La Nasa mise sur l'atome pour Mars, et ça change la donne

Un vaisseau nucléaire partira pour Mars en 2028. La Nasa joue gros avec la fission, mais les risques technologiques et géopolitiques restent sous-estimés. Voici pourquoi cette course à l’espace cache des enjeux bien plus terre-à-terre.

Publié le 14 octobre 2026 à 20:08
La Nasa mise sur l'atome pour Mars, et ça change la donne

Le pari fou d’une technologie des années 1960

La Nasa a annoncé ce que tout le monde savait déjà : les moteurs chimiques, c’est dépassé. Trop lent, trop gourmand en carburant. Le projet DRACO (Demonstration Rocket for Agile Cislunar Operations) mise sur un réacteur à fission, comme ceux testés il y a 60 ans par le programme NERVA, abandonné pour des raisons politiques. Aujourd’hui, c’est la même technologie, mais avec un budget de 3 milliards de dollars (source : Department of Energy, 2023). Le vaisseau 1, propulsé par fission, décollera en 2028. Deux ans plus tard, un réacteur nucléaire devra alimenter une base lunaire. Le message est simple : l’espace, ça se conquiert avec de la puissance. Et de la puissance, la fission en a à revendre.

Pourtant, personne ne parle des déchets. Personne ne parle des risques d’un accident en vol. En 1968, un test du NERVA a failli mal tourner, le réacteur a surchauffé, et le système de sécurité a mis 45 secondes à réagir. En 2028, avec des délais de communication Terre-Mars de 20 minutes, une panne, même mineure, pourrait devenir un cauchemar. La Nasa assume-t-elle ces risques ? Les documents officiels mentionnent des « protocoles renforcés », mais sans détails. Et si un vaisseau nucléaire s’écrasait en mer ? Qui nettoie ? Qui paie ?

La Chine observe, et se tait

Pendant que les États-Unis communiquent sur leurs avancées, la Chine avance sans faire de bruit. Son programme spatial, financé à hauteur de 12 milliards de dollars par an (contre 25 milliards pour la Nasa, mais avec des coûts de main-d’œuvre bien moins élevés), mise aussi sur le nucléaire, mais en silence. En 2022, des rumeurs ont circulé sur des tests de réacteurs compacts pour missions lointaines. Personne n’a confirmé. Personne n’a démenti. Ce qui est sûr, c’est que Pékin a déjà un pied sur la Lune avec Chang’e-6, qui a rapporté des échantillons lunaires en juin 2024. Et que ses ingénieurs travaillent sur des réacteurs à sels fondus, bien plus stables que ceux de la Nasa.

Le problème ? Les États-Unis n’ont pas de plan B si la Chine les devance. Pas de stratégie de repli. Juste une course effrénée vers Mars, avec l’espoir que la technologie rattrape le retard. Mais quand on parle de fission nucléaire dans l’espace, on parle aussi de prolifération. Un réacteur qui tombe entre les mains d’un acteur non régulé ? Le scénario est plausible. Et personne ne semble s’en soucier.

L’énergie, ce vrai enjeu lunaire

En 2030, un réacteur nucléaire doit fournir de l’électricité sur la Lune. Objectif : alimenter une base permanente. Sauf que les États-Unis n’ont pas construit de réacteur spatial depuis les années 1970. Le dernier, SNAP-10A, a fonctionné 43 jours avant de tomber en panne. Aujourd’hui, la Nasa mise sur le Kilopower, un petit réacteur testé dans le désert du Nevada en 2018. Résultat ? 10 kilowatts. Assez pour faire fonctionner quelques outils. Pas assez pour une colonie. La Chine, elle, travaille sur des modèles de 1 mégawatt. Soit 100 fois plus.

Pourquoi ce décalage ? Parce que les États-Unis ont abandonné la filière. Parce que les budgets ont été coupés. Parce que personne ne voulait assumer les risques politiques d’un accident nucléaire… dans l’espace. Résultat : on court après le temps perdu. Et quand on court, on prend des risques.

Ce que les marchés ignorent

Les actions des géants de l’aérospatial, SpaceX, Lockheed Martin, Boeing, ont bondi après l’annonce de la Nasa. Les investisseurs y voient une nouvelle ère. Une ère où l’énergie nucléaire devient la norme. Sauf que les marchés oublient un détail : la fission, c’est cher. Très cher. Le projet DRACO coûte 3 milliards, mais les coûts réels d’une mission habitée vers Mars avec propulsion nucléaire pourraient dépasser les 100 milliards. Et qui paiera ? Les États ? Les privés ? Personne ne le sait encore.

Plus grave : personne ne parle des retombées économiques. Une base lunaire alimentée par fission, c’est bien. Mais si un accident se produit, qui indemnise ? Les assurances spatiales n’existent pas. Les traités internationaux non plus. On est dans le flou juridique total.

La vraie question n’est pas technologique

La Nasa et ses partenaires répètent que la fission est « sûre ». Qu’elle permettra d’explorer Mars en quelques semaines au lieu de mois. Qu’elle rendra les missions habitables. Tout ça, c’est vrai. Mais ce qui cloche, c’est l’absence de débat public. Pas une seule manifestation, pas une seule pétition. Comme si l’idée d’un réacteur nucléaire en orbite était devenue normale. Comme si les risques étaient acceptables.

Pourtant, il y a un précédent : le Kosmos 954, un satellite soviétique équipé d’un réacteur qui s’est écrasé au Canada en 1978. Résultat ? Des tonnes de déchets radioactifs dispersés sur 120 000 km². Qui a payé ? Moscou. Qui a nettoyé ? Personne, vraiment. Juste des compensations financières. Aujourd’hui, avec des vaisseaux plus gros, des réacteurs plus puissants, et des trajectoires imprévisibles, le scénario pourrait être bien pire.

2028, l’année où tout bascule

En 2028, le vaisseau 1 décollera. Avec ou sans nous. Avec ou sans que les citoyens aient leur mot à dire. La Nasa a ses plans. La Chine a les siens. Les marchés misent sur la réussite. Mais personne ne parle des échecs possibles. Personne ne parle des conséquences.

Parce que quand on parle d’espace, on parle souvent de gloire. Pas des cendres.

Et si la fission nucléaire devenait le prochain scandale de l’histoire spatiale ?

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R Galaxie Rédaction

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