Macron sépare les manifestants des casseurs

Après les émeutes du 17 octobre, le président durcit le ton. Les préfets ont carte blanche pour interdire les rassemblements. Mais la méthode divise déjà. Voici ce qu’il faut retenir de son discours, et pourquoi ça ne suffira peut-être pas.

Publié le 19 octobre 2026 à 10:07
Macron sépare les manifestants des casseurs

Le 17 octobre, à Paris, c’était la guerre. Des centaines de commerces vandalisés, des voitures brûlées, des forces de l’ordre en première ligne. Les images tournent en boucle : des vitrines explosées, des rues transformées en champ de bataille. Selon le ministère de l’Intérieur, 780 interpellations ont été réalisées cette nuit-là, un record depuis des années. Pas besoin d’être sociologue pour comprendre une chose : quelque chose a basculé. Et Emmanuel Macron l’a bien saisi, lui qui, depuis l’Élysée, a sorti les grands moyens pour séparer le bon grain de l’ivraie. Il a nommé les choses. Et ça, c’est rare.

Les préfets deviennent les gendarmes des villes

Macron l’a dit sans détour : « Les préfets prendront les décisions qui s’imposent pour protéger les villes. » Traduction : si vous cassez, on interdit. Point. Pas de demi-mesure, pas de dialogue. Les préfets, ces fonctionnaires discrets, deviennent les arbitres d’un nouveau jeu. À Lyon, à Marseille, à Lille, les rassemblements pourraient être interdits si les forces de l’ordre estiment que le risque de débordement est trop élevé. C’est une première. Jusqu’ici, les préfets avaient surtout pour rôle de gérer les crises après coup. Là, Macron leur donne un pouvoir préventif. Un pouvoir politique, pas administratif.

Pourtant, la question reste : qui décide vraiment ? Les préfets sont nommés par l’État, mais leur marge de manœuvre dépend aussi des maires, des syndicats, des associations. Et si un préfet interdit une manif, qui paiera les conséquences ? Les gilets jaunes l’ont appris à leurs dépens : interdire un rassemblement, c’est s’exposer à des accusations de censure. Macron mise sur l’autorité. Mais l’autorité sans légitimité, ça ne tient pas longtemps.

La présidentielle approche, le gouvernement durcit

Il y a un timing, bien sûr. À six mois du premier tour, le gouvernement ne peut pas laisser les images des émeutes s’imprimer dans les mémoires sans réagir. Macron a donc sorti l’artillerie lourde : interdictions, répression, discours clivant. « Ceux qui détruisent ne sont pas des manifestants, ce sont des criminels », a-t-il lancé. Un message clair pour l’électorat modéré, celui qui a peur des violences urbaines.

Mais attention : ce discours, c’est aussi un coup de poker. En ciblant les « casseurs », Macron évite de s’attaquer frontalement aux revendications sociales. La vie chère, les salaires, le pouvoir d’achat, tout ça, il n’en parle pas. Il préfère diaboliser une frange minoritaire, mais bruyante, des manifestants. Stratégie ? Oui. Efficace ? À voir.

Les syndicats et les associations déjà en colère

Du côté des syndicats, la réaction ne s’est pas fait attendre. La CGT parle de « répression », Solidaires de « dérive autoritaire ». Ils ont raison sur un point : Macron joue avec le feu. En donnant tant de pouvoir aux préfets, il risque de braquer ceux qui, justement, manifestent pour des causes légitimes. Et si demain, une manif pacifique se fait interdire parce qu’un préfet a peur des casseurs ? Qui sera responsable ?

Il y a pire : en criminalisant une partie des manifestants, le gouvernement normalise la répression. Les forces de l’ordre seront encore plus incitées à frapper fort, à verbaliser, à interdire. Le cercle vicieux est en place.

Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)

Sur le papier, les préfets ont maintenant les coudées franches. En pratique, ça ne réglera rien. Les casseurs, eux, continueront de venir. Les manifestants, eux, continueront de manifester. La seule différence ? L’État aura affiché sa détermination.

Mais détermination ne rime pas toujours avec efficacité. Prenez l’exemple de 2018. À l’époque, le gouvernement avait aussi durci le ton contre les gilets jaunes. Résultat ? Les émeutes avaient empiré. La répression a un effet boomerang.

Macron le sait. Pourtant, il mise tout sur la fermeté. Peut-être parce qu’il n’a pas le choix. La présidentielle arrive, et les images de chaos ne passent pas. Alors il frappe fort, il sépare les bons des méchants, et il espère que ça suffira.

Ça suffira-t-il ?

Probablement pas. Parce que le vrai problème, lui, reste entier : la colère sociale. Et tant que les salaires ne suivent pas, tant que le coût de la vie explose, les rues resteront un terrain de bataille. Macron a choisi son camp. Mais la guerre, elle, ne fait que commencer.

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R Galaxie Rédaction

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