Mbujimayi lance un projet pour sauver les mères et les bébés, mais est-ce que ça suffira

À Mbujimayi, le projet « Bomoyi ya mama na muana » veut réduire la mortalité maternelle et néonatale. Un objectif louable, mais les défis sont immenses. Entre manque d’infrastructures, corruption et habitudes ancrées, le chemin s’annonce long. Et si la vraie solution n’était pas dans les projets, mais dans les actes ?

Publié le 3 septembre 2026 à 12:07
Mbujimayi lance un projet pour sauver les mères et les bébés, mais est-ce que ça suffira

450 décès pour 100 000 naissances : le chiffre qui glace le Kasaï-Oriental

C’est un nombre qui ne devrait même pas exister. 450. C’est le taux de mortalité maternelle pour 100 000 naissances au Kasaï-Oriental, selon les dernières données du ministère de la Santé congolais. Pour comparaison, en France, ce chiffre tourne autour de 8. Huit. Pas 450. Et encore, ces statistiques officielles sont probablement sous-estimées. Parce que dans les zones rurales, loin des hôpitaux, les décès ne sont même pas comptabilisés. Les femmes accouchent chez elles, avec une voisine ou une matrone. Parfois, ça se passe bien. Souvent, non.

Alors quand on entend parler du projet « Bomoyi ya mama na muana » lancé à Mbujimayi, on se dit que c’est une bonne nouvelle. Enfin. Un consortium d’ONG et d’acteurs locaux qui promet de réduire ces chiffres, d’appuyer la gratuité de la maternité décrétée par l’État en 2023. Sur le papier, tout est parfait : formations pour les sages-femmes, kits d’accouchement stériles, sensibilisation des communautés. Mais est-ce que ça va vraiment changer quelque chose ?

Parce que le problème, voyez-vous, ce n’est pas le manque de projets. C’est le manque de tout le reste.

La gratuité de la maternité, une idée géniale… sur le papier

Le Programme national de gratuité de la maternité, lancé en 2023, c’était censé être la solution. Plus de frais pour les accouchements, plus de barrières financières pour les femmes. Sauf que, comme souvent en RDC, entre la théorie et la pratique, il y a un gouffre. Un gouffre rempli de corruption, de pénuries et d’hôpitaux en ruine.

Prenez l’hôpital général de référence de Mbujimayi. Les murs sont fissurés. Les lits manquent. Les médecins, quand ils sont là, travaillent avec du matériel des années 80. Et les médicaments ? Disparus. Vendus au marché noir. Alors oui, l’État dit que la maternité est gratuite. Mais dans les faits, les femmes doivent encore payer pour les gants, les compresses, les antibiotiques. Et si elles n’ont pas l’argent ? Elles accouchent sans. Ou pire, elles n’accouchent pas du tout à l’hôpital.

Le projet « Bomoyi ya mama na muana » veut combler ces manques. Distribuer des kits, former le personnel, sensibiliser les communautés. Mais est-ce que ça suffira ? Parce que le vrai problème, c’est que le système de santé congolais est un colosse aux pieds d’argile. Un colosse qui s’effondre un peu plus chaque jour, sous le poids de la négligence et de l’indifférence.

Les sages-femmes, ces héroïnes oubliées

Elles s’appellent Jeanne, Marie, ou simplement « Mama ». Ce sont les sages-femmes de Mbujimayi. Elles travaillent dans des conditions dignes du XIXe siècle, avec des salaires de misère. Et pourtant, ce sont elles qui sauvent des vies, jour après jour. Sans reconnaissance, sans moyens, sans soutien.

Jeanne, par exemple. Elle a 42 ans et travaille à la maternité de l’hôpital général depuis 15 ans. Elle gagne 120 dollars par mois. Pas assez pour nourrir sa famille, alors elle fait des heures supplémentaires. Beaucoup d’heures. Parfois, elle doit choisir entre acheter des médicaments pour ses patientes ou payer les frais scolaires de ses enfants. Et quand une femme arrive en urgence, avec une hémorragie ou une éclampsie, elle doit improviser. Parce que l’oxygène manque. Parce que les perfusions sont périmées. Parce que l’ambulance est en panne.

Le projet « Bomoyi » promet de former ces sages-femmes, de leur donner des outils. Mais est-ce que ça changera vraiment leur quotidien ? Est-ce que ça empêchera les hôpitaux de manquer de tout ? Est-ce que ça fera taire les rumeurs qui poussent les femmes à accoucher chez elles, par peur des médecins ou des frais cachés ?

Les rumeurs, ces ennemies invisibles

Dans les villages autour de Mbujimayi, on raconte que les hôpitaux volent le sang des nouveau-nés. Qu’ils vendent les organes des mères qui meurent. Qu’ils stérilisent les femmes sans leur consentement. Ce ne sont pas juste des ragots. Ce sont des croyances ancrées, transmises de génération en génération. Et elles tuent.

Parce que quand une femme croit que l’hôpital est un lieu de mort, elle n’y va pas. Elle accouche chez elle, avec une matrone qui n’a aucune formation. Et quand les complications arrivent, et elles arrivent souvent, il est déjà trop tard. Personne ne parle de ces morts. Personne ne les compte. Parce que dans les statistiques, elles n’existent pas.

Le projet « Bomoyi » veut lutter contre ces rumeurs. Sensibiliser les communautés, former les leaders locaux, expliquer que l’hôpital peut sauver des vies. Mais est-ce que ça suffira ? Parce que les rumeurs, voyez-vous, ne meurent pas avec une campagne de communication. Elles meurent quand les gens voient, de leurs propres yeux, que les choses changent. Et pour l’instant, à Mbujimayi, elles ne changent pas.

La corruption, ce fléau qui ronge tout

On ne peut pas parler de la mortalité maternelle en RDC sans parler de corruption. Parce que c’est elle qui vide les hôpitaux de leurs médicaments. C’est elle qui fait disparaître les budgets alloués à la santé. C’est elle qui permet aux fonctionnaires de s’enrichir sur le dos des femmes qui accouchent.

Prenez les kits d’accouchement. L’État en envoie des milliers chaque année. Mais quand ils arrivent à Mbujimayi, la moitié a déjà disparu. Vendue au marché noir, ou stockée dans les entrepôts de ceux qui veulent en tirer profit. Et les femmes, elles, continuent d’accoucher sans gants, sans compresses, sans rien.

Le projet « Bomoyi » veut distribuer ses propres kits. Des kits stériles, contrôlés, gratuits. Mais est-ce que ça empêchera les vols ? Est-ce que ça empêchera les médecins de facturer des « frais de consultation » illégaux ? Est-ce que ça empêchera les fonctionnaires de détourner l’argent ?

Parce que la corruption, voyez-vous, c’est comme une maladie. Elle se propage, elle s’adapte, elle résiste. Et tant qu’elle existera, les projets comme « Bomoyi » ne seront que des pansements sur une jambe de bois.

Alors, est-ce que ça va marcher ?

Le projet « Bomoyi ya mama na muana » a de bonnes intentions. Il a des moyens, des partenaires, une feuille de route. Mais est-ce que ça suffira ? Est-ce que ça sauvera des vies ? Peut-être. Un peu. Dans les zones où le projet sera bien implanté, où les communautés seront réceptives, où les hôpitaux ne seront pas trop délabrés. Mais pour le reste ? Pour les villages reculés, pour les femmes qui n’ont pas accès à l’information, pour les hôpitaux qui manquent de tout ?

La vérité, c’est que personne ne sait. Parce que personne ne peut prédire l’impact d’un projet dans un pays où le système de santé est en lambeaux. Où la corruption est endémique. Où les rumeurs tuent autant que les maladies.

Alors oui, « Bomoyi » est une bonne nouvelle. Mais une bonne nouvelle, ce n’est pas une solution. C’est un espoir. Et l’espoir, voyez-vous, ne sauve pas des vies. Seuls les actes le font.

Et pour l’instant, à Mbujimayi, les actes se font attendre.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie