Montréal vaccine ses ratons laveurs, et c’est bien plus tordu que ça en a l’air

La rage du raton laveur progresse, et la Ville de Montréal sort l’artillerie lourde : des appâts vaccinaux largués par hélicoptère. Derrière cette opération sanitaire se cache une réalité moins reluisante. Entre bureaucratie, écologie bancale et citoyens qui regardent ailleurs, voici ce que personne ne vous dit.

Publié le 3 septembre 2026 à 14:10
Montréal vaccine ses ratons laveurs, et c’est bien plus tordu que ça en a l’air

Un hélicoptère, des appâts, et 300 000 ratons dans le viseur

C’est un matin d’automne à Montréal. Un hélicoptère survole les parcs et les friches urbaines, larguant des centaines de petits sachets roses. À l’intérieur : un vaccin contre la rage, enveloppé dans une pâte qui sent le poisson. L’objectif ? Immuniser 70% des ratons laveurs de l’île d’ici la fin de l’année. Pourquoi 70% ? Parce que c’est le seuil magique pour éradiquer la maladie. En théorie.

Noovo Info était là. Sur le terrain, des employés de la Ville en combinaison orange ramassent les appâts tombés trop près des écoles. Un type en gilet fluorescent explique, un peu gêné : « On évite les plaintes des parents. » Comme si le vrai problème était là. Pas dans les ratons, mais dans les humains qui hurlent dès qu’un sachet rose atterrit à trois mètres de leur enfant.

Pourtant, le chiffre qui devrait vous faire tiquer, c’est celui-ci : 12 cas de rage chez les ratons laveurs en 2023, contre 2 en 2022. Une multiplication par six en un an. Et ce n’est pas un hasard. La rage progresse parce que les ratons, eux, ne respectent pas les frontières municipales. Ils traversent les autoroutes, squattent les jardins, et surtout, ils se reproduisent. Beaucoup. Trop.

Le raton laveur, ce voisin que vous ignorez (jusqu’à ce qu’il morde votre chien)

Vous les voyez la nuit, ces ombres qui fouillent vos poubelles. Vous râlez, vous fermez mieux vos couvercles, et puis vous oubliez. Sauf que les ratons, eux, ne vous oublient pas. Ils s’adaptent. Ils apprennent. Et surtout, ils grimpent.

Un raton laveur, ça monte aux arbres. Ça ouvre les loquets. Ça entre dans les garages. Et quand ça a la rage, ça attaque. Pas pour le plaisir. Parce que la maladie les rend agressifs, désorientés. En 2022, un raton enragé a mordu un chien à Verdun. Le chien a survécu. Le propriétaire a dû suivre un traitement post-exposition. Coût : 3 000 dollars, remboursés en partie par la RAMQ. La facture, au final, c’est vous qui la payez.

Et puis il y a les cas humains. Rares, mais réels. En 2015, un homme a été mordu par un raton enragé à Laval. Il est mort. Pas directement de la rage, il a refusé le traitement. Mais le résultat est le même. Un mort, parce qu’un raton a décidé de lui sauter dessus près d’une benne à ordures.

Alors oui, Montréal vaccine. Mais est-ce que ça suffit ?

L’opération vaccin : efficace, mais pas magique

Les appâts, c’est une solution. Pas la solution. D’abord, parce que tous les ratons ne les mangeront pas. Certains préfèrent vos restes de pizza. D’autres, les œufs de vos poules. Et puis, il y a les ratons des banlieues, ceux qui vivent dans les zones non traitées. Ceux-là, personne ne les vaccine.

Ensuite, il y a le problème des coûts. 500 000 dollars par an, c’est ce que coûte l’opération. Une somme qui pourrait servir à autre chose, nettoyer les dépotoirs sauvages, par exemple, où les ratons pullulent. Mais non. On préfère larguer des appâts depuis un hélicoptère. Parce que c’est visible. Parce que ça fait bien dans le rapport annuel.

Et puis, il y a l’écologie. Ces appâts, ils ne contiennent pas que du vaccin. Il y a aussi des conservateurs, des attractifs chimiques. Personne ne sait vraiment quel impact ça a sur les autres animaux, les écureuils, les renards, les oiseaux. Mais bon, on verra plus tard. Pour l’instant, l’urgence, c’est la rage.

Ce que la Ville ne vous dit pas (et qui devrait vous inquiéter)

Officiellement, tout va bien. Montréal maîtrise la situation. Les appâts fonctionnent. Les ratons sont sous contrôle.

Officieusement ? C’est moins clair.

D’abord, il y a le problème des données. La Ville publie des chiffres sur les cas de rage, mais elle ne dit pas grand-chose sur l’efficacité réelle des appâts. Combien de ratons sont effectivement vaccinés ? Personne ne le sait. On se base sur des estimations, des modèles mathématiques. Des suppositions, en gros.

Ensuite, il y a la question des frontières. Montréal vaccine ses ratons, mais qu’en est-il de Laval, de Longueuil, de la Rive-Sud ? Rien. Ces municipalités n’ont pas les mêmes budgets, pas les mêmes priorités. Résultat : les ratons traversent le fleuve, et la rage avec.

Et puis, il y a l’attitude des citoyens. Vous, moi, vos voisins. On voit un raton, on prend une photo, on poste sur Instagram. « Oh, trop mignon ! » Sauf que ce raton, il pourrait bien vous envoyer à l’hôpital. Mais non, on préfère croire que c’est un petit animal inoffensif. Jusqu’à ce qu’il morde.

La vraie question : et si on arrêtait de jouer à cache-cache avec la nature ?

Vacciner les ratons, c’est bien. Mais c’est un pansement sur une jambe de bois. Le vrai problème, c’est qu’on a laissé ces animaux s’installer en ville. On a construit des maisons près des forêts, on a laissé traîner nos déchets, on a ignoré les signes avant-coureurs.

Et maintenant, on paie. Littéralement. 500 000 dollars par an, c’est le prix de notre négligence. Un prix qui va augmenter, parce que les ratons, eux, ne vont pas disparaître. Ils vont s’adapter. Se reproduire. Et un jour, peut-être, mordre un peu plus près de chez vous.

Alors oui, Montréal vaccine. Mais est-ce que ça suffira ? Rien n’est moins sûr. Parce que la rage, comme les ratons, a plus d’un tour dans son sac. Et nous, on a l’air de croire que quelques sachets roses vont tout régler.

Spoiler : non.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie