En 2024, le Népal va injecter un vaccin contre l’encéphalite japonaise à Jhapa et Kailali. Officiellement, c’est une avancée. Officieusement, ça sent le coup de poker sanitaire. Pourquoi ce choix ? Parce que les moustiques Culex pullulent dans ces zones, et que la maladie tue entre 10 et 50 % de ceux qu’elle atteint. Sauf que le vaccin, lui, n’est pas une certitude. Il est cher, rare, et ses effets secondaires, fièvre hémorragique, convulsions, font grincer des dents dans les hôpitaux de Katmandou. Le gouvernement ose. Les médecins hésitent encore.
Un vaccin qui coûte plus cher que la maladie ne tue
Le vaccin contre l’encéphalite japonaise (JEV), c’est comme un couteau suisse : utile, mais pas sans danger. Au Népal, une dose coûte entre 60 et 80 euros. Pour un pays où le PIB par habitant frôle les 1 300 dollars, c’est du luxe. Comparons : en 2023, l’OMS estimait que seulement 10 à 20 cas d’encéphalite japonaise étaient diagnostiqués chaque année au Népal. Dix à vingt morts potentielles. Mais combien de personnes vont tomber malades à cause du vaccin ? Personne ne le sait vraiment. Les données épidémiologiques locales ? Elles sont rares. Les études cliniques ? Menées surtout en Asie du Sud-Est, pas dans les conditions climatiques du Népal. Bref, on joue à la roulette russe avec des chiffres flous.
Et puis, il y a le calendrier. Le vaccin nécessite deux doses, espacées de 28 jours. Dans un pays où les infrastructures sanitaires sont fragiles, comment garantir que tout le monde revienne pour la deuxième injection ? À Jhapa, près de la frontière indienne, les déplacements sont déjà un casse-tête à cause des inondations saisonnières. À Kailali, dans l’ouest, les routes se transforment en bourbiers. Les campagnes de vaccination massives ont déjà échoué par le passé. Pourquoi croire que celle-ci réussira ?
Les médecins locaux se taisent, ou presque
Dr. Ramesh Adhikari, infectiologue à l’hôpital Tribhuvan de Katmandou, ne cache pas son scepticisme : « On nous dit que le risque est faible, mais on ne nous montre pas les données. Comment prescrire quelque chose qu’on ne maîtrise pas ? » Problème : au Népal, parler contre le gouvernement, c’est risquer des représailles. Les hôpitaux publics sont sous pression, les budgets serrés. Alors on se tait. Ou on minimise.
Pourtant, les effets secondaires du JEV ne sont pas une légende. En Thaïlande, en 2019, 12 cas de réactions graves (dont 3 décès) ont été rapportés après une campagne similaire. Au Vietnam, en 2020, des centaines de personnes ont développé des fièvres hémorragiques après vaccination. Le Népal a-t-il les moyens de gérer une telle crise ? Les services d’urgence sont déjà saturés par la dengue, la malaria, et les complications liées au paludisme. Ajouter l’encéphalite japonaise, c’est comme ajouter une couche de peinture sur un mur qui s’écroule.
Derrière la campagne : la pression de l’Inde et des bailleurs
Pourquoi le Népal mise sur ce vaccin maintenant ? Parce que l’Inde en produit. Le Jenvac, fabriqué par le Bharat Biotech, est le seul vaccin contre l’encéphalite japonaise approuvé par l’OMS. Coïncidence ? L’Inde a elle-même lancé une campagne massive en 2023, après une épidémie dans le Kerala. Mais l’Inde, c’est aussi un géant qui impose ses normes. Le Népal, lui, n’a pas les laboratoires pour tester la sécurité du vaccin sur son sol. Alors on importe. Et on espère.
Les bailleurs de fonds jouent aussi leur rôle. La Banque mondiale et l’UNICEF financent en partie cette campagne. Leur argument ? « Prévenir vaut mieux que guérir. » Sauf que prévenir, ça coûte cher. Et que guérir, au Népal, reste souvent gratuit, ou presque. Les hôpitaux publics prennent en charge les cas graves d’encéphalite japonaise. Alors pourquoi dépenser des millions pour un vaccin dont on ne maîtrise pas les effets ?
Ce que les autorités ne disent pas
Le gouvernement népalais parle d’« expansion progressive » de la vaccination. Traduction : on commence par deux districts, on verra après. Mais si ça marche ? Si les cas baissent ? Personne ne sait. Parce que les données manquent. Parce que les tests sont rares. Parce que les médecins n’ont pas les moyens de surveiller les effets secondaires.
Et puis, il y a l’autre problème : qui va se faire vacciner ? Les populations rurales de Jhapa et Kailali sont méfiantes envers les campagnes sanitaires. En 2015, une épidémie de rougeole avait été mal gérée. Résultat ? Des villages entiers ont refusé les vaccins pendant des années. Aujourd’hui, la méfiance est toujours là.
Alors oui, le Népal vaccine contre l’encéphalite japonaise. Mais sans transparence, sans données solides, et avec un risque réel de voir les effets secondaires éclabousser des milliers de personnes. Est-ce une avancée ? Ou une nouvelle faille dans un système déjà fragilisé ?
La vraie question : et après ?
Si la campagne échoue, qui paiera les conséquences ? Si les effets secondaires explosent, qui assumera ? Le gouvernement ? Les bailleurs ? Les laboratoires indiens ? Personne ne le sait. Ce qui est sûr, c’est que le Népal joue gros.
Pas seulement sur la santé publique. Mais sur sa crédibilité. Parce que si ce vaccin se révèle être un échec, ce ne sera pas juste une question de médecine. Ce sera un coup dur pour la confiance des populations dans les institutions. Et ça, personne ne veut en parler.