Les niches fiscales engloutissent 92 milliards sans alerter.

Le budget 2027 confirme l’hémorragie : 92 milliards pour des dispositifs souvent inefficaces. Le CIR et les services à la personne dominent toujours, mais une nouvelle niche émerge, discrète et coûteuse. Pourquoi personne ne la conteste ? Parce qu’elle sert des intérêts bien plus gros que la logique budgétaire.

Publié le 6 octobre 2026 à 06:07
Les niches fiscales engloutissent 92 milliards sans alerter.

Le CIR, ce trou noir fiscal qui ne veut pas mourir

En 2027, la France va encore débourser des dizaines de milliards pour des niches fiscales. 92 milliards, selon le budget. Un montant qui fait pâlir. Et parmi ces dispositifs, le crédit d’impôt recherche (CIR) reste le champion toutes catégories. Depuis des années, il pompe des milliards sans que personne ne trouve le courage de le toucher. Pourtant, les rapports s’accumulent : inefficacité, distorsions, et surtout, un coût exorbitant pour des résultats flous.

Prenez TotalEnergies. En 2022, le groupe a bénéficié de 1,2 milliard d’euros de CIR, soit près de 10 % du budget total du dispositif. Pour quoi faire ? Des projets de R&D qui, dans bien des cas, n’auraient pas vu le jour sans cette subvention. Résultat : l’argent public finance des laboratoires privés, sans garantie de retombées pour les Français. Et quand on demande des comptes, on vous sort des arguments du type « sans ça, on délocaliserait ». Sauf que les chiffres montrent que la plupart des entreprises qui en profitent sont déjà bien installées en France. Le CIR, c’est le cadeau fiscal qui ne dit jamais merci.

Les services Ă  la personne, ce business qui se paie sur le dos des contribuables

Derrière le CIR, le crédit d’impôt pour les services à la personne (50 %) arrive en deuxième position. Un dispositif qui, lui, a au moins le mérite d’exister depuis des années. Sauf que là aussi, les dérives sont légion. Prenez les garderies périscolaires. Certaines communes en profitent pour externaliser des missions publiques à des structures privées, avec une main-d’œuvre souvent mal payée et précarisée. Et l’État, lui, paie la note.

En 2023, le coût de cette niche a frôlé les 10 milliards. Pour quoi ? Pour que des familles aisées réduisent leur impôt en payant une baby-sitter à 5 euros de l’heure. Pendant ce temps, les aides sociales pour les familles modestes sont toujours aussi serrées. La logique ? Incompréhensible. L’efficacité ? Nulle. Pourtant, personne ne bouge. Parce que toucher à ça, c’est s’attaquer à un écosystème entier : entreprises de ménage, assistantes maternelles, plateformes en ligne… Tout le monde y trouve son compte, sauf l’État.

La nouvelle niche qui passe inaperçue

Mais cette année, une autre dépense fiscale fait son entrée dans le top 5 : les investissements dans les énergies renouvelables. Pas les petits panneaux solaires sur les toits, non. Les grands parcs éoliens, les méga-centrales hydroélectriques, les projets portés par des fonds d’investissement ou des grands groupes. Le dispositif ? Un crédit d’impôt pour les entreprises qui financent ces infrastructures. Le problème ? Ces mêmes entreprises sont souvent déjà bénéficiaires d’autres aides publiques, et les projets qu’elles financent ne sont pas toujours prioritaires.

Prenez le cas de Neoen, le spécialiste des énergies renouvelables. En 2023, l’entreprise a obtenu près de 300 millions d’euros de subventions pour ses parcs éoliens. Pour quoi ? Pour des projets qui, dans bien des cas, auraient pu être financés par des fonds privés sans ce coup de pouce. Résultat : l’argent public sert à gonfler les marges des actionnaires, pas à accélérer la transition énergétique.

Pourquoi personne ne réagit ?

Parce que ces niches, c’est le système D de l’État. Quand les budgets publics sont serrés, on compense avec des exonérations, des crédits d’impôt, des déductions. Et comme tout le monde y trouve son compte, les entreprises, les lobbies, les élus locaux, personne ne veut toucher.

Sauf que 92 milliards, c’est l’équivalent du budget de la Défense. Ou de celui de l’Éducation nationale. À l’heure où les hôpitaux manquent de lits et où les profs manifestent pour des classes surchargées, dépenser autant pour des dispositifs souvent inefficaces, c’est du gaspillage pur. Et le pire, c’est que personne ne semble s’en offusquer.

Le vrai coût des niches : ce qu’on ne voit pas

Derrière les chiffres, il y a une réalité : ces niches fiscales, c’est l’argent qui manque ailleurs. Moins de moyens pour les hôpitaux, moins d’investissements dans les transports, moins de soutien aux PME qui n’ont pas les moyens de se payer des lobbyistes. Le CIR, les services à la personne, les énergies renouvelables subventionnées… Tout ça, c’est du fric qui part dans des poches déjà bien garnies.

Et le plus ironique ? Ces dispositifs sont censés servir l’intérêt général. Sauf que quand on creuse, on se rend compte qu’ils servent surtout des intérêts privés. Alors oui, la France a besoin d’innovation, de services à la personne accessibles, et d’une transition énergétique. Mais pas à ce prix.

La vraie question n’est pas « comment réduire ces niches ? », mais « qui a intérêt à ce qu’elles restent ? »

Parce que les lobbies sont là. Les cabinets d’avocats spécialisés dans l’optimisation fiscale aussi. Et les politiques qui ont peur de mécontenter les grands groupes encore plus. Résultat : on tourne en rond. On parle de réforme, on fait semblant de chercher des économies, mais au final, rien ne bouge.

Alors oui, le budget 2027 confirme que les niches fiscales vont encore coûter une fortune. Mais ce qui est vraiment choquant, c’est qu’on accepte ça sans broncher. Comme si 92 milliards, c’était une fatalité.

Pourtant, il y a des solutions. Supprimer le CIR pour les très grandes entreprises, réorienter les aides vers les PME innovantes, conditionner les crédits d’impôt pour les services à la personne à des salaires décents… Tout ça existe. Sauf que personne n’a envie d’y toucher.

Parce que quand on creuse, on se rend compte que ces niches, c’est comme un iceberg : ce qu’on voit, c’est le coût pour l’État. Ce qu’on ne voit pas, c’est le système qui se maintient derrière.

Et ça, personne n’en parle.

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R Galaxie Rédaction

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