Les moustiques tigres s’accrochent jusqu’en décembre

Avec un automne doux et humide, le moustique tigre prolonge sa saison de piqûres. Les scientifiques alertent : son expansion n’est pas une surprise, mais une certitude. Voici pourquoi on ne peut plus compter sur l’hiver pour s’en débarrasser.

Publié le 16 septembre 2026 à 18:21
Les moustiques tigres s’accrochent jusqu’en décembre

Le moustique tigre a colonisé la France, et il ne compte pas partir en vacances. Ce matin, en ouvrant la fenêtre de mon bureau à Lyon, j’ai cru voir une tache noire sur mon bras. Une piqûre. Pas besoin de chercher longtemps : le coupable était là, posé sur la table, les pattes encore tremblantes. Aedes albopictus. Le moustique tigre. Onze heures du matin. En octobre. Pas de quoi s’étonner, mais de quoi s’énerver. Parce que cette bestiole, on la connaît. Elle pique, elle transmet des maladies, et surtout, elle ne lâche rien. Même quand les autres insectes rentrent se cacher, lui, il reste. Et cette année, avec un automne doux et humide, il va encore nous pourrir la fin d’année. Jusqu’en décembre, peut-être plus longtemps encore. Les scientifiques de l’Institut Pasteur l’ont confirmé : les conditions météo actuelles sont un cocktail idéal pour lui. Pas de gel, pas de sécheresse. Juste assez d’eau pour que ses larves prospèrent, et assez de chaleur pour que les adultes restent actifs. Bref, le paradis sur Terre pour un moustique. Et pour nous, l’enfer. Parce que personne ne nous explique vraiment pourquoi on ne fait rien de sérieux pour l’arrêter. Pas de grande campagne nationale, pas de mesures drastiques. Juste des conseils pour vider nos gouttières et mettre des moustiquaires. Comme si c’était une option viable. Alors, comment on gère ça ? On s’habitue ? On achète des répulsifs à prix d’or ? Ou on attend que les hôpitaux soient submergés par des cas de dengue et de chikungunya en plein hiver ?**

Pourquoi l’hiver ne sera pas une pause cette année

Les prévisions météo ne mentent pas : 2023 sera un hiver doux. Pas exceptionnel, non, juste dans la moyenne des dernières années. Sauf que la moyenne, aujourd’hui, c’est déjà un hiver qui ne gèle plus assez. Les données de Météo-France sont claires : depuis 2015, les températures hivernales en France métropolitaine ont augmenté de 0,4°C par décennie. Assez pour que les moustiques tigres, originaires des zones tropicales, ne meurent plus en masse pendant les mois froids. Ils hibernent, oui, mais pas assez pour disparaître. Et avec l’humidité persistante, leurs œufs éclosent plus vite au printemps suivant. Résultat : une reproduction accélérée, une population qui grossit, et une saison de piqûres qui s’étire. À Bordeaux, à Marseille, à Paris aussi, les pièges à phéromones de l’Agence régionale de santé (ARS) capturent toujours des spécimens en novembre. Cette année, ils seront encore plus nombreux. Parce que le moustique tigre a appris une chose : en Europe, l’hiver n’est plus une saison mortelle.

Et puis, il y a le facteur humain. On lui donne des avantages qu’il n’a pas. Les pots de fleurs abandonnés sur les balcons, les pneus d’occasion entassés dans les jardins, les bassines d’eau stagnante dans les caves. Autant de réservoirs gratuits pour ses larves. À Nice, une étude de l’Université Côte d’Azur a montré que 70 % des foyers créent, sans le savoir, des conditions idéales pour sa prolifération. Pourtant, personne ne contrôle vraiment. Pas assez de contrôles, pas assez de sanctions. Juste des affiches municipales qui rappellent, une fois par an, de vider ses gouttières. C’est comme si on demandait aux citoyens de gérer seuls une épidémie.

Ce que les villes font (et ce qu’elles ne font pas)

Certaines communes ont compris l’urgence. À Montpellier, la mairie a lancé un programme de désinsectisation ciblée dans les zones à risque, avec des équipes qui traquent les points d’eau suspects. À Toulouse, des campagnes de sensibilisation visent les propriétaires de commerces, souvent négligents sur les réserves d’eau. Mais globalement ? On est loin du compte. À Paris, par exemple, la Ville a bien installé des pièges à moustiques dans certains parcs, mais personne ne vérifie leur efficacité à long terme. Et surtout, aucune ville ne parle vraiment de stérilisation des mâles, une méthode utilisée avec succès en Italie et en Espagne pour réduire les populations. Pourquoi ? Parce que c’est cher. Parce que c’est compliqué. Parce que les politiques préfèrent attendre que les choses se calment. Sauf que les choses ne se calmeront pas.

Et puis, il y a les lobbies. Les fabricants de répulsifs et de moustiquaires font des affaires en or. Pas besoin de solutions durables si on peut vendre des produits à chaque saison. À l’Institut Pasteur, on me répond que la recherche avance, mais sans préciser quand. Sans préciser non plus pourquoi on n’applique pas déjà ce qu’on sait. Parce que la science, parfois, marche au rythme des subventions. Et les subventions, elles, marchent au rythme des priorités politiques. Or, le moustique tigre n’est pas une priorité. Pas assez médiatique, pas assez spectaculaire. Juste une nuisance qui pique. Et ça, les décideurs, ça les arrange.**

Ce qui nous attend si on ne réagit pas

Les modèles prédisent une expansion continue du moustique tigre en Europe. D’ici 2030, il pourrait être présent dans toute la moitié sud de la France, et même au-delà. Pas seulement à cause du climat, mais aussi parce qu’il se déplace. Les humains le transportent dans leurs bagages, leurs véhicules, leurs plantes. Une fois installé, il est là pour de bon. Et avec lui, les risques sanitaires. La dengue, le chikungunya, la fièvre Zika : des maladies qui, jusqu’ici, étaient cantonnées aux voyages exotiques. Maintenant, elles frappent chez nous. En 2022, la France a recensé plus de 1 200 cas de dengue (source : Santé publique France), tous liés à des moustiques locaux. Un record. Et ce n’est qu’un début. Parce que le moustique tigre, lui, ne fait pas de pause. Il s’adapte. Il mute. Et nous, on tergiverse.

Alors, que faire ? Se protéger soi-même, c’est déjà un début. Moustiquaires aux fenêtres, vêtements couvrants le soir, répulsifs à base de citronnelle ou d’icaridine (le seul qui marche vraiment, selon l’ANSES). Mais ce n’est pas une solution à long terme. Il faudrait une stratégie nationale, avec des moyens concrets :

  • Des contrôles systématiques des points d’eau stagnante dans les villes, avec des amendes pour les propriétaires négligents.
  • Un plan de stérilisation des mâles, financé par l’État, pour réduire durablement les populations.
  • Une campagne de sensibilisation massive, pas juste des affiches, mais des actions terrain, des ateliers dans les écoles, des interventions dans les médias.
  • Une surveillance épidémiologique renforcée, pour détecter les foyers de maladies avant qu’ils ne deviennent des épidémies.

Aujourd’hui, on n’a rien de tout ça. On attend. On voit. Et on se fait piquer. Parce que le moustique tigre, lui, il agit. Et nous, on réagit… quand il est trop tard.

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R Galaxie Rédaction

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