Pourquoi Singapour, et pas le reste du monde ?
Les chiffres sont impressionnants. 3,7 millions de comptes effacés, des centaines de milliers de dollars gelés, des dizaines d’arnaqueurs arrêtés. Meta et les autorités singapouriennes se serrent la main, sourient pour les photos, et racontent que leur collaboration est « exemplaire ». Sauf que personne ne vous expliquera pourquoi ces escrocs ont choisi Singapour comme base arrière. Peut-être parce que c’est un hub financier, un carrefour entre l’Asie et le reste du monde, un endroit où l’argent circule vite et où les régulations sont… disons, flexibles. Ou peut-être parce que Meta a enfin trouvé un partenaire qui ne lui pose pas de questions embêtantes.
Singapour, c’est le genre de pays où les lois sont claires, mais où les exceptions existent. Où les plateformes tech paient des impôts symboliques en échange de promesses de « coopération ». Où les escrocs savent qu’ils peuvent frauder pendant des mois avant que quelqu’un ne daigne regarder. Et Meta, dans tout ça ? Elle joue les héros. Mais seulement quand ça l’arrange.
Le problème, c’est que les escrocs ne restent pas à Singapour.
Ils se déplacent. Ils changent de serveurs, de noms de domaine, de méthodes. Ils passent de Facebook à Instagram, puis à WhatsApp, puis à Telegram. Et pendant ce temps, Meta et les régulateurs locaux organisent leurs petites chasses aux sorcières… mais toujours dans le même coin. Comme si les arnaques étaient une maladie locale, et pas un virus global.
Prenez le cas des pig butchering scams, ces arnaques où des escrocs se font passer pour des traders pourruits et ruinent des particuliers en quelques semaines. Meta a supprimé des milliers de comptes liés à ces escroqueries à Singapour. Très bien. Mais en même temps, ces mêmes arnaques pullulent en Europe, aux États-Unis, en Afrique. Alors pourquoi ne pas faire la même chose ailleurs ?
La réponse, c’est l’argent.
Singapour, c’est un marché lucratif. Des millions d’utilisateurs, des entreprises qui paient pour de la pub, des influenceurs qui font tourner la machine. Effacer des comptes, c’est bon pour l’image. Ça fait du bruit, ça rassure les actionnaires, ça permet de dire : « On fait quelque chose ! » Mais ça ne résout rien. Parce que les escrocs, eux, ils ne s’arrêtent pas. Ils attendent que la vague passe, puis ils reviennent.
Et puis il y a le problème des faux positifs.
Meta a supprimé 3,7 millions de comptes. Très bien. Mais combien d’entre eux étaient vraiment des escrocs ? Combien étaient des comptes légitimes, des petites entreprises, des particuliers pris dans la rafle ? Personne ne le sait. Parce que Meta ne communique pas les détails. Et quand on lui demande, elle répond par des communiqués lisses, des chiffres arrondis, des promesses vagues.
Ce qui se passe en coulisses, c’est une guerre froide.
Les régulateurs veulent des résultats rapides. Meta veut éviter les amendes et les mauvaises pubs. Alors ils trouvent un terrain d’entente : on supprime des comptes, on arrête quelques escrocs, on fait semblant d’avoir gagné. Mais personne ne parle des millions d’autres comptes qui continuent de fonctionner, ailleurs. Parce que la réalité, c’est que Meta n’a pas les moyens, ni la volonté, de traquer tout le monde, partout, tout le temps.
Alors oui, 3,7 millions de comptes effacés, c’est un bon score. Mais c’est aussi un leurre. Parce que les escrocs, eux, ils comptent sur le fait que Meta ne peut pas être partout. Et tant qu’elle se contente de nettoyer Singapour en laissant le reste du monde pourrir, ils auront toujours un coup d’avance.
Pourquoi les régulateurs ferment-ils les yeux ailleurs ?
Singapour, c’est un cas d’école. Parce que là-bas, les autorités ont les moyens et la volonté de coopérer. Elles ont des lois strictes, des équipes dédiées, des partenariats solides avec les géants du tech. Résultat : les escrocs savent qu’ils risquent gros s’ils s’installent trop longtemps.
Mais en Europe ? Aux États-Unis ? En Afrique ?
Là, c’est une autre histoire. Les régulateurs sont sous-financés, sous-equipés, et souvent sous l’influence des lobbies. Résultat : les plateformes comme Meta peuvent se permettre de ne pas tout faire. Elles suppriment des comptes quand ça leur chante, elles coopèrent quand ça leur arrange, et elles ferment les yeux quand ça dérange.
Prenez le cas de la France. En 2022, la DGCCRF a estimé que les arnaques sur les réseaux sociaux coûtaient près de 1,2 milliard d’euros par an aux particuliers. Pourtant, combien de comptes Meta a-t-elle supprimés en France l’an dernier ? Personne ne le sait. Parce que les chiffres ne sont pas publics. Parce que la coopération entre les régulateurs et les plateformes se fait à l’abri des regards.
Le vrai problème, c’est que Meta et les régulateurs jouent à cache-cache.
Ils savent où sont les escrocs. Ils savent comment les attraper. Mais ils préfèrent négocier des accords locaux, effacer quelques comptes pour la galerie, et laisser le reste pourrir. Parce que si tout le monde faisait son travail, les escrocs n’auraient plus où se cacher. Et ça, personne ne veut vraiment le voir.
Ce que Meta ne vous dit pas sur ses algorithmes
Meta adore parler de l’intelligence artificielle et des outils de détection automatique. « On utilise l’IA pour repérer les comptes frauduleux ! » Ouais, sauf que l’IA, ça marche… jusqu’à un certain point.
Les escrocs, eux, ils ont aussi des algorithmes. Ils utilisent des faux profils, des bots, des comptes jetables. Et Meta ? Elle les laisse tourner pendant des mois avant de daigner agir. Pourquoi ? Parce que supprimer un compte, ça coûte cher. Parce que faire des faux positifs, ça fait mauvaise presse. Parce que laisser tourner la machine, ça rapporte.
Le vrai scandale, c’est que Meta sait où sont les escrocs.
Elle a les données. Elle a les outils. Elle a les équipes. Mais elle choisit de ne pas tout faire. Parce que si elle nettoyait vraiment ses plateformes, elle perdrait des milliards en publicité. Elle perdrait des utilisateurs. Elle perdrait son image de « plateforme libre et ouverte ».
Alors au lieu de ça, elle fait semblant. Elle supprime quelques comptes à Singapour, elle sort un communiqué, et elle retourne à ses affaires. Pendant ce temps, les escrocs, eux, ils rigolent. Parce qu’ils savent que Meta ne peut pas les avoir tous. Et tant qu’elle se contente de jouer les gendarmes à mi-temps, ils continueront de frauder.
Et après ? Personne ne sait.
Meta et Singapour vont continuer leur petit ballet. Elles vont effacer des comptes, arrêter quelques escrocs, et faire semblant d’avoir gagné. Les médias vont reprendre les chiffres, les régulateurs vont lever un sourcil, et les utilisateurs ? Les utilisateurs, eux, ils continueront de se faire arnaquer.
Parce que le vrai problème, ce n’est pas les 3,7 millions de comptes supprimés.
C’est les millions d’autres qui restent. Ceux que Meta ne veut pas voir. Ceux que les régulateurs ne veulent pas traquer. Ceux qui, demain, vous coûteront votre épargne, votre identité, ou pire : votre vie.
Alors oui, 3,7 millions de comptes effacés, c’est un bon score. Mais c’est aussi un aveu : Meta et les régulateurs ne veulent pas vraiment gagner.
Ils veulent juste avoir l’air de faire quelque chose.
Et ça, les escrocs, ils le savent.
Alors la prochaine fois que vous recevrez un message suspect, demandez-vous : et si Meta savait déjà ? Et si elle avait juste décidé de ne pas vous prévenir ?