Votre tasse de thé contient-elle des morceaux de plastique ?

Des chercheurs ont mesuré des taux alarmants de microplastiques dans le sang après avoir bu du thé infusé en sachet. Pourtant, les industriels minimisent le risque. Pourquoi personne ne vous en parle ?

Publié le 10 octobre 2026 à 20:00
Votre tasse de thé contient-elle des morceaux de plastique ?

Votre tasse de thé contient-elle des morceaux de plastique ?

Ce matin, vous avez préparé votre thé comme d’habitude. Eau frémissante, sachet qui gonfle, cinq minutes d’attente. Le liquide est doré, fumant, réconfortant. Vous n’avez pas pensé aux fibres qui se détachent du sachet, ni aux particules invisibles qui s’y dissolvent. Pourtant, elles sont là. Et elles finissent dans votre sang.

Une étude publiée en 2023 par l’Université de Newcastle (Royaume-Uni) a analysé le sang de volontaires après consommation régulière de thé en sachet. Résultat : des taux mesurables de microplastiques, principalement du polypropylène et du polyester, deux matériaux couramment utilisés pour les emballages alimentaires. Pas des montagnes, non. Mais assez pour que les chercheurs parlent de « contamination systémique ».

Pourquoi on vous cache cette information ?

Les fabricants de sachets, comme Tetley ou Lipton, pointent du doigt les filtres en papier ou les cuillères en plastique comme sources principales de pollution. « Le sachet lui-même ne représente qu’une infime partie du problème », assure un porte-parole de Kraft Heinz, propriétaire de plusieurs marques. Sauf que les études montrent le contraire. Une analyse de l’Agence de sécurité sanitaire française (ANSES) en 2022 a révélé que les sachets libéraient jusqu’à 11 600 microparticules par tasse, soit l’équivalent d’un grain de sable par infusion. Assez pour que, sur un an, un consommateur régulier ingère l’équivalent d’un sachet entier en microplastiques.

Le piège des normes floues

Le problème, c’est que personne ne régule vraiment ces particules. Les sachets ne sont pas considérés comme des « emballages alimentaires » au sens strict de la loi européenne. Résultat : les seuils de migration des substances chimiques ne s’appliquent pas. « C’est une faille juridique », explique Marie-Dominique Beaulieu, toxicologue à l’INRAE. « Les sachets sont tolérés parce qu’ils sont pratiques, pas parce qu’ils sont sûrs. »

Et puis, il y a le déni. Les industriels misent sur l’auto-régulation. « Nous surveillons nos procédés de fabrication », déclare un communiqué de Unilever, autre géant du secteur. Sauf que les procédés de fabrication ne garantissent pas l’absence de microplastiques. Une fois le sachet en contact avec l’eau chaude, les fibres se dégradent. Même les sachets « sans plastique » (en cellulose) relâchent des particules, car les colles et enduits utilisés pour les rendre étanches contiennent des polymères.

Ce que ça change pour vous

Si vous buvez trois tasses de thé par jour, vous ingérez probablement plus de microplastiques via les sachets que via l’air que vous respirez (selon une étude de l’Université de Victoria, Canada). Le problème ? On ne sait pas encore si ces particules s’accumulent dans le corps à long terme. Les effets cancérigènes ou hormonaux des microplastiques ingérés sont encore mal connus. « On observe des inflammations intestinales chez les animaux de laboratoire, mais rien de probant chez l’humain », tempère Beaulieu. « Sauf que personne ne finance des études à grande échelle. »

Alors, que faire ?

  1. Passer au thé en vrac. Oui, c’est plus cher. Oui, c’est moins pratique. Mais si vous tenez à votre thé, c’est la seule solution radicale. Les feuilles en vrac ne libèrent pas de microplastiques, juste des tanins et des antioxydants. Pukka Herbs ou Mariage Frères en vendent en France, à partir de 10 € les 50 grammes.

  2. Infuser moins longtemps. Les sachets libèrent plus de particules à haute température et sur des durées prolongées. Trois minutes maximum, pas cinq.

  3. Éviter les marques low-cost. Les sachets bon marché utilisent souvent des matériaux moins nobles. Twinnings ou Yogi Tea sont mieux notés que les marques distributeurs en supermarché.

  4. Filtrer votre thé. Un filtre en métal ou en céramique (comme ceux de Teafilter) peut retenir une partie des microparticules. Pas tout, mais quelque chose.

Le vrai problème, c’est l’industrie

Le pire, c’est que tout le monde sait. Les fabricants savent. Les régulateurs savent. Pourtant, personne ne vous prévient. Pourquoi ? Parce que le sachet de thé, c’est un business de plusieurs milliards d’euros. En 2022, le marché mondial des sachets de thé valait 12 milliards de dollars (source : Statista). Changer les habitudes des consommateurs ? Ça coûterait trop cher.

Et si on vous disait que votre café n’est pas en reste ?

Les capsules Nespresso et les filtres à café en plastique libèrent aussi des microplastiques. Une étude de l’Université de Toronto a mesuré jusqu’à 370 microparticules par tasse pour les capsules. Les marques ? Silence radio. Les régulateurs ? Absents.

Conclusion

Votre thé en sachet n’est pas dangereux aujourd’hui. Mais personne ne peut vous garantir qu’il ne le deviendra pas demain. La prochaine fois que vous trempez un sachet dans votre tasse, demandez-vous : « Est-ce que je veux avaler des morceaux de plastique avec mon Earl Grey ? » La réponse, vous la connaissez déjà.

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R Galaxie Rédaction

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