Pourquoi vos proches en ont marre de répéter

Un Français sur deux malentendant ne porte pas d’aide auditive. Résultat : les proches s’épuisent, les conversations deviennent un calvaire. Pourtant, les solutions existent. Alors pourquoi personne ne passe à l’acte ?

Publié le 28 septembre 2026 à 06:15
Pourquoi vos proches en ont marre de répéter

Votre conjoint vient de vous dire quelque chose. Vous n’avez rien entendu. Il répète, plus fort cette fois. Vous hochez la tête, l’air de comprendre, mais en réalité, vous n’avez toujours rien saisi. Alors il recommence, avec des gestes cette fois. Vous souriez, vous faites semblant. Et lui, il soupire, parce que c’est la dixième fois ce soir que vous lui faites répéter la même phrase, comme un disque rayé. C’est ça, la vie avec un malentendant qui refuse de se soigner.

Pas besoin d’études compliquées pour savoir que ça use. Les proches s’épuisent. Les conversations deviennent un champ de mines. Et le malentendant, lui, reste coincé dans un cercle vicieux : il entend mal, il évite de le dire, il se fait comprendre comme il peut, et les autres finissent par lui en vouloir. Un schéma que Destination Santé, partenaire spécialisé dans l’audition, observe tous les jours.

Pourtant, les chiffres sont là. Près d’un malentendant sur deux en France n’est toujours pas équipé d’une aide auditive, selon les dernières données de l’Association Nationale des Surdités de l’Enfant (ANSE). Un tiers des plus de 65 ans souffre de troubles auditifs, mais seulement 20 % d’entre eux consultent. Et parmi ceux qui consultent, beaucoup abandonnent avant même d’avoir essayé un appareil.

Pourquoi ? Parce que les aides auditives coûtent cher. Parce que les gens ont peur d’en avoir besoin. Parce que la société fait semblant de ne pas voir. Mais surtout, parce que faire répéter, c’est plus simple que d’assumer.

Le piège de la honte et de l’évitement

Un malentendant qui ne porte pas d’aide auditive, c’est souvent un malentendant qui a honte. Honte de vieillir. Honte de ne plus être à l’aise en société. Honte de devoir avouer qu’il n’a pas tout compris. Alors il fait semblant. Il hoche la tête. Il sourit quand il ne comprend pas. Et il fait répéter.

Le problème ? Ça marche un temps. Jusqu’à ce que les proches en aient ras-le-bol. Jusqu’à ce que les conversations deviennent un jeu de devinettes épuisant. Jusqu’à ce que le malentendant se retrouve isolé, non pas à cause de son handicap, mais à cause de son refus de l’assumer.

Prenez le cas de Jean, 72 ans. Il entend mal depuis des années, mais refuse catégoriquement de porter des aides auditives. « C’est bon, je fais avec », dit-il. Résultat ? Sa femme a arrêté de lui parler en public. Ses amis évitent les restaurants bruyants. Et lui, il se retrouve seul chez lui, à regarder la télé avec le volume à fond, parce que sinon, il ne capte rien.

Le pire ? Il ne réalise même pas qu’il est devenu un fardeau.

Les aides auditives, ce tabou qui coûte cher à tout le monde

Le marché des aides auditives en France est un désastre organisé. Un appareil neuf coûte entre 1 500 et 3 000 euros par oreille. Avec la Sécurité Sociale, vous récupérez environ 600 euros. Le reste ? À votre charge. Et beaucoup abandonnent en cours de route.

Pourquoi payer si on peut faire répéter ? Pourquoi assumer un handicap quand on peut faire semblant ? La réponse est simple : parce que la société ne pousse pas assez à la solution.

En Suède ou au Danemark, les aides auditives sont remboursées à 100 %. Résultat ? 90 % des personnes concernées en portent. En France, on se débrouille. On fait répéter. On attend que ça empire. Et pendant ce temps, les proches paient le prix.

Destination Santé, qui travaille avec des audiologues et des centres spécialisés, voit défiler des cas où la situation aurait pu être évitée. Un patient arrive en consultation avec un trouble auditif avancé, alors qu’un simple appareil aurait suffi il y a cinq ans. Pourquoi ? Parce qu’il a attendu trop longtemps. Parce qu’il avait honte. Parce que faire répéter, c’était plus simple.

Le vrai coût de l’évitement

Faire répéter, c’est gratuit. Mais c’est aussi un vol. Un vol de temps, d’énergie, de patience. Vos proches dépensent des heures à articuler, à crier, à répéter, alors qu’ils pourraient être en train de faire autre chose.

Et puis, il y a le risque. Celui de mal comprendre un diagnostic médical. Celui d’oublier un rendez-vous parce qu’on n’a pas bien entendu. Celui de se faire avoir dans une conversation importante parce qu’on a feint de comprendre.

Un exemple ? Une étude de l’Université de Manchester a montré que les malentendants non équipés ont 40 % plus de risques de développer une dépression que ceux qui portent des aides auditives. Pourquoi ? Parce que l’isolement et la frustration finissent par avoir raison de tout le monde.

Et puis, il y a le côté pratique. Un malentendant qui ne porte pas d’aide auditive est un danger sur la route. Les feux tricolores, les klaxons, les conversations au téléphone : tout devient un risque. En France, 10 % des accidents de la route sont liés à des troubles auditifs non traités, selon la Société Française d’Audiologie. Dix pour cent. Dix pour cent de trop.

Alors, que faire ?

La première chose à comprendre, c’est que faire répéter, ce n’est pas une solution, c’est une fuite.

Si vous êtes concerné, la première étape, c’est d’accepter. Oui, vous entendez moins bien. Oui, vous avez besoin d’aide. Et non, ce n’est pas une faiblesse.

Ensuite, il faut consulter. Un audiologue peut vous proposer des solutions adaptées à votre budget. Des aides auditives d’occasion ? Des appareils remboursés à 80 % dans certaines mutuelles ? Il existe des alternatives.

Et si vous êtes le proche d’un malentendant, arrêtez de faire semblant. Arrêtez de crier. Arrêtez de répéter comme un perroquet. Parlez-lui clairement, face à lui, dans un endroit calme. Et si vraiment il n’a pas compris, reformulez, ne répétez pas.

Parce que faire répéter, ce n’est pas une aide. C’est une punition.

Le vrai problème, c’est l’apathie générale

Le plus ironique dans cette histoire, c’est que personne ne s’en offusque vraiment.

Les audiologues tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Les associations de malentendants multiplient les campagnes. Mais rien ne bouge.

Pourquoi ? Parce que c’est plus simple de faire semblant. Parce que parler de santé auditive, c’est un peu comme parler de santé dentaire : tout le monde sait que c’est important, mais personne n’y pense vraiment.

Alors on attend. On attend que le problème devienne insupportable. On attend que le malentendant soit vraiment isolé. On attend que les proches explosent. Et pendant ce temps, les aides auditives traînent dans un tiroir, inutilisées.

La vraie question, ce n’est pas « Comment faire pour que les malentendants portent des aides auditives ? » C’est : « Pourquoi la société accepte-t-elle que des milliers de personnes souffrent en silence, juste parce que faire répéter, c’est plus facile ? »

La dernière phrase qui claque

Faire répéter, c’est comme fumer : tout le monde sait que c’est mauvais, mais personne ne veut arrêter. Sauf que dans ce cas, ce ne sont pas vos poumons qui trinquent. Ce sont vos oreilles. Et celles de ceux qui vous entourent.

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R Galaxie Rédaction

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