale. Un algorithme peut-il vraiment remplacer un diagnostic humain ? Peut-on faire confiance à une machine pour prescrire des traitements qui, mal utilisés, peuvent laisser des cicatrices à vie ?
Le vrai scandale, ce n’est pas l’IA. C’est qu’on accepte qu’elle prenne des décisions médicales sans que personne ne bronche.
Et si, demain, c’était votre vie qui dépendait d’un écran ?