GénéralLe Maroc réduit sa dépendance énergétique grâce aux renouvelables
R Galaxie Rédaction · 7 novembre 2026 à 14:04 · 4 min de lecture
Depuis 2010, les infrastructures solaires, éoliennes et hydrauliques ont fait baisser de près de 20 points la dépendance du Maroc aux combustibles fossiles importés, selon l’Agence internationale de l’énergie. Cette transition pose des questions sur son modèle économique et sa capacité à généraliser le modèle.
La transition vers les énergies renouvelables au Maroc tranche avec les stratégies historiques des pays en développement, souvent marquées par une dépendance forte aux importations de pétrole ou de gaz. Alors que le royaume maintient une croissance économique soutenue, son système électrique illustre désormais une réduction significative des risques liés aux fluctuations des prix mondiaux des énergies fossiles. Cette évolution soulève autant d’admiration que de questions sur sa pérennité et son coût pour les ménages.
Vingt points de moins en quinze ans
Les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publiées le 6 novembre 2026 confirment une avancée majeure : la part des combustibles fossiles importés dans le mix électrique marocain est tombée à 69 % en 2025, contre 89 % dans un scénario sans développement des renouvelables. Cette baisse de 20 points s’explique par l’injection massive d’électricité solaire, éolienne et hydraulique depuis 2010, année du lancement des premiers grands parcs photovoltaïes et éoliens du pays.
Le mécanisme repose sur un plan national ambitieux, combinant subventions publiques, partenariats avec des investisseurs étrangers et une régulation stricte du secteur. Cette stabilité attire les capitaux, mais elle pèse aussi sur le budget de l’État, qui doit garantir ces achats en cas de défaillance des producteurs.
Un précédent régional et ses limites
Le Maroc n’est pas le premier pays africain à parier sur les renouvelables pour réduire sa dépendance énergétique. Cependant, ces succès restent ponctuels : la plupart des autres nations du continent maintiennent une dépendance supérieure à 70 % aux importations, faute de moyens financiers ou de stabilité politique pour engager des programmes comparables.
En Europe, des pays comme l’Allemagne ou la Danemark ont réduit leur dépendance aux énergies fossiles grâce à des politiques publiques volontaristes, mais leur transition s’est accompagnée d’augmentations significatives des tarifs pour les ménages. Au Maroc, où 40 % de la population vit avec moins de 5,5 dollars par jour (Banque mondiale, 2025), cette question du coût reste un sujet sensible. Les promoteurs des renouvelables soulignent que les économies réalisées sur les importations de gaz ou de charbon pourraient rééquilibrer les comptes, mais les opposants au modèle actuel craignent une hausse des factures d’électricité si les tarifs réglementés ne sont pas indexés sur les coûts réels.
Qui paie la transition ?
Le financement des infrastructures renouvelables repose sur un mix de sources : fonds publics, prêts internationaux (notamment de la Banque africaine de développement et de la Banque mondiale), et investissements privés.
Pour l’instant, les surcoûts sont absorbés par le budget général, mais cette situation n’est pas durable. Les experts s’accordent à dire que sans réforme des tarifs ou nouvelles recettes fiscales, le modèle pourrait devenir insoutenable d’ici 2030. Certains proposent d’instaurer une taxe carbone sur les importations de produits énergétiques, tandis que d’autres prônent une hausse progressive des prix pour les ménages aisés, couplée à des aides ciblées.
Une couverture record, mais des défis persistants
Si les renouvelables couvrent désormais près de 70 % de la demande électrique additionnelle depuis 2015, leur intégration au réseau pose encore des problèmes techniques. Le Maroc, comme d’autres pays, doit faire face à l’intermittence des sources solaires et éoliennes, qui nécessitent des solutions de stockage ou des capacités de production de secours.
Pour y remédier, Rabat mise sur l’hydrogène vert et sur des batteries géantes, mais ces technologies restent coûteuses et peu matures à grande échelle. Par ailleurs, l’extension du réseau électrique vers les zones rurales, où plus de 2 millions de foyers restent non raccordés, constitue un autre défi majeur. Les programmes de mini-réseaux solaires décentralisés se multiplient, mais leur déploiement dépend largement des financements disponibles.
Et après ? Les questions qui restent ouvertes
Plusieurs incertitudes persistent quant à l’avenir du modèle marocain. La première concerne sa reproductibilité : les conditions climatiques et géographiques du Maroc (ensoleillement élevé, vents réguliers) ne sont pas celles de tous les pays. Une seconde interrogation porte sur l’équilibre économique : si les renouvelables réduisent la facture des importations, elles pourraient aussi limiter les revenus des exportations d’électricité, comme celles vers l’Europe via les câbles sous-marins.
Enfin, la transition énergétique ne se limite pas à l’électricité. Sans stratégie complémentaire pour décarboner ces secteurs, les gains réalisés sur le front électrique pourraient être partiellement annulés.
Un exemple à suivre, mais pas une solution miracle
Le cas marocain démontre qu’une transition accélérée vers les renouvelables est possible, même dans un pays en développement. Elle montre aussi que cette voie n’est ni linéaire ni exempte de tensions. Pour les autres nations africaines, le modèle offre une feuille de route, mais son succès dépendra de leur capacité à mobiliser des financements, à adapter les infrastructures et à anticiper les coûts sociaux d’une telle mutation.
Reste à savoir si le Maroc parviendra à concilier autonomie énergétique et équité sociale, un équilibre que peu de pays ont réussi à tenir jusqu’ici.
Photo : Maine School of Science and Mathematics, domaine public, via Openverse.
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