2024 sera l'année où le Nigeria a perdu la bataille de la diphtérie

Avec 10 000 cas déclarés cette année, la diphtérie ravage le Nigeria. Les autorités appellent à une réponse coordonnée, mais les failles du système sanitaire et les défis logistiques freinent la riposte. Pourquoi cette épidémie révèle les limites d’un État en crise permanente.

Publié le 25 septembre 2026 à 22:23
2024 sera l'année où le Nigeria a perdu la bataille de la diphtérie

En 2023, le Nigeria a enregistré 10 000 cas de diphtérie, selon les données préliminaires de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Centre de contrôle des maladies du Nigeria (NCDC). Le chiffre est cinq fois supérieur à celui de 2022. Pourtant, personne ne s’en émeut vraiment. Pas de communiqués tonitruants, pas de mobilisation internationale, pas même une couverture médiatique à la hauteur. Juste un silence assourdissant, comme si cette épidémie était devenue une fatalité. Et si c’était le cas ? Si le Nigeria avait simplement abdiqué face à une maladie évitable depuis un siècle ?

La diphtérie, c’est l’histoire d’une vaccination ratée. Un vaccin existe, efficace, bon marché, intégré au calendrier vaccinal depuis des décennies. Le problème, c’est qu’il ne parvient pas à atteindre ceux qui en ont besoin. Seulement 30 % des enfants nigérians sont correctement vaccinés contre cette maladie, selon les dernières estimations de l’UNICEF. Le reste ? Une population vulnérable, surtout dans les zones rurales où les centres de santé manquent de tout : sérums, aiguilles, même électricité pour conserver les vaccins. À Kano, l’un des États les plus touchés, les hôpitaux rapportent des files d’attente de plusieurs heures pour une dose de sérum antidiphtérique. Résultat : des enfants meurent d’une maladie qu’on aurait pu éradiquer en quelques semaines.

Pourquoi les autorités nigérianes jouent-elles les sourds ?

Officiellement, le gouvernement fédéral et les États fédérés ont lancé des campagnes de vaccination d’urgence. En théorie, c’est une bonne chose. En pratique, ça ressemble à du saupoudrage. Prenez l’État de Yobe, où plus de 2 000 cas ont été recensés en six mois. Les équipes mobiles du NCDC y sont intervenues… trop tard. Les villages les plus isolés n’ont reçu aucune dose. À quoi bon organiser une campagne si elle ne couvre pas la moitié du territoire ?

Le vrai problème, c’est l’argent. Le Nigeria dépense 0,4 % de son PIB pour la santé, l’un des taux les plus bas d’Afrique. Les hôpitaux publics sont à l’abandon, le personnel soignant est sous-payé, et les stocks de médicaments disparaissent des entrepôts. En 2022, une enquête du New York Times révélait que 40 % des vaccins commandés par le gouvernement nigérian ne parvenaient jamais jusqu’aux patients, détournés en route par des intermédiaires corrompus ou perdus faute de chaîne du froid.

Et puis, il y a la méfiance. Dans certaines régions, notamment dans le nord du pays, des groupes religieux et traditionnels boycottent les vaccins, accusés d’être des complots occidentaux. À Maiduguri, capitale de Borno, des imams ont interdit aux familles de se faire vacciner, au nom d’une interprétation littérale du Coran. Résultat : des foyers d’infection qui s’étendent comme une traînée de poudre.

Ce que personne ne dit sur cette épidémie

La diphtérie, c’est le symptôme d’un système sanitaire en décomposition. Pas seulement au Nigeria, mais dans toute l’Afrique de l’Ouest. Le Bénin et le Cameroun font face à des flambées similaires. La Guinée a dû réimporter des stocks de vaccins en urgence. Pourtant, les donateurs internationaux, États-Unis, UE, fondations privées, ne crient pas au scandale. Pourquoi ? Parce que ces épidémies ne touchent pas les mêmes populations que le choléra ou Ebola. La diphtérie, c’est la maladie des pauvres. Celle qui ne fait pas la une des journaux occidentaux.

Il y a aussi l’égoïsme des laboratoires. Le vaccin contre la diphtérie, le DTaP, est produit en masse par Pfizer, GSK et Sanofi. Ces groupes pharmaceutiques ne font pas de charité. Ils vendent à prix coûtant aux pays riches, et à prix d’or aux pays pauvres. En 2021, le Nigeria a dû payer 1,2 dollar par dose pour un vaccin qui coûte 0,10 dollar à produire. Une surtaxe qui, sur 10 000 cas, représente des millions de dollars détournés de la lutte contre l’épidémie.

Et puis, il y a l’oubli. La diphtérie, c’est une maladie du XIXe siècle. Les pays occidentaux l’ont éradiquée dans les années 1950. Aujourd’hui, elle ne fait plus peur. Pourtant, elle tue encore. 1 500 enfants nigérians sont morts de diphtérie en 2023. Personne n’en parle.

La réponse coordonnée ? Un vœu pieux

Les autorités nigérianes appellent à une réponse coordonnée. Très bien. Mais coordonnée avec qui ? Avec des États fédérés qui se sabotent mutuellement ? Avec des ONG qui manquent de fonds ? Avec une population qui ne fait pas confiance aux institutions ?

Prenez l’exemple de Lagos. La mégapole a lancé une campagne de vaccination massive en janvier 2024. Résultat ? Seulement 12 % des cibles ont été atteintes. Pourquoi ? Parce que les centres de vaccination étaient mal communiqués, parce que les transports en commun étaient en grève, parce que les parents n’avaient pas le temps de s’arrêter pour une injection. À Abuja, la capitale, les cliniques privées facturent jusqu’à 5 000 nairas (10 euros) par dose de sérum antidiphtérique. Une fortune pour une famille sur deux.

Le Nigeria a les moyens de réagir. Non, vraiment. Le pays est le premier producteur de pétrole d’Afrique. En 2023, ses réserves de change dépassaient 35 milliards de dollars. Pourtant, 0,03 % de ce budget a été alloué à la lutte contre la diphtérie cette année. Pour comparaison, le Nigeria dépense deux fois plus pour sa flotte présidentielle que pour les campagnes de vaccination nationales.

Ce qui se joue vraiment derrière cette épidémie

Cette crise sanitaire n’est pas qu’une question de santé publique. C’est un test. Un test pour voir si le Nigeria peut encore fonctionner comme un État. Si les gouvernements locaux peuvent coopérer sans se saborder. Si l’argent public est utilisé à bon escient. Si les populations acceptent encore les mesures sanitaires.

Et le verdict ? Échec.

La diphtérie, c’est l’arbre qui cache la forêt. Derrière cette épidémie, il y a une crise de confiance généralisée dans les institutions, une corruption endémique, et une indifférence internationale qui confine au mépris. Le Nigeria pourrait arrêter cette épidémie en trois mois. À condition d’y mettre les moyens. Mais personne n’y croit vraiment.

En 2024, le Nigeria aura perdu la bataille de la diphtérie. Pas parce que la maladie est trop forte, mais parce que personne ne veut vraiment la gagner.

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R Galaxie Rédaction

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