Le camion arrive toujours trop tard pour certaines femmes.
Pas besoin d’attendre les 10h du matin devant le centre de dépistage de Fos-sur-Mer. Depuis quelques mois, un camion blanc, garé en bordure de zone industrielle, propose des mammographies gratuites. Pas de rendez-vous, pas de liste d’attente, juste une machine et une technicienne. L’idée ? Attraper celles que le système a laissées tomber. Celles qui habitent trop loin, qui n’ont pas les moyens de prendre un congé, ou simplement celles qui n’ont jamais eu le réflexe d’y aller.
Pourtant, même ici, à quelques kilomètres de Marseille, le dépistage reste un parcours du combattant. Selon l’Assurance Maladie, seulement 52 % des femmes de 50 à 74 ans ont fait leur examen en 2022. Un chiffre en baisse depuis 2019. Et dans les zones rurales ou périurbaines ? On frôle souvent les 40 %. Le camion de Fos-sur-Mer, c’est une réponse. Mais une réponse partielle. Parce que le vrai problème, c’est que personne ne sait vraiment où sont les déserts médicaux.
Un camion, mais pas de carte
On connaît les hôpitaux saturés, les médecins qui partent à la retraite sans remplaçant. On parle des déserts médicaux comme d’une évidence. Pourtant, la France n’a jamais établi de liste officielle des zones sous-dotées en dépistage du cancer du sein. Pas de carte, pas de données précises, juste des estimations basées sur des taux de participation globaux. Résultat : les initiatives comme celle de Fos-sur-Mer se multiplient, mais sans coordination, sans stratégie globale.
Pire : certaines régions envoient des camions là où le besoin est faible, pendant que d’autres zones, bien plus critiques, restent à l’abandon. À titre d’exemple, dans le Nord-Pas-de-Calais, où les taux de dépistage sont parmi les plus bas de France, les dispositifs mobiles sont rares. Pourtant, c’est là que les inégalités sociales pèsent le plus sur la santé. Une étude de la DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques) montre que les femmes des quartiers prioritaires font 20 % de mammographies en moins que la moyenne nationale.
Alors oui, le camion de Fos-sur-Mer, c’est une bonne idée. Mais c’est aussi un pansement sur une jambe de bois. Sans données fiables, sans volonté politique de cartographier les vrais besoins, ces dispositifs restent des solutions ponctuelles, pas une réponse structurelle.
Le business du dépistage
Derrière les belles intentions, il y a aussi une question d’argent. Les mammographies mobiles coûtent cher : entre 15 000 et 25 000 euros par intervention, selon les prestataires. Qui paie ? Les collectivités locales, quand elles peuvent. Les mutuelles, parfois. Mais rarement l’État, qui préfère financer des campagnes de communication (