La Mammobile passe à Roquecourbe, mais les femmes des Hautes Terres d’Oc restent en retard

La Mammobile débarque enfin dans les Hautes Terres d’Oc, mais les chiffres du dépistage du cancer du sein y sont toujours parmi les plus bas de l’Occitanie. Pourquoi cette zone rurale reste-t-elle à la traîne, et que cache cette nouvelle tournée ?

Publié le 25 septembre 2026 à 18:20
La Mammobile passe à Roquecourbe, mais les femmes des Hautes Terres d’Oc restent en retard

Un bus, trois communes, et une question : et après ?

La Mammobile arrive à Roquecourbe le 15 octobre. Trois jours. Trois communes des Hautes Terres d’Oc : Roquecourbe, Saint-Geniès-de-Varensal et Saint-Juéry. Un bus équipé pour des mammographies, des échographies, des conseils. Rien de révolutionnaire. Juste une solution qui existe depuis 2008, et qui, pour la première fois, fait escale ici.

Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2022, le taux de participation au dépistage organisé du cancer du sein dans l’Aude était de 61,3 %, contre 68,5 % en moyenne en Occitanie. Les Hautes Terres d’Oc, zone rurale et isolée, traînent systématiquement la patte. À Roquecourbe, on est à 58 %. Moins d’une femme sur deux se fait dépister à temps.

Pourquoi ? Parce qu’un bus qui passe trois jours par an, ce n’est pas une solution. C’est un pansement.

Le dépistage, c’est comme le médecin traitant : si vous n’en avez pas, vous n’y allez pas

À Roquecourbe, comme dans beaucoup de petites villes du Sud-Ouest, les femmes n’ont pas l’habitude d’aller se faire dépister. Pas par méconnaissance. Pas par peur. Mais par habitude. Parce que le chemin est long, parce que les créneaux sont rares, parce que le médecin généraliste, lui, est souvent le premier rempart, et qu’il ne prescrit pas toujours le dépistage.

Prenez Marie-Claude, 52 ans, habitante de Saint-Geniès-de-Varensal. Elle n’a jamais fait de mammographie. « Mon médecin m’a dit que c’était inutile avant 50 ans. Et après, bon… j’ai toujours eu peur. » Elle sait que la Mammobile passe. « Mais trois jours, c’est rien. Si je tombe malade entre-temps ? »

Le problème, c’est que le dépistage organisé ne suffit pas. Il faut un maillage de professionnels de santé, des créneaux fixes, une vraie politique de prévention. Pas un bus qui débarque comme un miracle et repart sans laisser de trace.

Et puis, il y a le coût. Même si le dépistage est gratuit, se déplacer, s’absenter du travail, gérer les enfants… Pour une femme qui vit à 30 minutes du centre le plus proche, c’est un parcours du combattant.

La Mammobile, un leurre pour les zones désertées ?

La Mammobile, c’est l’outil de dépistage mobile du Cancer Rose, une association qui dépend du département. Elle a été créée pour pallier l’absence de structures fixes dans les zones rurales. Sauf que, depuis 15 ans, elle ne fait que colmater les brèches.

En 2023, elle a sillonné l’Occitanie 120 jours. 120 jours pour 1,3 million de femmes concernées. Soit moins de 3 jours par département en moyenne. À Roquecourbe, trois jours tous les deux ans, si on a de la chance.

« C’est une bonne initiative, mais ça ne change rien à la structure globale », estime le Dr Laurent Vidal, gynécologue à Carcassonne. « Le vrai problème, c’est l’accès aux soins. Si vous n’avez pas de médecin à moins d’une heure, si vous n’avez pas de transports, si vous n’avez pas les moyens de vous absenter, le dépistage reste un luxe. »

Et puis, il y a l’effet d’annonce. La Mammobile arrive, les médias en parlent, les femmes savent qu’elles peuvent se faire dépister. Mais après ? Quand le bus est parti, que reste-t-il ?

Ce que les chiffres ne disent pas

En 2021, 12 000 femmes ont été diagnostiquées avec un cancer du sein en Occitanie. 1 200 en sont mortes. Les Hautes Terres d’Oc ne représentent qu’une petite partie de ces chiffres, mais elles concentrent les facteurs de risque : vieillissement de la population, précarité, isolement.

Pourtant, personne ne s’en émeut vraiment. Ni les politiques, ni les associations, ni même les professionnels de santé. « On sait que c’est un problème, mais on n’a pas les moyens d’agir autrement », reconnaît une infirmière de santé publique à Toulouse.

La Mammobile, c’est l’illusion de l’action. Ça fait du bien de voir un bus arriver, ça donne l’impression que quelque chose bouge. Mais en réalité, ça ne fait que masquer l’échec d’une politique de santé publique qui laisserait tomber les zones rurales.

Et après le bus ?

Alors, que faire ?

  1. Arrêter de compter sur la Mammobile comme solution miracle. Trois jours par an, c’est une blague. Il faudrait un centre de dépistage fixe à Roquecourbe, avec des créneaux réguliers, des horaires adaptés, des tarifs accessibles.

  2. Former les médecins généralistes à mieux prescrire le dépistage. Beaucoup de femmes comme Marie-Claude n’y vont pas parce qu’on ne leur en parle pas. Un simple « Passez-vous faire une mammographie ? » dans le cabinet du médecin pourrait sauver des vies.

  3. Lutter contre l’isolement. Transports gratuits pour les femmes qui viennent se faire dépister. Télémédecine pour celles qui ne peuvent pas se déplacer. La prévention ne peut pas être un privilège.

  4. Arrêter de mentir aux femmes. Leur dire que « ça ne fait pas mal », « c’est rapide », « c’est gratuit ». Leur dire aussi que si elles attendent trois ans pour se faire dépister, elles risquent de rater la détection précoce.

La Mammobile passe à Roquecourbe. C’est une bonne nouvelle. Mais ce n’est qu’un début. Et si rien ne change après, les chiffres continueront de baisser. Et les femmes, elles, continueront de mourir en silence.

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R Galaxie Rédaction

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