L'open source, c'est comme un vélo sans pédales : ça roule, mais il faut quelqu'un pour le pousser
Le problème, ce n'est pas le logiciel. C'est ceux qui le gèrent. À Munich, comme ailleurs, les équipes IT publiques sont formées pour des outils propriétaires. Microsoft, SAP, Oracle, ces géants vendent des formations, des certifications, des accompagnements. L'open source ? Non seulement on ne vous apprend pas à l'utiliser, mais en plus, vous êtes seul si ça coince.
Prenez le cas de la ville de Göttingen, qui avait migré vers Linux et LibreOffice dans les années 2000. Résultat ? Les employés mettaient trois fois plus de temps à résoudre les problèmes, faute de support structuré. Les coûts indirects (formation, maintenance improvisée) ont fini par dépasser les économies théoriques. L'open source ne coûte pas cher. Ça coûte cher si vous ne savez pas l'utiliser.
Et puis, il y a l'inertie. Les contrats publics sont souvent signés pour 5, 10 ans. Les élus changent, les priorités aussi. Mais les logiciels, eux, restent. À Munich, en 2019, le nouveau maire Dietmar Woidke (SPD) a annulé le projet open source en cours, prétextant des « risques juridiques ». Sauf que les risques juridiques, c'était surtout celui de devoir expliquer pourquoi on avait gaspillé 20 ans à rien faire.
Le vrai blocage : les priorités politiques, pas la technique
L'open source échoue quand il entre en conflit avec l'écosystème des lobbies. Les éditeurs de logiciels propriétaires financent des think tanks, des formations, des études « indépendantes » pour prouver que leurs solutions sont « plus sûres ». Spoiler : elles ne le sont pas.
En 2018, une étude de l'OCDE a montré que 70% des failles de sécurité dans le secteur public viennent de logiciels propriétaires. Pourtant, les collectivités continuent de payer. Pourquoi ? Parce que les politiques préfèrent avoir un interlocuteur unique à blâmer, un directeur général de SAP, par exemple, plutôt que d'admettre qu'ils ont sous-traité leur souveraineté numérique à une multinationale.
À Munich, le retour aux logiciels propriétaires en 2021 n'était pas une décision technique. C'était une décision de pouvoir. Les syndicats d'employés publics, habitués aux interfaces Microsoft, ont fait pression. Les fournisseurs ont promis des « garanties de continuité ». Et les élus, eux, ont préféré ne pas avoir à justifier un choix qui aurait pu leur coûter leur réélection.
Ce que ça signifie pour les autres villes
Si Munich abandonne, ce n'est pas un cas isolé. Paris, Berlin, Amsterdam : toutes ont testé l'open source, toutes ont reculé. Pourquoi ? Parce que l'open source, c'est comme le vélo sans pédales : ça marche si vous êtes prêt à pédaler. Sinon, vous retombez dans les bras des géants.
Le vrai problème, ce n'est pas la technologie. C'est le manque de courage politique.
- À Paris, la mairie a lancé un appel d'offres pour migrer vers des outils open source en 2020. Résultat ? Aucun fournisseur sérieux n'a répondu, parce que personne ne veut assumer le risque de former des milliers de fonctionnaires.
- À Berlin, la ville a dépensé 50 millions d'euros en 2018 pour un projet open source qui a fini par être abandonné après des retards à répétition. La raison ? Les employés refusaient de changer leurs habitudes.
- À Amsterdam, la migration vers Linux a pris trois ans de plus que prévu, parce que les contrats avec les éditeurs propriétaires étaient trop enchevêtrés pour être rompus.
Le pattern est toujours le même : on commence par l'open source pour faire des économies. On finit par y renoncer parce que ça demande trop d'efforts.
La vraie question : et si on arrĂŞtait de mentir ?
Les logiciels propriétaires ne sont pas plus sûrs. Ils ne sont pas plus stables. Ils sont juste plus faciles à vendre.
Le problème de Munich, ce n'est pas qu'elle ait abandonné l'open source. C'est qu'elle n'ait jamais eu le courage de dire clairement : « On va le faire, même si ça va être compliqué. »
Parce que voila le truc : l'open source, ça ne marche pas parce que c'est technique. Ça marche parce que c'est une question de volonté.
Et Munich, comme beaucoup d'autres, n'a tout simplement pas la volonté.
Alors on continue Ă payer. Et on continue Ă se mentir.