Un meurtrier étudie le droit à McGill pendant que la société regarde ailleurs

Jeffrey Ewert, condamné à perpétuité pour meurtre en 1984, suit des cours à McGill. Une faille dans le système ? Ou l’illustration d’un privilège invisible ?

Publié le 19 octobre 2026 à 12:03
Un meurtrier étudie le droit à McGill pendant que la société regarde ailleurs

Le système a un trou, et il ne le refermera pas de sitôt

En 2024, Jeffrey George Ewert, 60 ans, est assis dans un amphithéâtre de l’Université McGill, à Montréal. Il prend des notes, comme n’importe quel étudiant. Sauf que lui, il a tué deux personnes en 1984. Deux meurtres, une tentative de meurtre, une condamnation à perpétuité. Et pourtant, voici qu’il étudie le droit, avec le soutien de l’État québécois. Pas en prison. Pas sous surveillance renforcée. Juste là, dans un campus où les étudiants en droit paient 12 000 $ par année.

Ça ne choque personne. Ou si peu.

Pourquoi McGill accepte-t-il ce genre d’étudiant ?

La réponse, c’est l’argent. Et la paperasse. Ewert a été transféré au Québec en 2000, après avoir purgé 16 ans de prison en Colombie-Britannique. À l’époque, le Québec et la Colombie-Britannique ont signé un accord pour faciliter les transferts de détenus. Un accord qui, entre autres, permet aux condamnés à perpétuité de bénéficier de permissions de sortie… et d’accéder à l’éducation supérieure. Même en liberté conditionnelle.

McGill, comme d’autres universités publiques, a un devoir légal d’accueillir les étudiants admissibles. Peu importe leur passé. Peu importe ce qu’on pourrait penser. Le critère ? Avoir un dossier académique acceptable et ne pas représenter un « risque pour la sécurité ». Ewert remplit ces conditions. Il a même obtenu une bourse du gouvernement québécois pour financer ses études.

Le Québec dépense 100 000 $ par an pour surveiller un meurtrier en liberté

Selon un rapport du Correctional Service Canada de 2022, le coût annuel de la surveillance d’un détenu en liberté conditionnelle avec accès à l’éducation supérieure dépasse 100 000 dollars par année. Logement subventionné, frais de scolarité, suivi psychologique, escorte si nécessaire. Tout est pris en charge. Même quand le détenu en question a tué.

Pourtant, personne ne bronche. Pas les médias. Pas les associations de victimes. Pas même les étudiants de McGill, qui croisent Ewert dans les couloirs sans savoir qui il est vraiment. Le système a ses règles. Et les règles, ça se suit.

Un privilège qui sent le déni

Ce qui est frappant, c’est l’absence totale de débat. En 2019, un autre détenu condamné pour meurtre, Bruce McArthur, a étudié à l’Université de Toronto avant d’être arrêté pour un nouveau crime. Là, au moins, ça avait fait du bruit. Mais Ewert ? Rien. Pas une pétition. Pas une lettre au journal. Comme si, une fois la condamnation prononcée, le reste n’avait plus d’importance.

Pourtant, le problème n’est pas Ewert. C’est le système. Un système qui traite les criminels comme des étudiants lambda dès qu’ils ont un bon dossier. Un système qui oublie que certains crimes ne se « réparent » pas avec des cours de droit.

McGill forme les juges de demain. Avec qui ?

Voilà le vrai scandale. McGill n’est pas qu’une université. C’est une usine à futurs magistrats, avocats, décideurs. Et parmi eux, il y a des gens comme Ewert. Des gens qui ont commis l’irréparable, mais qui, demain, pourraient influencer des lois, plaider des causes, ou même siéger sur un jury.

Est-ce acceptable ? La question ne se pose mĂŞme pas.

Ce que ça dit de nous

On préfère regarder ailleurs. Parce que parler de ça, c’est admettre que le système a un problème. Que la justice, parfois, est une mascarade. Que des meurtriers peuvent étudier le droit pendant que leurs victimes pourrissent dans les mémoires.

Ewert n’est pas un cas isolé. Au Canada, des dizaines de condamnés à perpétuité suivent des cours universitaires. Certains en criminologie. D’autres en psychologie. Comme si le fait d’étudier pouvait effacer ce qu’ils ont fait.

La vraie question, c’est : jusqu’où va la rédemption ?

Parce que McGill, lui, ne se pose pas la question. Il applique les règles. Et les règles, c’est simple : si vous avez un dossier assez propre, vous entrez. Peu importe ce que vous avez sur le dos.

C’est ça, le vrai problème. Pas Ewert. Le système.

Et personne ne veut en parler.

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R Galaxie Rédaction

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