L'Université de Lausanne forme les jeunes à l'usage critique des montres connectées

En Suisse, 37% des sportifs utilisent des outils numériques pour suivre leur performance. Mais ces gadgets, coûteux et complexes, cachent des pièges. Un atelier à l'UNIL apprend aux jeunes à ne pas se faire avoir. Voici pourquoi ça devrait concerner tout le monde.

Publié le 7 octobre 2026 à 14:17
L'Université de Lausanne forme les jeunes à l'usage critique des montres connectées

Votre montre vous ment. Et vous ne savez même pas comment.

Un coureur amateur, 32 ans, achète une Garmin pour « optimiser ses performances ». Trois mois plus tard, il se blesse au genou après avoir suivi à la lettre les conseils de l’appli pour « booster son endurance ». « Elle m’a dit d’augmenter mon allure de 10% par semaine. Résultat : j’ai couru comme un dératé, et hop, tendinite. » Son erreur ? Il a cru que l’algorithme connaissait son corps mieux que lui. Sauf que non. La montre ne sait pas si vous êtes en forme ce jour-là. Elle ne sait pas si vous avez mal dormi. Elle ne sait pas si vous avez menti en entrant vos données de base. Elle ne fait que calculer, extrapoler, vendre du rêve. Pourtant, des millions de sportifs, en Suisse comme ailleurs, prennent ces chiffres pour des ordres. « On a l’impression que la technologie nous rend plus forts, explique un professeur de l’UNIL. En réalité, elle nous rend plus vulnérables. Parce qu’on lui donne trop de pouvoir. »

Le pire ? Ces outils coûtent cher. Une Apple Watch à 400 francs, une Polar à 200, une appli premium à 10 francs par mois. « Vous payez pour des données qui ne vous appartiennent même pas, souligne un intervenant de l’atelier. Vos pas, vos battements de cœur, vos trajets… Tout est récupéré, analysé, revendu. » Personne ne vous préviens. Personne ne vous demande : « Mais au fait, vous avez lu les CGU ? » Parce que si vous les lisiez, vous sauriez que vos données servent aussi à affiner des publicités ciblées. Que vos performances sont parfois ajustées pour vous faire acheter des accessoires. Que certaines applis surestiment vos progrès pour vous garder accroché.

**# Ce que les montres ne vous disent pas sur votre santé

Prenez la fréquence cardiaque. « Votre montre dit que vous êtes en zone optimale ? demande un kiné présent à l’atelier. Elle ne mesure pas votre stress oxydatif. Elle ne sait pas si vous avez une inflammation silencieuse. Elle ne détecte pas une arythmie naissante. » Résultat : des sportifs qui poussent trop, qui ignorent des signaux d’alerte parce que leur gadget leur souffle « Tout va bien ». Pourtant, en 2022, une étude de l’Université de Zurich a montré que 23% des athlètes utilisant des montres connectées avaient déjà ignoré un symptôme cardiaque parce que leur appareil ne l’avait pas signalé. « On devient dépendant de ces machines, comme des fumeurs avec leur paquet de cigarettes, compare un participant. Sauf que là, c’est votre corps qui trinque. »

Et puis il y a le piège du « data dopamine ». Ce petit frisson quand votre appli vous dit « Nouveau record ! » ou « Vous avez brûlé 500 calories de plus aujourd’hui ! ». « C’est du dopage artificiel, explique une psychologue sportive. Votre cerveau est programmé pour chercher ces récompenses. Résultat : vous courez plus, vous vous forcez, vous négligez votre récupération. » Bref, vous vous faites du mal pour un algorithme qui vous ment.

**# L’atelier où on apprend à désactiver le pilote automatique

À l’UNIL, on ne donne pas de recettes miracles. On apprend à douter. « La première règle ? Ne jamais prendre une donnée pour une vérité absolue », lance un ingénieur spécialisé en biomécanique. « Votre montre vous dit que vous avez marché 8 000 pas ? Vérifiez. Elle surestime souvent de 10 à 15%. » Autre conseil : « Comparez plusieurs appareils. Une Garmin et une Polar ne mesurent pas la même chose. » Et surtout : « Consultez un pro avant de suivre aveuglément une appli. Un coach, un médecin, un kiné. Pas une IA. »

Pourtant, malgré ces mises en garde, l’engouement pour le « quantifié-self » ne faiblit pas. « Les gens ont peur de perdre le contrôle, analyse un sociologue. Ils croient que la technologie va les sauver. En réalité, elle les enferme dans une bulle de données où ils se sentent plus compétents qu’ils ne le sont. » Le paradoxe ? Plus vous utilisez ces outils, moins vous écoutez votre corps. « Un coureur qui suit sa montre court avec sa tête, pas avec ses jambes, résume un athlète de haut niveau présent à l’atelier. Le vrai sport, c’est l’inverse : écouter son souffle, ses muscles, son instinct. Pas des notifications. »

**# Le vrai coût de la digitalisation du sport : votre autonomie

Le problème n’est pas la technologie en soi. C’est l’illusion qu’elle crée. « On nous vend l’idée que pour être performant, il faut des capteurs, des applis, des données en temps réel, explique un ancien champion devenu formateur. En vrai, 80% du sport, c’est de la sensation, de l’adaptation, de l’expérience. Le reste, c’est du marketing. »

Et puis il y a l’effet pervers de la comparaison sociale. « Votre appli vous dit que vous êtes en dessous de la moyenne ? Vous allez courir plus dur pour rattraper, même si votre corps vous hurle d’arrêter, note une psychologue. Résultat : blessures, burn-out, frustration. » Bref, la montre connectée devient un miroir aux alouettes. Elle vous fait croire que vous progressez, alors que vous stagnez. Ou pire, qu’un débutant fait mieux que vous, alors qu’il a juste triché sur ses données.

« Le vrai danger, c’est de croire que la technologie remplace l’intelligence humaine, conclut un intervenant. Elle ne fait que vous donner l’illusion de la maîtriser. » À l’UNIL, on apprend à réapprivoiser ces outils. Pas pour les abandonner. Pour les utiliser sans se faire avoir. Parce que le sport, au fond, ça se vit avec son corps, pas avec des pixels.

**# La dernière question que personne ne vous pose

La prochaine fois que votre montre vous félicite pour une séance « parfaite », demandez-vous : « Qui a vraiment gagné ici ? » Vous ? Ou l’algorithme qui a besoin de vos données pour exister ?

La réponse est dans votre portefeuille. Et dans vos articulations.

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R Galaxie Rédaction

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