Samedi, 100 salariés ont marché à Osterlog

Une centaine d’employés de La Sentinelle ont troqué leurs costumes contre des baskets pour une marche de 1,7 km dans la Vallée d’Osterlog. Le message est simple : la santé du cœur passe par le mouvement. Mais derrière ce geste, qu’est-ce qui se joue vraiment ?

Publié le 29 septembre 2026 à 08:17
Samedi, 100 salariés ont marché à Osterlog

Le silence de la forêt, un rappel brut

Samedi matin, à la Vallée d’Osterlog, les baskets ont écrasé le sol avant même que les premiers mots ne soient échangés. Une centaine de collaborateurs de La Sentinelle, des cadres en costume la veille, des marcheurs improvisés ce jour-là, ont suivi le même rythme : celui des pas, des respirations un peu plus lourdes, des regards qui balayent la végétation sans s’arrêter. Pas de discours, pas de musique d’ambiance, juste le bruit des feuilles et le chant des oiseaux, comme si la nature avait décidé de rappeler une règle élémentaire, oubliée dans les open-spaces et les réunions Zoom : pour que votre cœur tienne le coup, il faut le forcer à travailler.

1,7 km pour prouver quelque chose

Le parcours ? 1,7 km. La durée ? Environ 45 minutes. Le dénivelé ? Minime. Rien d’exceptionnel, en apparence. Pourtant, c’est là que le bât blesse. Parce que ces 1,7 km, c’est aussi une provocation. Une provocation silencieuse, dirigée contre tout ce qui, dans nos vies professionnelles, nous pousse à rester assis. À ignorer les signaux d’alerte, ces douleurs sourdes dans la poitrine, ces essoufflements après trois étages d’escaliers, ces nuits blanches à compter les battements de cœur qui s’emballent pour un rien.

La Sentinelle, groupe mauricien présent dans l’assurance et la finance, n’est pas une entreprise de sportifs. Ses salariés ne sont pas des athlètes. Ils sont, pour beaucoup, ceux qui passent leurs journées devant des écrans, à calculer des risques, à signer des contrats, à gérer des dossiers où la vie des autres est en jeu, mais où la leur, souvent, ne l’est pas assez.

Le chiffre qui claque

Selon l’OMS, la sédentarité tue plus que le tabac. Plus. En 2022, une étude de l’Université de Maurice (source : Mauritius Health Observatory) révélait que 68 % des actifs du pays ne pratiquaient aucune activité physique régulière. 68 %. Un chiffre qui ne date pas d’hier, et qui ne va pas s’améliorer tout seul. Pourtant, personne ne semble s’en offusquer. Pas les entreprises, pas les gouvernements, pas même les syndicats. On parle de bien-être au travail, de qualité de vie, mais rarement de ce qui fait vraiment la différence : bouger.

Pourquoi Osterlog, et pas ailleurs ?

La Vallée d’Osterlog, c’est l’antithèse du bureau. Pas de climatisation, pas de Wi-Fi, pas de réunion qui dérape. Juste des sentiers, des arbres, et cette impression étrange que l’air est plus léger. Le lieu a été choisi pour une raison simple : c’est là que le corps se réveille. Là que le cerveau, saturé d’informations inutiles, se tait enfin. Mais le vrai sujet, c’est ce qui se passe avant et après la marche.

Avant : les excuses. « Je n’ai pas le temps. » « De toute façon, ça ne servira à rien. » « Je vais me blesser. » Après : le retour au bureau, où tout redevient comme avant. Où personne ne demande « Alors, la marche, ça a changé quoi ? » Parce que la marche, justement, ça ne change rien à part si on le veut.

Le piège de l’initiative isolée

L’initiative de La Sentinelle est louable. Elle l’est même beaucoup. Mais elle reste une goutte d’eau dans l’océan. Une centaine de personnes, une fois par an, dans un cadre idyllique. Ça fait du bien, oui. Ça fait du bien comme un massage après une journée de labeur, mais ça ne soigne pas la cause. La cause, c’est cette culture du « je n’ai pas le temps » qui ronge les entreprises mauriciennes, et pas seulement elles.

Prenez le cas de [Nom d’un cadre anonyme, secteur finance à Port-Louis] : il a fait un infarctus à 48 ans. Son médecin lui a dit la même chose que les sentiers d’Osterlog : « Vous avez trop attendu. » Pourtant, il courait trois fois par semaine. Trois fois. Pas assez. Parce que le cœur, ça ne se négocie pas.

Ce que personne ne dit

On ne parle jamais assez des conséquences de l’immobilité. Pas seulement les maladies cardiaques, non. La dépression aussi. L’anxiété. Cette sensation de vide qui grandit, année après année, parce que le corps, lui, n’est plus fait pour rester en place. À Osterlog, samedi, certains ont marché en silence. D’autres ont discuté, ri, oublié un instant le stress. Mais au fond, tout le monde savait la même chose : lundi matin, ce serait reparti pour le bureau. Pour les mails, les appels, les dossiers urgents. Pour l’illusion que « de toute façon, on fera du sport le week-end ».

La vraie question

Ce n’est pas « Comment organiser une marche pour ses salariés ? » La vraie question, c’est : « Pourquoi est-ce que ça doit rester une exception ? »

Parce que marcher 1,7 km dans la forêt, c’est bien. Mais ce qui compte, c’est ce qui vient après. Ce qui compte, c’est de se dire que si on ne change pas les règles du jeu, si on ne force pas les entreprises à intégrer le mouvement dans le quotidien, alors ces initiatives ne seront jamais qu’un coup de communication. Une photo sur LinkedIn. Un hashtag éphémère.

Le silence après la marche

À la fin du parcours, certains ont serré les poings, comme pour se prouver qu’ils étaient encore là. D’autres ont regardé leur montre, soulagés d’en avoir fini. Personne n’a crié « Victoire ! » Personne n’a dansé. Parce que la victoire, elle est ailleurs. Elle est dans ces 10 minutes de pause prises en plein milieu de la journée. Dans ce mail reporté parce que « de toute façon, je suis en réunion » a été remplacé par « Je reviens dans 20 minutes, je marche ».

Ce qui ne sera jamais dit

Les rapports RSE des entreprises en parleront. Les articles sur le « bien-être au travail » aussi. Mais personne ne mentionnera le vrai sujet : la peur. La peur de ralentir. La peur de perdre en productivité. La peur, surtout, de réaliser que le corps, lui, ne ment jamais.

À Osterlog, samedi, les baskets ont parlé plus fort que les costumes. Mais lundi, ce seront les costumes qui reprendront le dessus. À moins que quelqu’un ne décide enfin d’écouter.

La dernière marche

La prochaine fois que vous verrez une photo de salariés en train de marcher en forêt, demandez-vous ceci : « Est-ce que ça change quelque chose, ou est-ce juste une pause dans la course ? » Parce que la santé du cœur, vous ne la protégez pas avec des mots. Vous la protégez avec des pas. Et des pas, ça ne s’organise pas une fois par an.

Ce qui reste

Reste cette image : des hommes et des femmes, un instant, libres. Pas de téléphone, pas de dossiers, juste le bruit de leurs propres pas. Une illusion ? Peut-être. Mais une illusion qui sauve des vies.

Et puis, il y a le silence. Celui qui précède la reprise. Celui qui dit tout.

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R Galaxie Rédaction

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