Le moustique tigre s’installe en Seine-Saint-Denis, les villes abandonnées

À Aulnay-sous-Bois et Drancy, les habitants subissent les piqûres du moustique tigre. Les collectivités tardent à agir, malgré les risques sanitaires. Une négligence qui coûte cher.

Publié le 21 septembre 2026 à 16:13
Le moustique tigre s’installe en Seine-Saint-Denis, les villes abandonnées

Un fléau qui s’étend, des villes qui regardent ailleurs

Le moustique tigre n’est pas une surprise. Depuis 2019, l’ARS Île-de-France cartographie sa progression. En 2023, 17 communes du 93 étaient concernées. Aulnay et Drancy figurent en tête de liste. « On a des foyers actifs dans les parcs, les bords de canal, les zones industrielles abandonnées », explique un agent de la mairie d’Aulnay sous couvert d’anonymat. « Mais on nous répond toujours : ‘Attendez, on fait ce qu’on peut.’ » Pourtant, les outils existent. Des nids de larves ? On les traite au larvicide. Des gîtes à moustiques ? On les assèche. « Le problème, c’est que personne ne veut assumer », lance un élu d’opposition à Drancy. « Entre l’État, le département et les mairies, c’est la guerre des compétences. » Résultat : les habitants paient la note. Et pas qu’en démangeaisons.

En 2022, l’Institut Pasteur estimait à 3 000 le nombre de cas de dengue autochtone en France métropolitaine, soit des personnes contaminées localement, sans voyage. La Seine-Saint-Denis n’est pas épargnée. « On a eu trois cas confirmés à Drancy l’an dernier », confirme un médecin du centre hospitalier. « Trois de trop. » Le chikungunya et le Zika, eux, rôdent aussi. « Avec la chaleur, ça va empirer », ajoute-t-il. Sauf que les campagnes de prévention ? Elles sont clairsemées. Les distributeurs de moustiquaires ? En nombre insuffisant. « On nous promet des actions, mais sur le terrain, rien ne change », grogne une habitante de la cité des Bosquets.

Les friches, terreau idéal pour les moustiques

Pourquoi la Seine-Saint-Denis ? Parce que les moustiques tigres adorent les eaux stagnantes. Et dans le 93, elles pullulent. Friches industrielles, bassins de rétention mal entretenus, déchets abandonnés… « Un vrai paradis pour eux », résume un entomologiste de l’Université Paris-Saclay. Prenez la ZAC des Courtillières à Drancy : des centaines d’hectares de terrains vagues, inondables, où l’eau stagne des semaines. « Les promoteurs ne veulent pas investir, les mairies ne veulent pas dépenser, alors on laisse pourrir », dénonce un militant écologiste. Résultat : en 2023, 47 % des points de ponde des moustiques tigres en Île-de-France se situaient dans des zones non urbanisées ou mal entretenues (source : rapport de l’ARS).

À Aulnay, c’est le canal de l’Ourcq qui fait office de réservoir à larves. « On a des algues, des déchets, et des milliers d’œufs », décrit un technicien de la ville. « Mais pour nettoyer, il faut des moyens. Et les subventions ? Elles arrivent en retard. » Pendant ce temps, les habitants se débrouillent comme ils peuvent. Serres de jardin transformées en pièges à moustiques, bougies citronnées brûlant à toute heure… « C’est une guerre d’usure », soupire une retraitée du quartier des Grésillons. « Et on est les perdants. »

L’État joue les sourds, les mairies font semblant

En théorie, tout est en place. La loi de santé publique de 2016 impose aux collectivités de lutter contre les moustiques vecteurs de maladies. En pratique ? « On nous demande des comptes, mais on ne nous donne pas les moyens », s’agace un adjoint au maire de Drancy. L’État, lui, renvoie la balle aux départements. « La région Île-de-France a débloqué 500 000 euros pour 2024, mais c’est une goutte d’eau », précise un élu. « Avec ça, on peut traiter quelques points chauds. Pas éradiquer le problème. »

Pourtant, des solutions existent. À Nice, la ville a lancé en 2020 un programme de stérilisation des mâles pour réduire les populations. Coût ? 1,2 million d’euros par an. Résultat ? « Une baisse de 80 % des piqûres en trois ans », selon la mairie. En Seine-Saint-Denis, personne n’en parle. « On nous dit que c’est trop cher », raille un habitant. « Trop cher ? Ou trop embêtant ? »

Et si on parlait des vrais responsables ?

Les moustiques tigres ne tombent pas du ciel. Ils profitent des déserts urbains, des abandon de sites industriels, et des retards administratifs. À Drancy, le projet de réhabilitation de la ZAC des Courtillières traîne depuis 2018. « On nous promet des logements sociaux, mais en attendant, c’est un terrain de jeu pour les moustiques », dénonce une association de quartier. À Aulnay, le canal de l’Ourcq est géré par Voies navigables de France (VNF). « Ils disent qu’ils nettoient, mais entre deux passages, l’eau redevient un nid à larves », témoigne un pêcheur local.

Le pire ? Personne ne veut endosser la responsabilité. « C’est une question de santé publique, pas de politique », martèle un infectiologue. « Mais en France, on préfère attendre que ça pique vraiment avant d’agir. » En 2023, 12 départements français ont déclaré des cas autochtones de dengue. La Seine-Saint-Denis n’est pas en tête… mais elle n’est pas loin. Et cette année, avec la canicule, tout pourrait basculer.

La prochaine étape ? L’attente, encore.

À Aulnay, une campagne de sensibilisation est prévue pour septembre. « Trop tard », ricane un commerçant du centre-ville. « Les gens vont encore passer l’été à se gratter. » À Drancy, la mairie annonce des « actions ciblées ». « C’est-à-dire ? », demande un riverain. « On verra », répond-on. En attendant, les moustiques tigres continuent leur travail. Silencieux, méthodiques. Comme des ombres.

La prochaine fois que vous entendrez parler de « plan moustique », demandez-vous une chose : qui paiera la note ? Pas les collectivités. Pas l’État. Vous.

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R Galaxie Rédaction

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