Le chiffre qu’on oublie toujours quand on parle des AVC : 130 000 par an. Un toutes les 4 minutes. Et à Montauban-de-Bretagne, personne ne veut en être responsable ?
La mairie a organisé une soirée pour en parler. Une soirée. Pas un plan d’urgence, pas une campagne de dépistage, pas un hôpital qui se dote d’un scanner en plus. Juste une soirée. Comme si le problème était trop gros pour être traité sérieusement, alors on le glisse dans un créneau culturel entre un concert et une exposition de photos.
Pourtant, les AVC, c’est le premier motif de handicap acquis chez l’adulte en France. Le troisième motif de mortalité, après les cancers et les maladies cardiovasculaires. Mais personne ne crie au scandale. Personne ne descend dans la rue. On parle des AVC comme on parle de la pluie et du beau temps : ça arrive, c’est chiant, mais bon, on peut pas grand-chose.
Sauf que si. Sauf que oui, on peut.
Le piège des bonnes intentions : on sait tout, mais on agit jamais.
Vous connaissez les signes d’un AVC ? Bien sûr que vous les connaissez. Le visage qui se déforme, le bras qui ne répond plus, la parole qui devient incompréhensible. Les campagnes de prévention, il y en a eu des dizaines. Les affiches, les pubs à la télé, les articles dans les journaux. Tout le monde a vu au moins une fois un spot où une personne fait un AVC et où un inconnu appelle les secours en 30 secondes.
Alors pourquoi, quand une personne fait un AVC devant vous, vous restez planté là comme un con ?
Parce que la théorie, c’est une chose. La pratique, c’en est une autre. Parce que voir ça en vidéo, c’est pas la même chose que voir un vieux qui s’effondre dans le supermarché de Montauban-de-Bretagne. Parce que vous pensez : « Bon, là, c’est pas moi qui dois agir, c’est les pompiers. Ou les voisins. Ou quelqu’un d’autre. » Et pendant ce temps, le cerveau de la victime meurt à petit feu. Une minute sans traitement, c’est 1,9 million de neurones en moins. Deux minutes, c’est 3,8 millions. Trois minutes ? 5,7 millions.
À partir de la quatrième minute, les séquelles sont souvent irréversibles. Et vous, vous attendez encore.
La soirée de Montauban-de-Bretagne : un coup de projecteur qui éclaire quoi, au juste ?
Alors oui, la mairie a organisé une soirée. Avec des intervenants, des témoignages, peut-être même un simulateur pour voir à quoi ressemble un AVC. Très bien. Mais est-ce que ça va changer quelque chose ?
Pas forcément. Parce que le vrai problème, ce n’est pas le manque d’information. C’est le manque de réaction. Les gens savent. Ils savent. Mais quand vient le moment de passer à l’acte, ils hésitent. Ils ont peur de se tromper. Ils ont peur d’en faire trop. Ils ont peur d’être ridicule.
Et puis, il y a la question de l’accès aux soins. À Montauban-de-Bretagne comme ailleurs, les délais peuvent être longs. Un AVC, ça se soigne avec des médicaments qui dissolvent le caillot, mais il faut les administrer dans les 4h30 maximum. Après, c’est trop tard. Alors oui, les pompiers roulent vite, mais est-ce que c’est assez vite ?
À l’hôpital de Saint-Malo, le service de neurologie est réputé. Mais entre le moment où la victime s’effondre et celui où elle est entre les mains d’un médecin, il peut se passer un temps fou. Un temps qui coûte cher. Très cher.
Ce que les organisateurs ne disent pas : et si la vraie solution, c’était vous ?
Les soirées comme celle de Montauban-de-Bretagne, ça sert à quoi ? À rappeler les chiffres ? À faire peur ? À donner l’impression qu’on fait quelque chose, alors qu’en réalité, on se lave les mains ?
Parce que la vérité, c’est que personne ne veut vraiment assumer. Ni les mairies, ni les hôpitaux, ni même les associations. Tout le monde pointe du doigt le voisin. « C’est pas mon problème. » « C’est pas mon rôle. » « Je suis pas formé pour ça. »
Mais si vous attendez que quelqu’un d’autre agisse, vous attendez trop longtemps.
Alors oui, allez à cette soirée. Écoutez les témoignages. Regardez les vidéos. Mais surtout, retenez une chose : la prochaine fois que vous verrez quelqu’un faire un AVC, vous n’aurez pas le choix. Vous devrez agir. Même si vous avez peur. Même si vous ne savez pas exactement quoi faire.
Parce que si vous ne le faites pas, qui le fera ?
Le vrai scandale, c’est que personne ne parle jamais de ça. Pas vraiment.
Les AVC, c’est comme les cancers ou les maladies cardiaques : on en parle, mais sans jamais creuser. Sans jamais dire « Et vous, vous seriez capable de quoi ? » Sans jamais forcer les gens à se confronter à leur propre lâcheté.
À Montauban-de-Bretagne, cette soirée, c’est une bonne idée. Mais c’est une goutte d’eau dans l’océan. Parce que le vrai combat, ce n’est pas contre les AVC. C’est contre notre propre inertie.
Alors oui, allez y. Mais surtout, préparez-vous à agir. Parce que le jour où ce sera à vous de choisir entre regarder ou sauver une vie, vous voulez savoir laquelle vous aurez choisie.
Et non, les chiffres ne mentent pas. Mais les excuses, si.