Montréal prépare une hausse des taxes municipales

La Ville de Montréal envisage une augmentation des taxes locales au-delà du taux d’inflation pour financer des infrastructures jugées défaillantes. Les détails doivent être révélés avant la fin novembre. Les contribuables et les élus s’interrogent sur les priorités et les alternatives possibles.

Publié le 30 octobre 2026 à 12:03
Montréal prépare une hausse des taxes municipales

Montréal face à un choix budgétaire difficile

Depuis des années, les infrastructures municipales de Montréal accumulent des retards et des besoins croissants. Ponts fissurés, réseaux d’égouts vétustes, transports en commun saturés : ces problèmes, documentés par des rapports publics et des audits indépendants, pèsent sur la qualité de vie des habitants. La Ville, comme d’autres collectivités au Québec, doit concilier des obligations légales de rénovation avec des ressources limitées. Cette situation, combinée à une croissance démographique soutenue, rend urgente une réponse financière. Pourtant, les marges de manœuvre sont étroites : la fiscalité municipale au Québec est encadrée par des règles strictes, notamment la loi sur les compétences municipales, qui limite les recettes locales à quelques sources stables, dont les taxes foncières et les droits de mutation. Une hausse des tarifs d’eau ou des permis de construction, souvent utilisée ailleurs, se heurte à une sensibilité politique forte dans une ville où près de 40 % des ménages dépensent plus de 30 % de leurs revenus en logement.

Une décision technique, mais aux conséquences politiques

La présentation du budget municipal, prévue avant la fin novembre, doit trancher entre deux options principales. La première consiste à augmenter les taxes foncières et mobilières au-delà du taux d’inflation, comme le laisse entendre la dépêche de Radio-Canada. Cette piste s’appuie sur un mécanisme connu : depuis 2015, Montréal applique une indexation automatique des taxes sur l’inflation, mais sans plafond. Les locataires, indirectement concernés via le marché immobilier, pourraient aussi subir une pression à la hausse sur les loyers.

La seconde option, moins évoquée mais plausible, serait de reporter une partie des investissements ou de puiser dans les réserves de la Ville. Un recours massif à ces fonds risquerait de priver d’autres services essentiels, comme les parcs ou les bibliothèques, déjà sous tension.

Les arguments en faveur d’une hausse des taxes

Les partisans d’une augmentation des taxes avancent plusieurs justifications. D’abord, un argument économique : différer les investissements aggraverait à terme le coût des réparations. Ensuite, un argument social : des infrastructures en mauvais état pénalisent les ménages modestes, qui dépendent des transports en commun ou des logements sociaux.

Les objections et les alternatives

Plusieurs voix s’élèvent contre une hausse des taxes, invoquant des risques économiques et politiques. Les commerçants, particulièrement touchés par la crise du pouvoir d’achat, craignent une baisse de leur clientèle. Les propriétaires de petites surfaces, déjà fragilisées par la hausse des taux d’intérêt, pourraient voir leur trésorerie se tendre. Par ailleurs, des économistes comme Pierre Fortin, professeur à l’Université du Québec à Montréal, estiment qu’une augmentation des taxes pourrait accélérer la spéculation immobilière, poussant les prix à la hausse dans un marché déjà tendu.

Des alternatives existent, mais chacune comporte des limites. Elle pourrait aussi diversifier ses sources de revenus en développant des partenariats public-privé (PPP), comme pour le projet du nouveau stade olympique, mais ces montages, longs et complexes, ne résolvent pas les besoins urgents. Enfin, un gel des embauches ou une réduction des subventions aux organismes culturels, envisagés en 2024, se heurterait à une opposition citoyenne forte, comme l’a montré la mobilisation contre la fermeture de la piscine Saint-Michel en 2022.

Qui paiera, et qui en bénéficiera ?

Une question centrale reste en suspens : qui supportera le coût de cette hausse, et qui en tirera profit ? Les taxes foncières, progressives en apparence, pèsent davantage sur les propriétaires que sur les locataires. Une augmentation des taxes pourrait ainsi creuser les inégalités, alors que la Ville se fixe des objectifs de réduction des écarts sociaux. À l’inverse, les bénéficiaires directs, les usagers des infrastructures rénovées, seront surtout les automobilistes (grâce à des routes moins dégradées) et les usagers des transports (grâce à des réseaux plus fiables). Les ménages sans voiture et les quartiers périphériques, moins bien desservis, pourraient être les grands oubliés.

Les questions qui demeurent sans réponse

Plusieurs incertitudes persistent. Combien coûtera exactement cette hausse pour un foyer type ? Les simulations actuelles manquent de précision sur les seuils de revenus concernés. Comment la Ville justifiera-t-elle ce choix face à d’autres urgences, comme la transition écologique ou la lutte contre l’itinérance ? Enfin, quelle sera la réaction des citoyens ? Les mouvements comme Montréal en commun, qui ont porté des baisses de taxes en 2020, pourraient-ils se mobiliser contre une nouvelle hausse ?

Les élus devront alors arbitrer entre transparence budgétaire et équité sociale, deux impératifs souvent en tension. La clé réside peut-être dans une communication claire sur les priorités : rénovation des réseaux critiques ou amélioration des services de proximité ? Sans cette distinction, le débat risque de rester flou, au détriment des contribuables.

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R Galaxie Rédaction

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