400 €, c’est bien. Mais c’est pas assez pour changer quoi que ce soit en vrai.
Samedi dernier, l’association sportive NBJJA organisait son premier stage gratuit de l’année. Pas un stage comme les autres : réservé aux femmes et jeunes filles, il coûtait zéro euro. Zéro euro, mais pas zéro effort. Le tout financé par les adhérents, les sponsors, et une partie des recettes des autres activités. Résultat ? 400 € reversés à Ruban Rose, l’association qui lutte contre le cancer du sein. Un joli geste. Un chèque qui fait du bien à voir. Sauf que…
400 €, ça ne paie pas une séance de chimiothérapie.
Pas besoin d’être expert-comptable pour savoir que 400 €, c’est l’équivalent de trois mois d’abonnement à une salle de sport pour une personne. Trois mois. Trois mois de cours de yoga, trois mois de crossfit, trois mois à se dire que, bon, au moins, on fait quelque chose pour sa santé. Sauf que là , on parle de cancer. Et là , 400 €, c’est l’équivalent d’une paire de baskets. Ou d’un café par jour pendant deux mois. Pas d’une vie sauvée.
Pourtant, NBJJA a fait son mea culpa : « On sait que c’est peu, mais c’est un premier pas. » Premier pas, deuxième pas, troisième pas… À ce rythme, Ruban Rose attendra encore 20 ans avant de voir un vrai impact.
Mais bon, faut pas être trop dur. 400 €, c’est déjà mieux que rien. Surtout quand on sait que beaucoup d’associations sportives se contentent de faire des stages pour les femmes… en oubliant de reverser quoi que ce soit. Là , au moins, ils mettent les mains au portefeuille. Même si c’est juste pour se donner bonne conscience.
Pourquoi un stage gratuit ne vaut pas un don sérieux ?
Le stage de NBJJA, c’était bien. Très bien, même. Gratuit, ouvert à toutes, encadré par des pros. Le genre d’initiative qui donne envie de s’inscrire, de bouger, de se sentir moins seule. Sauf que le problème, c’est que ça reste un stage. Un événement ponctuel.
Un stage, ça ne change pas la vie.
Un stage, ça peut donner envie de faire du sport. Ça peut motiver une femme à sortir de chez elle, à rencontrer d’autres personnes, à se dire que, peut-être, elle aussi peut en faire plus pour sa santé. Mais ça ne paie pas un traitement. Ça ne finance pas une recherche. Ça ne permet pas d’acheter des mammographes pour les hôpitaux publics. Ça, c’est du concret.
Et puis, il y a un détail qui dérange.
Le stage était gratuit. Pour qui ? Pour les femmes et jeunes filles. Mais qui paie ? Les adhérents de NBJJA, les sponsors, et une partie des recettes des autres activités. Donc, en gros, ce sont les hommes qui financent des activités réservées aux femmes.
Est-ce que c’est équitable ?
Pas forcément. Est-ce que c’est malin ? Pas vraiment. Est-ce que ça marche ? Oui, mais à moitié.
Parce qu’un stage gratuit, ça ne suffit pas.
Il faut aussi des campagnes de dépistage régulières, des soins accessibles, des recherches financées. 400 €, ça ne paie pas tout ça.
Le vrai problème, c’est l’argent. Et personne ne veut en parler.
NBJJA, c’est une association sportive. Pas une ONG. Pas une fondation. Pas un organisme caritatif. C’est un club. Un club qui fait du sport, qui organise des événements, qui gagne de l’argent. Et qui, parfois, reverse une partie de ses bénéfices à une bonne cause.
Le problème, c’est que ça reste une goutte d’eau dans l’océan.
En France, le cancer du sein touche une femme sur huit. Une femme sur huit. 800 000 femmes vivent avec cette maladie. 800 000 femmes qui ont besoin de soins, de traitements, de soutien. 800 000 femmes pour qui 400 €, c’est presque rien.
Et pourtant, c’est tout ce que beaucoup d’associations sportives arrivent à mettre sur la table.
Pourquoi ? Parce que l’argent, ça se discute.
Parce que les sponsors, ils veulent voir un retour sur investissement.
Parce que les adhérents, ils veulent des résultats sportifs, pas des dons caritatifs.
Parce que les dirigeants, ils ont d’autres priorités.
Résultat ? On fait des stages gratuits. On reverse 400 € à une association. On se dit « On a fait notre devoir ». Et on passe à autre chose.
Ce que NBJJA pourrait faire. Et ce qu’ils ne feront probablement pas.
Alors, que faire pour que ces 400 € ne restent pas une goutte d’eau ?
Première option : arrêter de faire semblant.
Si NBJJA veut vraiment aider Ruban Rose, il faut arrêter les stages ponctuels et passer à des partenariats sérieux.
- Organiser des collectes de fonds annuelles, avec des objectifs clairs. Pas 400 € par-ci par-là , mais 10 000 €, 20 000 €, 50 000 € par an. Avec des contreparties pour les donateurs : visibilité, avantages, reconnaissance.
- Créer un fonds dédié, avec des appels aux dons réguliers. Pas juste pendant les événements, mais tout au long de l’année.
- Trouver des sponsors qui veulent vraiment aider, pas juste mettre leur logo sur un t-shirt.
Deuxième option : être transparent.
Combien NBJJA dépense vraiment pour ses activités ?
Combien ils reversent à d’autres associations ?
Combien ils gardent pour eux ?
Personne ne sait.
Parce que les associations sportives, comme les autres, ont souvent des comptes opaques.
Si NBJJA veut gagner en crédibilité, il faut publier un bilan financier détaillé. Chaque année. Sans chichis.
Troisième option : arrêter de se voiler la face.
400 €, c’est bien. Mais c’est pas assez.
Si NBJJA veut vraiment faire la différence, il faut arrêter de se contenter de petits gestes symboliques.
Il faut prendre position.
- Exiger des pouvoirs publics plus de moyens pour la recherche.
- Pousser les entreprises à investir dans la prévention.
- Organiser des campagnes de sensibilisation massives.
Pas juste un stage. Pas juste un chèque. Mais un vrai engagement.
Le sport peut-il vraiment changer la donne ?
Le sport, c’est la santé. C’est indéniable.
Faire du sport, ça réduit les risques de cancer. Ça améliore la qualité de vie. Ça booste le moral. Ça sauve des vies.
Sauf que…
Le sport seul, ça ne suffit pas.
Parce que le cancer du sein, ça ne se guérit pas qu’avec du sport.
Ça se guérit avec des médicaments, des opérations, des soins.
Ça se guérit avec de l’argent.
Et là , le problème, c’est que l’argent, les associations sportives en ont… mais elles en reversent trop peu.
Alors oui, un stage gratuit, c’est bien.
Mais 400 €, c’est pas assez.
Et si NBJJA veut vraiment faire la différence, il faut qu’ils passent à la vitesse supérieure.
Sinon, dans 10 ans, on sera toujours au même point : des stages gratuits, des chèques symboliques, et des femmes qui meurent parce qu’on n’a pas su investir assez tôt.
Le sport peut aider. Mais il ne peut pas tout faire.
Et ça, c’est une vérité que beaucoup préfèrent ignorer.