Le Mpox revient, mais personne ne bronche
La nouvelle tombe comme un écho lointain : deux cas confirmés de Mpox à Bunia, en Ituri. Deux patients, deux dossiers. Le médecin directeur du Centre médical évangélique (CME) a prévenu l’ACP mardi. Assez pour une dépêche, pas assez pour une alerte. Pourtant, le Mpox, c’est plus qu’un simple rappel. C’est un symptôme.
Symptôme de quoi ? D’un système sanitaire à bout de souffle, d’une épidémie qui se love dans l’indifférence, et d’une communauté internationale qui a déjà tourné la page. En 2022, le monde entier a frémi devant les premiers cas en Europe. Aujourd’hui, en RDC, le virus circule. Mais cette fois, on s’en fiche.
Pourtant, Bunia n’est pas un coin perdu. C’est une ville stratégique, un carrefour où se croisent les tensions politiques, les déplacements de populations et les failles sanitaires. Deux cas, c’est peu. Mais c’est déjà trop si on ne réagit pas.
Le CME, une clinique qui tient debout malgré tout
Le CME de Bunia, c’est une structure privée qui compense les lacunes de l’État. Deux cent cinquante lits, une centaine de soignants, des stocks de médicaments qui tiennent… quand ils tiennent. Le directeur, Dr Mutombo, parle sans détour : « On a deux cas de Mpox, on les isole, on les soigne. Point. » Pas de panique, pas de mobilisation. Juste le quotidien.
Pourtant, le Mpox, ce n’est pas une grippe. C’est une maladie qui laisse des traces : fièvre, douleurs, lésions cutanées, et parfois des complications graves. En 2022, l’OMS avait tiré la sonnette d’alarme. Aujourd’hui, l’organisation mondiale semble avoir baissé les bras. « La transmission locale se poursuit en RDC, mais le risque global reste faible », avait-elle conclu en juin dernier. Une formulation diplomatique pour dire : « On ne s’en occupera pas. »
Pourquoi l’Ituri ? Parce que personne ne regarde.
L’Ituri, c’est la province oubliée. Entre conflits armés, déplacements massifs et infrastructures défaillantes, c’est un terrain fertile pour les épidémies. Le choléra y fait des ravages. Le paludisme aussi. Et maintenant, le Mpox s’invite à la fête. Deux cas, pour l’instant. Mais combien de cas non déclarés ? Combien de villages où la maladie circule sans que personne ne le sache ?
Le Dr Mutombo le dit sans détour : « On n’a pas les moyens de faire des campagnes de dépistage. On n’a même pas assez de masques pour le choléra. Alors le Mpox… » Il laisse la phrase en suspens. Pas besoin d’en dire plus.
L’Europe a tourné la page, la RDC reste sur le carreau
En 2022, l’Europe a paniqué. Des cas en Espagne, au Portugal, même en Suède. Les médias en ont fait leurs choux gras. « Nouvel ennemi invisible », « Crise sanitaire mondiale ». Les laboratoires se sont rués sur les vaccins. Les gouvernements ont débloqué des millions. Aujourd’hui, plus personne n’en parle.
Pourtant, en RDC, le Mpox est endémique. Il y est présent depuis des décennies, dans les zones rurales, parmi les populations les plus vulnérables. Deux cas à Bunia, c’est la goutte d’eau qui confirme que le verre est déjà à moitié plein. Mais personne ne veut voir l’évidence.
Ce que la RDC n’a pas : une stratégie, des fonds, une volonté
Le gouvernement congolais a-t-il un plan ? « On surveille », répond-on au ministère de la Santé. « On collabore avec l’OMS. » Traduction : on attend que les autres agissent. Parce que, face à une épidémie, la RDC a toujours été le parent pauvre.
L’OMS, elle, a ses priorités. Le choléra, Ebola, le paludisme… Le Mpox, c’est « sous contrôle ». Officiellement. Mais sur le terrain, à Bunia, les réalités sont bien différentes.
Et si le Mpox devenait la prochaine crise oubliée ?
Deux cas. Pour l’instant. Mais une épidémie ne se mesure pas à ses premiers chiffres. Elle se mesure à la réaction qu’elle suscite. Ou à son absence.
À Bunia, on soigne. On isole. On attend. Sans savoir si demain, ce ne seront pas deux cents cas.
Parce que le vrai problème, ce n’est pas le Mpox. C’est qu’on a déjà décidé de ne pas s’en occuper.
Le piège de l’indifférence
L’histoire du Mpox en RDC, c’est celle d’une maladie qui n’intéresse personne. Trop loin, trop pauvre, trop compliqué. En 2001, une épidémie avait fait des dizaines de morts dans la province de l’Équateur. Personne n’avait bronché. En 2018, une autre vague avait frappé. Toujours la même réponse : « On va voir. »
Aujourd’hui, à Bunia, on est en train de répéter les mêmes erreurs. Deux cas. Une clinique qui fait ce qu’elle peut. Un virus qui attend son heure.
La question n’est pas « Quand est-ce que ça va exploser ? », mais « Pourquoi personne ne s’en soucie assez tôt ? »
Parce que quand l’épidémie frappera vraiment, il sera trop tard pour s’indigner.
La leçon de Bunia : on paie toujours deux fois
En 2022, l’Europe a cru avoir dompté le Mpox. Elle s’est trompée. Le virus était déjà ailleurs, dans les villages de RDC, là où les routes ne vont pas et où les laboratoires non plus.
Deux cas à Bunia, ce n’est qu’un début. La vraie question, c’est de savoir si on va enfin regarder, ou si on va encore attendre que le drame soit là pour réagir.
Et cette fois, il n’y aura peut-être plus de retour en arrière possible.