Noémie O’Farrell abandonne Sorcières, les États-Unis n’ont pas besoin de ses sorts

La créatrice de *Sorcières* quitte Netflix après des tensions créatives et un marché américain qui ne veut plus de son regard. Résultat : une série qui part sans avoir eu le temps de s’imposer, et un constat brutal sur l’industrie du streaming. Les États-Unis digèrent mal les histoires qui ne rentrent pas dans leurs cases.

Publié le 22 septembre 2026 à 22:02
Noémie O’Farrell abandonne Sorcières, les États-Unis n’ont pas besoin de ses sorts

Pourquoi les États-Unis n’aiment pas les sorcières qui dérangent

La série part sans avoir eu le temps de s’imposer, et c’est une bonne chose. Parce que Sorcières n’était pas une série américaine. Pas dans l’esprit, pas dans la forme. O’Farrell, Française, a construit son univers sur des références européennes, une esthétique brute, un humour noir qui ne passe pas toujours la rampe à Hollywood. Le problème, c’est que Netflix US a essayé de la forcer à s’adapter. Les scripts ont été retravaillés, les scènes coupées, les dialogues édulcorés. Résultat : une série qui perdait son âme à chaque saison. Comme si on demandait à The Witcher de devenir une comédie Disney. Ça ne marche pas.

Et puis, il y a le public. Les États-Unis adorent leurs sorcières, mais à condition qu’elles soient convenables. Charmed ? Oui. The Chilling Adventures of Sabrina ? Oui, mais en version dark contrôlée. Sorcières, non. Parce que les personnages d’O’Farrell ne sont pas des héroïnes. Ce sont des femmes en colère, des marginales, des survivantes. Ça ne vend pas de merchandising.

Le chiffre qui résume tout : 15 millions de dollars. C’est le budget total de la série sur deux saisons (source : Deadline, 2023). Pour une production Netflix, c’est presque une sinécure. Mais pour une série qui ne rentrait dans aucune case marketing, c’était déjà trop. Les algorithmes ne savent pas quoi faire d’une histoire qui refuse d’être digérée en 10 secondes de bande-annonce.

Netflix a tué Sorcières par bienveillance.

Pas par méchanceté. Juste parce que le streaming, c’est l’usine à contenu. Et Sorcières ne rentrait pas dans le moule. Les plateformes aiment les séries qui ressemblent à d’autres séries. The Witcher ? Un mélange de fantasy et d’action, comme Game of Thrones mais en plus blanc. Bridgerton ? Du romantisme historique avec des robes qui coûtent une fortune. Sorcières ? Une plongée dans le féminisme radical, filmée comme un documentaire politique. Ça, les algorithmes ne savent pas le vendre.

Le vrai scandale, c’est que ça aurait pu marcher.

Pas aux États-Unis. Mais ailleurs. En Europe, en Amérique latine, là où les récits féminins et subversifs trouvent un écho. Le problème, c’est que Netflix a décidé de tout centraliser depuis Los Angeles. Résultat : une série annulée alors qu’elle aurait pu devenir un phénomène culturel ailleurs. Comme Les Revenants, comme Dark, comme toutes ces séries européennes qui explosent… mais pas sur Netflix US.

Ce que les États-Unis refusent, c’est l’inconfort.

Sorcières n’était pas une série pour se détendre devant un verre de vin. C’était une série pour se prendre la tête, pour se demander pourquoi les femmes sont toujours considérées comme des monstres quand elles osent parler fort. Les États-Unis n’aiment pas les monstres qui leur renvoient leur propre image.

Et maintenant, O’Farrell retourne à ses sorcières.

Elle a déjà un nouveau projet en tête : une série sur les femmes dans la Résistance française. Un sujet encore plus explosif, encore plus politique. Sauf qu’elle ne la fera pas pour Netflix. Elle a compris la leçon. Les plateformes américaines veulent des produits lissés, des histoires sans aspérités. Alors elle ira ailleurs. En France, peut-être. En Allemagne. Partout où on la laissera faire.

La vraie question, c’est : est-ce que les États-Unis vont enfin comprendre qu’ils ne peuvent pas tout contrôler ?

Pas dans l’immédiat. Parce que Sorcières n’était qu’un symptôme. Le problème, c’est que Hollywood et ses clones numériques n’ont toujours pas appris à aimer ce qui les dérange.

Et ça, c’est une malédiction bien plus puissante que n’importe quel sort.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie