Montréal vaccine ses ratons laveurs, et c’est pas une blague de mauvais goût

La rage du raton laveur progresse en Montérégie, et Montréal balance des appâts vaccinaux dans ses parcs. Une opération nécessaire, mais qui en dit long sur notre rapport aux bestioles urbaines. Entre pragmatisme et hypocrisie, la Ville joue les vétérinaires malgré elle. Et si on regardait les choses en face ?

Publié le 2 septembre 2026 à 14:01
Montréal vaccine ses ratons laveurs, et c’est pas une blague de mauvais goût

120 000 appâts, zéro coup de pub, et une question qui fâche

C’est discret. Trop discret. Depuis lundi, des employés de la Ville de Montréal lancent des petits cubes roses dans les parcs, les boisés, et même les ruelles un peu sauvages. Des appâts vaccinaux contre la rage du raton laveur. 120 000 doses, selon le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ). Assez pour couvrir les grands espaces verts, mais pas assez pour rassurer ceux qui voient déjà des ratons enragés derrière chaque buisson.

Pourtant, personne n’en parle. Pas de conférence de presse, pas de communiqué triomphal. Juste une opération de santé publique, menée comme on éteint un feu avant qu’il ne prenne. Normal ? Pas vraiment. Parce que Montréal a un problème avec ses animaux sauvages. Un problème qu’elle préfère ignorer jusqu’à ce que ça pète.

Et ça pète, justement. En Montérégie, la rage du raton laveur a déjà contaminé une trentaine d’animaux depuis le début de l’année. Une épidémie qui progresse, lentement mais sûrement, vers l’île de Montréal. Les moufettes sont touchées aussi. Les renards, bientôt. Et les humains ? Officiellement, le risque est faible. Mais quand un raton enragé mord un chien, ou pire, un enfant, la Ville sait très bien qu’elle aura des comptes à rendre.

Alors elle vaccine. En silence. Comme si distribuer des appâts dans les parcs était une solution magique, et pas juste un pansement sur une plaie qui s’infecte.

Les ratons laveurs, ces voisins qu’on ne veut pas voir

Montréal aime se croire une ville verte, biodiverse, en harmonie avec la nature. Sauf que la nature, ici, c’est surtout des ratons laveurs qui fouillent vos poubelles, des moufettes qui squattent vos cabanons, et des écureuils qui rongent vos fils électriques. Des bestioles qu’on tolère… jusqu’à ce qu’elles deviennent un problème.

Et là, c’est le drame. Parce que la rage, ça ne se négocie pas. Un raton enragé, c’est un animal désorienté, agressif, qui peut mordre n’importe quoi, ou n’importe qui, sur son passage. En 2021, au Québec, deux cas de rage humaine ont été évités de justesse. Deux. Pas zéro. Et c’est deux de trop.

Pourtant, on continue à nourrir les ratons. À laisser traîner nos déchets. À construire des maisons de plus en plus près des boisés, sans se demander ce que les animaux vont bien pouvoir bouffer une fois qu’on aura grignoté leur territoire. Montréal est une ville qui aime ses parcs, mais qui déteste ses habitants à fourrure. Sauf quand ils font joli sur une photo Instagram.

Alors oui, la vaccination, c’est une bonne idée. Mais c’est aussi l’aveu d’un échec. Celui d’une cohabitation ratée, où on préfère soigner les symptômes plutôt que de s’attaquer aux causes. Parce que les ratons laveurs, ils ne sont pas nés dans les parcs. Ils y ont été poussés.

Le vaccin, c’est bien. Mais après ?

Les appâts, c’est du pain béni pour les ratons. Un mélange de cire, de graisse de poisson, et d’un vaccin oral qui les immunise contre la rage. Ils adorent ça. Les moufettes aussi. Et les renards, si jamais ils en chopent un. Le problème, c’est que ça ne règle pas tout.

D’abord, parce que 120 000 appâts, c’est beaucoup… et pas assez. Montréal compte des centaines de parcs, des kilomètres de ruelles, et des milliers de ratons. Si la rage arrive vraiment en ville, ces appâts ne seront qu’une ligne de défense. Pas une muraille.

Ensuite, parce que la rage, c’est comme un feu de forêt. Si on ne surveille pas les braises, ça repart. Et Montréal ne surveille pas grand-chose. Pas de trappage systématique, pas de suivi des populations, pas de campagne de sensibilisation digne de ce nom. Juste des appâts lancés à la va-vite, comme on jette des miettes aux pigeons.

Et puis, il y a le vrai problème. Celui dont personne ne veut parler : les humains. Parce que la rage, au fond, c’est une maladie de la négligence. On laisse traîner nos déchets, on nourrit les animaux, on construit n’importe où, et après on s’étonne qu’ils deviennent un danger. Montréal vaccine ses ratons, mais elle ne vaccine pas ses citoyens contre leur propre bêtise.

La rage, c’est pas qu’une maladie. C’est un miroir.

Regardez bien. La rage du raton laveur, c’est nous. C’est notre façon de vivre, pressés, égoïstes, sans penser aux conséquences. On veut des parcs, mais pas les animaux qui vont avec. On veut de la nature, mais pas les risques. On veut tout, tout de suite, et après on s’étonne que ça dérape.

Les appâts vaccinaux, c’est une solution d’urgence. Une rustine sur une roue qui crève. Mais si Montréal veut vraiment régler le problème, il va falloir faire plus. Beaucoup plus.

D’abord, arrêter de nourrir les ratons. Pas juste en théorie, mais en pratique. Avec des amendes, des contrôles, des campagnes qui ne se contentent pas de dire « Ne nourrissez pas les animaux », mais qui expliquent pourquoi. Parce que les gens, ils s’en foutent, des ratons. Jusqu’à ce que leur gamin se fasse mordre.

Ensuite, mieux gérer les déchets. Les poubelles qui débordent, les sacs mal fermés, les composts accessibles… Tout ça, c’est un buffet à volonté pour les ratons. Et un buffet à volonté, c’est une épidémie en puissance.

Enfin, repenser l’urbanisme. Construire des quartiers sans penser aux couloirs de migration des animaux, c’est comme construire une maison sans toit. Ça finit par prendre l’eau. Sauf que là, c’est la rage qui s’infiltre.

Montréal a peur. Et c’est normal.

La rage fait peur. Parce qu’elle est invisible, insidieuse, et qu’elle ne pardonne pas. Un raton enragé, ça ne prévient pas. Ça mord, et après, c’est trop tard. Les traitements existent, mais ils sont lourds, chers, et pas toujours efficaces. Alors oui, Montréal a raison de vacciner. Mais elle a tort de croire que ça suffira.

Parce que la rage, c’est comme la crise du logement, ou la pollution : c’est un problème systémique. On peut mettre des rustines, lancer des appâts, faire des communiqués. Mais tant qu’on ne changera pas notre façon de vivre, de construire, de cohabiter, ça recommencera. Toujours.

Alors oui, prenez vos précautions. Ne touchez pas aux ratons, même s’ils ont l’air mignons. Signalez les animaux qui ont l’air malades. Et surtout, arrêtez de croire que la nature, c’est juste un décor. Parce que la nature, elle, ne vous oubliera pas. Même si vous, vous l’avez oubliée.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie