Le plan Milliard est un leurre. Ou pire, un aveu de faiblesse.
L’État français dépense des milliards dans des systèmes informatiques qui ne marchent pas. Les exemples s’accumulent : les dossiers fiscaux perdus, les erreurs de calcul des aides sociales, les plateformes de services publics qui plantent à la moindre surcharge. Résultat ? Des millions d’euros gaspillés, des fonctionnaires qui galèrent, et des citoyens qui en ont marre. Charles Milliard, député LREM et ex-directeur de cabinet de Bruno Le Maire, veut changer la donne. Son idée ? Créer une nouvelle agence, « ultra-agile », chargée de piloter la transition numérique de l’État. Et accessoirement, de requalifier les fonctionnaires que l’IA va remplacer.
Sauf que personne ne parle des vrais problèmes. Pas ceux des bugs informatiques, là, tout le monde est d’accord, c’est la merde. Non, le vrai sujet, c’est celui qu’on ne veut pas aborder : qui va payer la facture humaine de cette modernisation ? Et surtout, qui va décider qui est « remplaçable » ?
L’IA, ce bouc émissaire commode
Milliard parle d’IA comme d’une évidence. « L’intelligence artificielle va automatiser des tâches répétitives, libérant les agents pour des missions à plus forte valeur ajoutée. » Traduction : « On va virer des gens en disant que c’est la machine qui le fait. » C’est malin. Ça évite les grèves, les débats syndicaux, les coûts de licenciement. L’IA, c’est le parfait alibi.
Pourtant, personne ne se demande quelles tâches exactement seront automatisées. Prenez les impôts : aujourd’hui, un agent vérifie les déclarations, recoupe les données, répond aux questions des contribuables. Demain, un algorithme fera la même chose… sauf qu’il ne comprendra pas les cas particuliers. Les erreurs ? Il les reproduira. Les exceptions ? Il les ignorera. Qui prendra la responsabilité des bugs ? Pas l’IA, bien sûr. Pas non plus les dirigeants qui ont sous-traité la maintenance à des sous-traitants à 5 euros de l’heure.
Et puis, il y a le côté humain. Un fonctionnaire, même sur une tâche répétitive, a un sens du service public. Un algorithme, non. Il appliquera les règles à la lettre, sans empathie, sans adaptation. Est-ce que c’est vraiment une amélioration ?
La requalification, ce leurre social
Milliard promet de « requalifier » les agents remplacés. Traduction : « On va vous former à autre chose, parce que votre ancien boulot, il est mort. » Sauf que personne ne sait comment ça va se passer. Qui financera ces formations ? Combien de temps prendront-elles ? Et surtout, combien de postes seront vraiment disponibles après ?
Prenez l’exemple de la SNCF. Quand l’entreprise a automatisé certains guichets, elle a promis de former les agents au « conseil client ». Résultat ? Des centaines de licenciements déguisés en « mobilité professionnelle ». L’État risque le même scénario.
Et puis, il y a le détail qui tue : les métiers qui disparaissent ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Un agent des impôts, oui. Mais aussi un employé de la CAF qui vérifie les dossiers de chômage, un douanier qui contrôle les déclarations en douane… Qui va décider quels métiers sont « automatisables » ? Les algorithmes eux-mêmes ? Parce que si c’est le cas, on est dans une boucle absurde : « L’IA remplace les humains, mais ce sont les humains qui programment l’IA. » Qui contrôle les contrôleurs ?
L’agence « agile », ce serpent de mer
Milliard veut créer une nouvelle structure, « légère, réactive », pour piloter la transformation numérique. Traduction : une énième couche bureaucratique.
L’État a déjà essayé ça, des dizaines de fois. En 2017, le gouvernement lançait la « French Tech publique » pour digitaliser l’administration. Résultat ? Un budget pharaonique, des retards à n’en plus finir, et des fonctionnaires qui continuent à taper leurs rapports dans Word 2003. Pourquoi ça marcherait cette fois ?
Le vrai problème, c’est que l’État n’a pas les moyens de ses ambitions. Les budgets des ministères sont serrés, les effectifs en baisse, et les sous-traitants publics sont souvent des usines à gaz. Une agence « agile » avec qui ? Avec des consultants à 1 500 euros la journée ? Avec des informaticiens en CDD précaires ?
Et puis, il y a un détail que personne ne mentionne : qui va gérer les conflits d’intérêts ? Les mêmes entreprises qui ont merdé sur les systèmes existants (comme Capgemini sur les impôts en ligne) seront-elles chargées de former les fonctionnaires à la nouvelle ère numérique ? Bien sûr que oui. Parce que c’est toujours les mêmes qui gagnent.
Le vrai enjeu : qui paiera ?
Derrière le discours sur l’innovation et la modernisation, il y a une question simple : qui va payer la facture ?
- Les contribuables ? Déjà surendettés, ils vont devoir financer des formations inutiles et des systèmes qui plantent encore plus souvent.
- Les fonctionnaires ? Ils vont devoir se reconvertir dans des métiers qui n’existent pas, avec des salaires en baisse.
- Les entreprises privées ? Elles vont continuer à externaliser la misère, comme d’habitude.
Personne ne veut assumer.
Et puis, il y a un autre angle, plus politique : cette transition numérique, c’est aussi un moyen de casser le statut des fonctionnaires. En remplaçant des agents par des algorithmes, on affaiblit les syndicats, on réduit les coûts, on prépare le terrain pour une réforme plus large. Est-ce que c’est le but réel ?
Ce que ça change pour vous
Si vous êtes fonctionnaire, sachez une chose : votre métier n’est plus à l’abri. Que vous soyez agent des impôts, employé de la CAF ou technicien territorial, l’IA est dans le collimateur. Et si Milliard parle de « requalification », personne ne vous garantit un poste après.
Si vous êtes citoyen, attendez-vous à des services publics encore moins réactifs. Parce qu’un algorithme, ça ne répond pas au téléphone. Ça ne comprend pas votre situation. Ça applique une règle, point. Votre dossier sera traité plus vite… mais moins bien.
Et si vous êtes un dirigeant public, préparez-vous à justifier des millions d’euros gaspillés dans des systèmes qui ne marchent pas. La responsabilité, ça se partage mal.
Le vrai problème, c’est qu’on n’a pas le choix.
L’État doit se moderniser. C’est une évidence. Mais faire croire que l’IA va résoudre tous les problèmes, c’est mentir. La vraie question, c’est : à quel prix ?
Et surtout : qui va payer ?