Le stage qui sent le déjà -vu
Royer, c’est l’homme qui a tenu les rênes du parti pendant des années, même quand il n’était pas officiellement à la tête. Marois, c’est la dernière cheffe à avoir cru pouvoir gagner une élection. Ensemble, ils incarnent une époque : celle où le PQ dominait la pensée souverainiste, avant que les divisions ne le fragilisent, avant que les jeunes ne lui tournent le dos, avant que Québec Solidaire ne lui vole la vedette. Leur mission aujourd’hui ? Transmettre leur expérience à une nouvelle génération de députés, pour la plupart inconnus du grand public.
Sauf que. Sauf que l’expérience, ça ne se décrète pas. Et surtout pas quand celle-ci pue le déclin. En 2018, le PQ a perdu 32 sièges sur 74. En 2022, il n’en avait plus que 10. Entre les deux, des scissions, des purges, des querelles de leadership. Le parti a survécu, mais à quoi ? À une coquille vide ? À des rituels sans enjeu ? À des discours qui ne convainquent plus personne ?
Alors oui, Royer et Marois ont de l’expérience. Mais de quelle expérience parle-t-on ? Celle d’un parti qui a gouverné, oui, mais qui a aussi perdu deux référendums. Celle d’un parti qui a cru pouvoir compter sur les syndicats, avant que ceux-ci ne lui préfèrent le gouvernement Legault. Celle d’un parti qui a vu ses idées phagocytées par le gouvernement Couillard, puis par le gouvernement François Legault.
Ce qu’on ne dit pas sur ce stage
Personne ne parle ouvertement du vrai problème : et si ces nouveaux députés n’avaient pas besoin d’être formés par le PQ, mais au-delà du PQ ? Le parti est aujourd’hui un mélange de nostalgiques, de survivants et de quelques jeunes recrues qui croient encore au projet souverainiste. Mais le projet, justement, il est où ?
En 2023, une étude de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques montrait que seulement 22 % des Québécois se disaient favorables à un référendum sur l’indépendance dans les cinq prochaines années. Un chiffre en baisse constante depuis 2015. Pendant ce temps, Québec Solidaire, qui n’a jamais caché son opposition à l’indépendance, séduit les jeunes et les urbains. Le PQ, lui, reste coincé dans son passé : un parti de vieux militants, de meetings en région, de discours sur la souveraineté qui sonnent comme un écho.
Alors quand Marois et Royer parlent de « transmission », de quoi parlent-ils vraiment ? De tactique électorale ? De gestion des dossiers à l’Assemblée ? Ou de la manière de vendre une idée qui ne fait plus rêver personne ?
Le piège de la transmission
Il y a un risque énorme dans cette opération : celui de former une nouvelle génération de députés à répéter les mêmes erreurs. À croire que le PQ peut encore gagner en misant sur le même discours, les mêmes alliances, les mêmes recettes. Sauf que le Québec a changé. Les jeunes ne votent plus comme leurs parents. Les régions ne sont plus le bastion infaillible du parti. Et l’indépendance, pour beaucoup, n’est plus une priorité.
Pourtant, le PQ mise tout sur cette transmission. Comme si le problème n’était pas le projet, mais la manière de le présenter. Comme si le problème n’était pas le déclin de l’idée souverainiste, mais le manque de communicants compétents.
Ce que personne ne demande
Une question simple : est-ce que ces nouveaux députés vont oser remettre en question ce qu’on leur enseignera ? Est-ce qu’ils vont comprendre que le PQ n’est plus le parti dominant, mais un acteur parmi d’autres ? Est-ce qu’ils vont réaliser que la souveraineté, aujourd’hui, ce n’est plus seulement une question de constitution ou d’économie, mais une question de désir collectif ?
Parce que voila le vrai défi : former des députés, oui, mais à quoi ? À gagner des élections en 2026 ? À tenir jusqu’en 2030 ? Ou à préparer le terrain pour un projet qui n’existe plus ?
Le vrai stage aurait dĂ» ĂŞtre celui-ci
Au lieu de leur apprendre comment fonctionnent les commissions parlementaires, le PQ aurait dû organiser un vrai stage sur le terrain. Pas à Montréal, pas dans les bureaux du parti, mais dans les rues, les bars, les universités. Pour entendre ce que les Québécois pensent vraiment aujourd’hui. Pour comprendre pourquoi Québec Solidaire marche là où le PQ trébuche. Pour réaliser que le souverainisme, sans projet social clair, sans réponse aux enjeux actuels, n’est plus qu’un vieux drapeau qui flotte au vent.
Mais non. On préfère leur envoyer Marois et Royer. Deux poids lourds d’un autre temps. Deux hommes qui ont cru, un jour, que le PQ était invincible.
Le dernier mot, qui ne sera pas dit
Ce stage, il ne servira à rien. Parce que le vrai problème du PQ, ce n’est pas le manque de formation. C’est le manque de projet. Et ça, ni Marois ni Royer ne pourront le résoudre.
La question n’est pas de savoir si les nouveaux députés seront bien formés. La question, c’est de savoir s’ils auront le courage de dire que le PQ, tel qu’il est aujourd’hui, n’a plus rien à leur apprendre.