La Société française de cardiologie minimise les risques cardiaques chez les femmes

Les femmes meurent plus souvent des maladies cardiaques que du cancer du sein. Pourtant, leurs symptômes sont ignorés, leurs facteurs de risque banalisés. Pourquoi les médecins les prennent-ils moins au sérieux ? Et à quel moment de leur vie faut-il vraiment s’inquiéter ?

Publié le 1 octobre 2026 à 22:10
La Société française de cardiologie minimise les risques cardiaques chez les femmes

Le chiffre que les cardiologues évitent de citer en consultation

En France, 1 femme sur 5 meurt d’une maladie cardiovasculaire avant 65 ans. Le cancer du sein, lui, tue 1 femme sur 32 dans la même tranche d’âge. Pourtant, quand une patiente évoque une douleur dans la mâchoire ou un essoufflement anormal, les médecins prescrivent d’abord un antidépresseur ou un antiacide. Pourquoi ? Parce que les études cliniques historiques ont été faites sur des hommes. Leurs symptômes ? Douleurs thoraciques nettes, sueurs froides, bras gauche engourdi. Les femmes, elles, ont des signes flous, trompeurs. Et les médecins, formés sur des schémas masculins, les sous-estiment.

Ceulemans cite l’exemple d’une patiente de 48 ans, cadre stressée, arrivée aux urgences avec une douleur à l’épaule gauche. Le diagnostic initial : tendinite. Trois heures plus tard, son électrocardiogramme montrait un infarctus en cours. « Elle a eu de la chance, résume la cardiologue. Beaucoup moins que les hommes. »

Le piège ? Les femmes attendent plus longtemps avant d’appeler les secours. Une étude de l’Inserm (2021) montre qu’elles mettent en moyenne 2h30 de plus que les hommes à consulter après les premiers symptômes. Résultat : leur pronostic est pire. Pourtant, les campagnes de prévention ciblent surtout les hommes. Les affiches « Stop au tabac » ? Des fumeurs en costard. Les spots radio sur l’hypertension ? Des voix graves, des images de crises cardiaques viriles. Comme si le cœur des femmes ne battait pas la même musique.

Et le pire ? Les femmes elles-mêmes minimisent les signes. « Elles pensent que c’est normal de se sentir fatiguées après la ménopause, ou que les bouffées de chaleur sont sans danger », observe Ceulemans. Pourtant, la ménopause est un facteur de risque majeur, souvent ignoré. Les œstrogènes, qui protègent les artères, chutent brutalement. Sans traitement hormonal, le risque d’infarctus double en 5 ans.

Le détail qui cloche : les femmes cardiaques sont plus souvent diagnostiquées avec un trouble anxieux avant leur crise. Une étude américaine (Journal of the American Heart Association, 2020) a analysé 1 200 dossiers : 42 % des femmes avaient un antécédent de dépression ou d’angoisse, contre 28 % des hommes. Pourquoi ? Parce que leurs symptômes (nausées, vertiges, oppression thoracique sourde) ressemblent à ceux d’une crise de panique. Sauf que non. C’est souvent un infarctus.

La question qui tue : si les médecins savaient mieux repérer ces signes, combien de vies pourraient être sauvées ? En Suède, un programme de formation spécifique aux symptômes féminins a réduit la mortalité cardiaque chez les femmes de 23 % en 3 ans (étude publiée dans European Heart Journal, 2019). En France ? Rien. « On attend qu’une patiente fasse un arrêt cardiaque dans le métro pour réagir », lance Ceulemans. Pourtant, les outils existent. Il suffit de les utiliser.

Pourquoi les femmes cardiaques sont-elles les grandes oubliées des études ?

Historiquement, les essais cliniques sur les médicaments cardiaques excluaient les femmes. Jusqu’aux années 1990, elles étaient considérées comme « trop complexes » à étudier à cause de leurs cycles hormonaux. Résultat : les dosages des traitements (comme l’aspirine ou les bêta-bloquants) ont été calculés pour des hommes de 50 ans, pesant 70 kg. Or, une femme de même âge et même poids métabolise ces molécules différemment.

Prenez le stent coronaire : chez les hommes, son efficacité est prouvée. Chez les femmes ? Les données manquent. Une méta-analyse de The Lancet (2018) a révélé que seulement 27 % des essais cardiaques incluaient un échantillon équilibré de femmes. Les autres ? Des hommes à 70 %. « On a testé des médicaments sur des corps qui ne sont pas les vôtres, et on vous les prescrit quand même », résume Ceulemans, agacée. Le scandale ? Personne ne s’en offusque.

L’exemple le plus criant : le traitement par statines. Chez les hommes, elles réduisent les risques d’infarctus de 25 %. Chez les femmes ? L’effet est divisé par deux. Pourtant, les ordonnances ne le précisent presque jamais. Pourquoi ? Parce que les laboratoires pharmaceutiques ont moins investi dans des études sur les femmes. Moins de rentabilité perçue, moins de pression. « C’est un cercle vicieux, analyse la cardiologue. On ne les étudie pas assez, donc on ne sait pas assez, donc on les traite moins bien. »

Le paradoxe : les femmes vivent plus longtemps que les hommes. Logique ? Non. Parce qu’elles développent des maladies cardiaques plus tard, mais avec des formes plus agressives. Un infarctus chez une femme de 60 ans a 30 % de chances en plus d’être fatal que chez un homme du même âge (données de la Haute Autorité de Santé, 2022). Pourtant, les protocoles de réanimation ne sont pas adaptés. « On utilise les mêmes seuils de douleur pour déclencher une coronarographie, explique Ceulemans. Sauf que les femmes supportent la douleur différemment. Elles attendent, et quand elles arrivent, c’est souvent trop tard. »

La période la plus dangereuse ? La grossesse. Une femme qui a eu une prééclampsie (hypertension gravidique) a un risque multiplié par 2,5 de faire un infarctus avant 60 ans. Pourtant, 80 % des gynécologues ne vérifient pas sa tension artérielle après l’accouchement. « On leur dit : “Tout va bien, félicitations”, et on les laisse partir avec un risque majoré », dénonce la cardiologue. Un rapport de la Société française de cardiologie (2021) alertait sur ce silence médical. Rien n’a changé.

Ce qui change (un peu) après 50 ans

À 50 ans, le corps d’une femme bascule. Les œstrogènes s’effondrent, le cholestérol LDL (le « mauvais ») grimpe, et les artères deviennent plus fragiles. C’est le moment où les risques explosent. Pourtant, c’est aussi celui où les femmes arrêtent de se faire suivre. Pourquoi ? Parce qu’elles croient avoir « survécu » à la ménopause. Erreur.

Le premier signe à ne pas ignorer : une fatigue persistante, même après une bonne nuit de sommeil. Ce n’est pas de la déprime, c’est un symptôme d’ischémie silencieuse (un manque d’oxygène au cœur) chez 60 % des femmes concernées. « Elles disent : “Je suis épuisée, c’est normal à mon âge.” Non. Ce n’est pas normal », martèle Ceulemans. Une IRM cardiaque ou une échographie peut détecter le problème avant qu’il ne soit trop tard.

L’autre piège : l’ostéoporose. Oui, c’est une maladie osseuse. Mais elle augmente aussi le risque cardiaque. Pourquoi ? Parce que le calcium qui s’échappe des os se dépose sur les parois artérielles, durcissant les vaisseaux. Une étude de l’INSERM (2020) a montré que les femmes ménopausées traitées pour ostéoporose avaient 18 % de risques en moins d’infarctus. Pourtant, seulement 30 % d’entre elles suivent un traitement.

Le facteur le plus sous-estimé : le diabète de type 2. Chez les femmes, il est souvent diagnostiqué 5 ans plus tard que chez les hommes, parce que les symptômes (soif, mictions fréquentes) sont attribués à la ménopause. Or, un diabète non contrôlé multiplie par 4 le risque d’infarctus. « On leur dit : “C’est du stress, ça va passer.” Pendant ce temps, leurs artères se bouchent », explique Ceulemans. Un dépistage systématique après 50 ans sauverait des milliers de vies.

La bonne nouvelle (oui, il y en a une) : les femmes qui font du sport régulier (même de la marche rapide) réduisent leur risque cardiaque de 30 %, contre 20 % pour les hommes. Pourquoi ? Parce que l’exercice compense la chute des œstrogènes. Mais seulement 1 femme sur 3 en France fait l’activité physique recommandée (2h30 par semaine).

Le détail qui fait la différence : les femmes qui prennent une pilule contraceptive à base d’œstrogènes (et pas de progestatifs seuls) ont 10 % de risques en moins de maladies cardiaques après 50 ans. Mais 90 % des médecins ne le savent pas. Pire : beaucoup déconseillent ces pilules par peur des thromboses, sans expliquer que le risque est inférieur à celui d’un infarctus.

Le moment où tout bascule : la ménopause, ce terrain miné

La ménopause n’est pas une phase de transition. C’est un champ de mines cardiovasculaires. Les œstrogènes ne protègent pas seulement le cœur : ils fluidifient le sang, réduisent l’inflammation des artères et améliorent l’élasticité des vaisseaux. Quand ils disparaissent, le corps d’une femme devient aussi vulnérable qu’un homme de 70 ans.

Le chiffre qui fait froid dans le dos : dans les 5 premières années après la ménopause, le risque d’infarctus double. Pourtant, aucune campagne de prévention ne cible cette période. Pourquoi ? Parce que les femmes sont considérées comme « trop âgées » pour les campagnes jeunes, et « trop jeunes » pour les campagnes seniors. Elles tombent entre les mailles.

Les symptômes à prendre au sérieux (même si on vous dit que c’est « normal ») :

  • Une douleur Ă  l’estomac qui irradie dans le dos (signe d’infarctus chez 40 % des femmes, contre 15 % des hommes).
  • Un essoufflement anormal lors d’efforts lĂ©gers (monter un Ă©tage, porter ses courses).
  • Des nausĂ©es ou des sueurs froides sans raison apparente.
  • Une fatigue qui ne part pas, mĂŞme après des vacances.
  • Des engourdissements dans les bras ou la mâchoire, surtout Ă  gauche.

Le piège des médicaments : les femmes ménopausées prennent plus d’anti-inflammatoires (ibuprofène, cortisone) que les hommes. Or, ces traitements masquent les symptômes cardiaques et aggravent l’hypertension. Résultat : on diagnostique trop tard. Une étude de l’Assurance Maladie (2021) a révélé que 35 % des femmes hospitalisées pour infarctus prenaient régulièrement des anti-inflammatoires avant leur crise.

La solution qui existe, mais qu’on ne propose presque jamais : un bilan cardiovasculaire complet à 50 ans, avec dosage du cholestérol détailé (LDL, HDL, triglycérides), une mesure de la pression artérielle sur 24h, et un test de stress cardiaque (échographie ou coronarographie si nécessaire). « On devrait l’imposer, comme le dépistage du cancer du sein, déclare Ceulemans. Sauf que personne n’a le courage de le dire. »

Le paradoxe français : notre pays dépense 2 fois plus en prévention du cancer du sein qu’en prévention cardiaque féminine. Pourtant, les maladies cardiaques tuent 3 fois plus de femmes. « On a l’impression que la société préfère investir dans des maladies qui font peur, mais qui touchent moins de monde », analyse la cardiologue. La preuve ? En Suède, un programme national de dépistage précoit a réduit la mortalité cardiaque chez les femmes de 40 % en 10 ans. En France ? On attend toujours.

Ce que les femmes doivent faire (mĂŞme si personne ne leur dit)

Si vous êtes une femme de plus de 40 ans, voici ce que vous devez exiger (parce que personne ne vous le proposera spontanément) :

  1. Un électrocardiogramme à 40 ans, même sans symptômes. Pas pour le plaisir : parce que 30 % des femmes qui font un infarctus n’ont aucun facteur de risque connu (pas de cholestérol, pas de tabagisme, pas de surpoids). C’est ce qu’on appelle un « infarctus silencieux ».

  2. Un dosage du cholestérol HDL et LDL, pas juste le « total ». Le rapport HDL/LDL est 10 fois plus important chez les femmes que chez les hommes pour prédire un risque cardiaque. Demandez-le. Si votre médecin refuse, changez-en.

  3. Une mesure de la pression artérielle sur 24h, pas juste au cabinet. 40 % des femmes hypertendues ne le savent pas, parce que leur tension est « normale » le jour du rendez-vous, mais explosive la nuit. C’est un facteur majeur d’AVC et d’infarctus.

  4. Un test de calcium coronaire (scanner rapide qui mesure les plaques dans les artères). Si le score est supérieur à 100, vous avez un risque élevé. Pourtant, seulement 5 % des femmes en France en bénéficient.

  5. Arrêter les pilules contraceptives à base de progestatifs seuls après 45 ans. Elles augmentent le risque cardiaque de 30 %. Passez aux œstrogènes (si possible) ou arrêtez. Point.

  6. Ne pas se fier aux symptômes « classiques ». Si vous avez une douleur dans la mâchoire, le cou, l’estomac ou les dents sans explication dentaire, c’est un infarctus jusqu’à preuve du contraire. Appelez le 15 sans attendre.

  7. Exiger un suivi cardiologique après une prééclampsie, un diabète gestationnel ou une fausse couche à répétition. Ces femmes ont un risque cardiaque majoré à vie. Pourtant, 90 % des gynécologues ne leur en parlent pas.

Le dernier conseil, le plus important : Ne vous laissez pas dire que c’est « dans votre tête ». Les femmes cardiaques sont 3 fois plus souvent diagnostiquées avec une dépression ou un trouble anxieux avant leur crise. Si un médecin vous prescrit un antidépresseur sans bilan cardiaque, insistez. Ou allez voir un autre médecin.

Pourquoi on ne vous parlera jamais de tout ça

Parce que c’est moins rentable. Les laboratoires pharmaceutiques dépensent 3 fois plus en marketing pour les médicaments contre l’érection (Viagra, Cialis) que pour les traitements cardiaques féminins. Pourquoi ? Parce que les hommes, eux, consultent. Les femmes, souvent, attendent.

Parce que les hôpitaux sont mal équipés. Les services de cardiologie sont saturés, et les femmes, avec leurs symptômes flous, sont prioritaires sur les hommes avec des douleurs thoraciques nettes. Résultat : elles attendent plus longtemps pour une coronarographie.

Parce que la société minimise leur risque. Une femme sur deux pense que le cancer du sein est plus dangereux que les maladies cardiaques. Faux. Pourtant, les campagnes de prévention ciblent surtout le sein. Pourquoi ? Parce que c’est plus « sexy » que le cœur.

La réalité, crue : les femmes meurent plus des maladies cardiaques que des accidents de la route, du cancer du poumon et du cancer du sein réunis. Pourtant, personne ne vous le dit. Pas votre médecin, pas les médias, pas les associations. Parce que ça dérange.

Alors voici ce que vous devez retenir :

  • Vos symptĂ´mes ne ressemblent pas Ă  ceux des films. Pas de douleur fulgurante dans la poitrine. Juste une gĂŞne sourde, une fatigue anormale, un essoufflement.
  • Vos risques sont sous-estimĂ©s. MĂŞme sans tabagisme ni cholestĂ©rol, vous pouvez faire un infarctus.
  • Vos mĂ©decins ignorent souvent les spĂ©cificitĂ©s fĂ©minines. Ne comptez pas sur eux pour vous alerter.

La dernière question : combien de temps allez-vous attendre avant de vous faire entendre ?

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R Galaxie Rédaction

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