Vos étés vont durer plus longtemps… mais pas pour les raisons que vous pensez
En 2023, à Marseille, les derniers moustiques tigres ont été repérés mi-décembre. Mi-décembre. Pas en octobre, pas en novembre, mais en décembre. Comme si l’hiver hésitait à commencer. Pourtant, ce n’est pas une exception. C’est le nouveau normal. Et ça, le dérèglement climatique ne l’a pas encore assez annoncé.
On vous parle depuis des années des canicules, des feux de forêt, des vagues de chaleur qui grignotent nos mois d’été. Mais personne ne vous a expliqué que le vrai problème, c’est l’hiver qui recule. Pas seulement pour les vacances, pour les moustiques. Et pour les maladies qu’ils transportent.
Leur saison commence plus tôt, elle finit plus tard, et personne ne mesure l’ampleur.
Pourquoi les moustiques ne lâchent plus rien
En 2019, une étude de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a montré que le moustique tigre, cette bestiole noire et blanche qui vous pique sans prévenir, prolifère maintenant sur 60 % du territoire français. En 2010, c’était 10 %. Dix ans. Soixante fois plus de zones infestées. Et ce n’est pas fini.
Le problème, c’est la température. Le moustique tigre adore les étés doux. Trop doux. À partir de 18°C, il sort de son œuf. À 25°C, il se multiplie comme un fou. Et avec le réchauffement, ces températures, autrefois réservées à juillet-août, s’étirent maintenant de mai à octobre. Parfois novembre. Parfois décembre.
Résultat : en Provence, en Nouvelle-Aquitaine, ou même en Île-de-France, les piqûres ne s’arrêtent plus. Plus de répit. Plus de saison morte. Juste une longue agonie estivale.
Le vrai danger : les maladies qui voyagent avec eux
Vous croyez que la dengue ou le chikungunya, c’est réservé aux voyages exotiques ? Détrompez-vous. En 2023, 14 départements français ont déclaré des cas autochtones de dengue (c’est-à-dire contractés localement, sans aller en Martinique ou en Inde). En 2019, c’était zéro.
Pourquoi ? Parce que les moustiques qui transportent ces virus, comme Aedes albopictus (le moustique tigre), ne meurent plus à l’automne. Ils restent actifs. Ils pondent. Ils attendent le prochain été, qui commence de plus en plus tôt.
L’Anses le confirme : si rien ne change, d’ici 2050, la saison des moustiques pourrait s’allonger de deux mois. Deux mois où vos enfants, vos voisins, vos collègues risquent de tomber malades.
Pourquoi on ne vous en parle pas assez ?
Parce que c’est compliqué. Parce que les collectivités locales n’ont pas les moyens de traiter des zones de plus en plus vastes. Parce que les gens ne comprennent pas encore le lien entre une piqûre anodine et une épidémie.
Prenez la ville de Montpellier. En 2022, elle a dépensé 2 millions d’euros pour lutter contre les moustiques. Deux millions. Pour des résultats limités, parce que les œufs résistent, les larves reviennent, et les humains continuent de laisser traîner des eaux stagnantes dans leurs jardins.
Le pire ? Les maladies importées ne sont pas toujours déclarées. Un touriste revient de Thaïlande avec la dengue, se fait piquer par un moustique local, et pouf : vous avez une nouvelle souche en circulation. Personne ne sait exactement où.
Ce qui va changer (ou pas) dans votre quotidien
Vous allez devoir vous habituer à trois choses :
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Les répulsifs toute l’année. Plus de répit. Plus de saison sans moustiques. Les sprays, les moustiquaires, les plaques anti-larves vont devenir des achats obligatoires, comme les masques en 2020.
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Des épidémies locales. La dengue, le chikungunya, la fièvre Zika ne seront plus des mots étrangers. Elles seront chez vous. Et les hôpitaux ne seront pas toujours prêts.
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Une nouvelle guerre contre les eaux stagnantes. Plus de vieux pots, plus de pneus pleins d’eau, plus de soucoupes sous les pots de fleurs. Parce qu’un seul récipient, c’est un moustique de plus.
Mais attention : les solutions existent. La ville de Nice a réduit de 30 % ses populations de moustiques en ciblant les zones de ponte. L’Italie utilise des moustiques stérilisés pour limiter leur reproduction. Alors pourquoi on ne le fait pas en France ?
Parce que c’est cher. Parce que c’est long. Parce que personne ne veut assumer la responsabilité.
L’hiver n’est plus une saison de répit
Le dérèglement climatique ne se mesure pas qu’en degrés. Il se mesure en mois. En mois où les moustiques vous pourrissent la vie. En mois où le risque de tomber malade s’allonge.
Vous voulez un exemple concret ? En 2020, à Nîmes, une femme a contracté le chikungunya… en plein mois de novembre. Novembre. Pas en été. Pas en voyage. Chez elle. Parce que le moustique était encore là.
Alors oui, vos étés vont durer plus longtemps. Mais ce n’est pas une bonne nouvelle. C’est juste le début d’une nouvelle normalité. Une normalité où l’on vit avec les moustiques. Où l’on se protège en permanence. Où l’on guette les premiers symptômes d’une maladie qu’on n’attendait pas.
Préparez-vous. Parce que l’hiver, désormais, ne vous sauvera plus.