Votre jerrican d'essence va coûter plus cher, et sans garantie

Dès minuit, les automobilistes mauriciens ne pourront plus acheter d’essence en jerrican. Une mesure censée lutter contre le marché noir, mais qui laisse les conducteurs sans filet. Explications sur ce qui change vraiment, et ce que ça cache.

Publié le 15 octobre 2026 à 12:09
Votre jerrican d'essence va coûter plus cher, et sans garantie

Le jerrican, c’est fini pour les particuliers, mais pas pour les trafics parallèles

Ce soir, à minuit pile, le ministère du Commerce de Maurice tourne la page. Plus de jerricans d’essence, de diesel ou de kérosène pour les particuliers. Officiellement, c’est pour « renforcer la sécurité publique » et « limiter les risques d’incendie ou de vol ». Traduction : le gouvernement veut endiguer le marché noir, ces réservoirs qui finissent souvent dans des stations illégales ou des réseaux de revente au noir.

Sauf que. Sauf que les professionnels, eux, peuvent toujours en acheter. Sous conditions, bien sûr : justificatif d’activité, déclaration en douane, parfois même un numéro d’enregistrement. Bref, un casse-tête administratif pour ceux qui en ont vraiment besoin, et une porte de sortie pour ceux qui veulent contourner la règle.

Le problème ? Personne ne contrôle vraiment qui, derrière un faux justificatif ou un complice complaisant, ravitaille un réseau parallèle. À Port-Louis, dans les quartiers populaires, les stations-service illégales pullulent. Elles vendent du carburant à prix cassés, souvent détourné de camions-citernes ou de réservoirs volés. Et là, avec l’interdiction des jerricans pour les particuliers, le gouvernement coupe un bras… mais pas la bête.

Le marché noir, lui, ne s’est pas fait cette pub

En 2022, la Mauritius Revenue Authority (MRA) estimait que 15 % du carburant consommé sur l’île était détourné, soit l’équivalent de 120 millions de litres par an. Un chiffre qui a peut-être gonflé depuis, avec l’inflation et la hausse des prix. Les stations illégales, elles, prospèrent. À Curepipe, par exemple, des commerçants racontent se fournir auprès de « revendeurs » qui livrent en pleine nuit, à l’abri des regards. Pas besoin de jerrican : des bidons de 200 litres, cachés dans des hangars, font l’affaire.

La mesure est-elle efficace ? Pas sûr. Elle vise les petits malins qui achètent 20 litres pour revendre au noir. Mais les gros réseaux, eux, ont d’autres moyens. Des camions-citernes qui se garent en zone grise, des entrepôts sous faux noms, des complicités dans les ports. Interdire les jerricans aux particuliers, c’est comme sceller les portes d’un immeuble… alors que les voleurs passent par les fenêtres.

Les automobilistes, eux, sont les dindons de la farce

Pour le citoyen lambda, le changement est minime. Lui, il peut toujours faire le plein à la pompe. Lui, il n’a pas besoin de jerrican pour sa Clio ou son pick-up. Sauf si… Sauf s’il habite une zone rurale, où les stations sont rares, ou s’il a un véhicule ancien qui avale du carburant comme un trou noir. Dans ces cas-là, un jerrican de 20 litres, c’est la sécurité. Pas pour revendre, non : pour ne pas rester en rade au milieu de nulle part.

Le gouvernement assume-t-il ce risque ? Pas vraiment. Les autorités parlent de « solutions alternatives » pour les zones isolées, comme des points de ravitaillement itinérants. Sauf que ces points n’existent pas encore. Et quand bien même, comment faire confiance à un camion qui s’arrête au milieu de la route, avec un réservoir non étiqueté ?

Ce que cette mesure révèle : un État qui triche avec ses propres règles

Voilà le vrai scoop. Maurice encadre strictement les particuliers… mais laisse les professionnels naviguer à vue. Pourquoi ? Parce que les jerricans, c’est pratique pour les chantiers, les engins agricoles, les bateaux de pêche. Et ces secteurs, eux, ont du poids. Assez pour négocier des exemptions.

Résultat : une loi qui sent le coup de com’ plus que la vraie lutte contre le marché noir. Une loi qui donne l’impression de faire quelque chose… alors qu’elle ne fait que déplacer le problème. Les jerricans disparaîtront des étagères des supermarchés. Mais les bidons souples, eux, continueront de circuler. Et les stations illégales, elles, n’attendent qu’une chose : que les autorités baissent enfin la garde.

La vraie question : et après ?

Si cette mesure ne suffit pas, qu’est-ce qui suffira ? Fermer les yeux sur les trafics ? Augmenter les contrôles… mais sans moyens ? Ou admettre que le vrai problème, c’est un système où l’État ne maîtrise plus rien, ni les prix, ni les flux, ni les zones grises ?

Une chose est sûre : ce soir, à minuit, les automobilistes mauriciens ne seront pas les seuls à respirer. Les réseaux parallèles, eux aussi, souffleront un peu. Sauf qu’ils souffleront pour mieux reprendre leur souffle, et leur business.

La prochaine étape ? Attendre. Voir si les stations illégales se font plus discrètes… ou si elles se réinventent. Parce qu’une chose est certaine : à Maurice, quand on veut vraiment contourner la loi, on trouve toujours un moyen. Même sans jerrican.

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R Galaxie Rédaction

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