L'AP-HM investit 4 millions dans Apt, les autres hôpitaux attendent

L'hôpital d'Apt va enfin avoir son IRM, son mammographe et son scanner en 2027. Mais ce choix pose une question : pourquoi cette priorité pour un territoire où les spécialistes manquent déjà ? Et surtout, qui paiera la facture ?

Publié le 10 octobre 2026 à 22:21
L'AP-HM investit 4 millions dans Apt, les autres hôpitaux attendent

L'AP-HM investit 4 millions dans Apt, les autres hôpitaux attendent encore

En 2027, l’hôpital d’Apt aura enfin ses trois machines phares : une IRM, un mammographe et un scanner. 4 millions d’euros sur la table, financés par l’Assistance Publique, Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Sauf que personne ne vous expliquera pourquoi ce petit hôpital des Alpes-de-Haute-Provence a sauté devant des structures bien plus grandes, comme celles d’Aix-en-Provence ou de Digne. L’AP-HM a ses raisons, mais elles ne sont pas celles qu’on croit.

Un choix politique plus qu’un besoin médical

L’AP-HM justifie ce coup de pouce par « la désertification médicale » dans le secteur. Oui, mais. Le département compte déjà des centres d’imagerie à Forcalquier, à Manosque, et même à Pertuis. Alors pourquoi en rajouter un à Apt ? Parce que le gouvernement a ses priorités. En 2022, le ministère de la Santé a lancé un appel à projets pour moderniser les hôpitaux ruraux. Apt a été retenu. Pas par hasard. La ville abrite une population vieillissante, 12 % des habitants ont plus de 85 ans (source : INSEE, 2023), et un taux de cancer du sein en hausse de 18 % en cinq ans (données ARS PACA). Des chiffres qui parlent. Mais est-ce une raison suffisante pour dépenser 4 millions là où d’autres structures, comme l’hôpital de Sisteron, attendent depuis des années ?

Le vrai problème, c’est l’inégalité. À Marseille, le CHU manque de lits en réanimation. À Aix, le centre d’imagerie est saturé. Pourtant, c’est Apt qui héritera de l’IRM. Pas parce que c’est le plus urgent, mais parce que c’est le plus bruyant. Les associations locales ont fait du lobbying, les élus ont tapé sur l’épaule des décideurs. Résultat : un hôpital qui va pouvoir faire des examens qu’il ne pouvait pas faire avant. Mais à quel prix ?

Le scanner qui n’existera peut-être jamais

Le mammographe, c’est clair. Les dépistages du cancer du sein vont pouvoir se faire sur place, sans envoyer les patientes à Marseille ou à Avignon. Mais l’IRM et le scanner ? Là, ça se corse. D’abord, il manque des radiologues. L’AP-HM recrute, mais les spécialistes se font rares. Ensuite, la maintenance. Ces machines coûtent cher à entretenir. Et qui va les faire tourner la nuit, le week-end ? Personne. Parce qu’à Apt, on n’a pas les moyens de payer des équipes en 3x8.

Le pire ? Personne ne vous dira si ces machines seront vraiment utilisées. Les hôpitaux ruraux ont souvent des taux d’utilisation dérisoires. À Sisteron, le scanner installé en 2020 tourne à 30 % de sa capacité (source : rapport ARS PACA 2023). Pourquoi ? Parce que les médecins préfèrent envoyer leurs patients dans des centres mieux équipés. Alors, à quoi bon ?

Le vrai coût : celui qu’on ne voit pas

4 millions, c’est le prix des machines. Mais le vrai budget, c’est celui des années qui suivent. Formation des personnels, maintenance, recrutement. Combien ? Personne n’en parle. L’AP-HM se contente de dire que « les financements sont assurés ». Sauf que. En 2021, l’hôpital de Gap a dû fermer son scanner pendant six mois parce que l’ARS n’avait pas débloqué les fonds pour la maintenance. Un scénario qui pourrait se reproduire à Apt.

Et puis, il y a la question des spécialistes. Une IRM sans radiologue, c’est comme une voiture sans chauffeur. Inutile. Or, dans les Alpes-de-Haute-Provence, les postes de radiologues restent vacants depuis des années. Pourquoi ? Parce que personne ne veut s’installer dans un désert médical où les salaires sont bas et où la vie est chère. Alors, à quoi bon installer une IRM si on ne peut pas la faire fonctionner ?

Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)

Sur le papier, c’est une bonne nouvelle. Moins de déplacements pour les patients, des diagnostics plus rapides. En réalité, ça ne résout rien. Parce que le vrai problème, c’est le manque de moyens humains. Une machine, ça ne remplace pas un médecin. Et à Apt, comme ailleurs, c’est la pénurie de personnel qui bloque tout.

Alors, à quoi bon ? À rien, si ce n’est à donner l’impression d’agir. L’AP-HM peut se vanter d’avoir modernisé Apt. Mais dans le même temps, des hôpitaux comme celui de Forcalquier ou de Pertuis attendent toujours. Et personne ne leur promet rien.

Le vrai scandale, ce n’est pas l’absence d’IRM à Apt. C’est que, pendant ce temps, des milliers de patients dans d’autres territoires subissent les mêmes carences, sans même avoir droit à un nouveau scanner.

La facture cachée des Alpes-de-Haute-Provence

4 millions, c’est l’investissement. Mais le coût réel, c’est celui de l’inégalité. Parce qu’en dépensant cet argent à Apt, l’AP-HM pourrait avoir équipé deux autres hôpitaux. Ou formé des médecins. Ou augmenté les salaires pour retenir les spécialistes.

Au lieu de ça, on a une IRM à Apt. Et des patients qui, dans d’autres villes, continueront à faire 200 km pour un examen.

La question n’est pas : « Est-ce que Apt mérite son IRM ? » La question, c’est : « Pourquoi les autres n’en ont pas ? »

Parce qu’à la fin, ce n’est pas l’argent qui manque. C’est la volonté politique.

Et ça, personne ne veut en parler.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie