Le RGPD belge ne rigole pas avec vos yeux
Le RGPD, oui, vous connaissez. Mais en Belgique, on l’applique comme un coup de marteau. Pas de cette tolérance molle qu’on voit ailleurs. Les lunettes Meta enregistrent vos mouvements oculaires, analysent vos expressions, et stockent des données biométriques. Or, en Belgique, la CNPD (Commission nationale pour la protection de la vie privée) a été claire : les données biométriques, c’est du lourd. Article 9 du RGPD : interdiction de traiter ces données sans consentement explicite, libre, et inconditionnel. Pas de case cochée en petit, pas de ‘vous acceptez nos conditions’ glissé dans un paragraphe de 50 lignes. Votre consentement doit être aussi net qu’un clignement d’œil.
Et puis il y a le délai de conservation. Meta dit garder vos données ‘un temps limité’. La CNPD belge, elle, exige une durée précise, justifiée, et strictement nécessaire. Si Meta ne peut pas prouver que vos données oculaires servent à quelque chose d’utile après trois mois, elles doivent être effacées. Point. Pas de ‘on verra plus tard’, pas de ‘on sait pas’. En Belgique, on vous demande des preuves.
Pourtant, Meta ne semble pas pressée de s’adapter. En France, ils ont déjà essuyé des critiques. En Belgique, ils risquent une plainte collective avant même le lancement. La CNPD belge a un historique : en 2021, elle a infligé une amende de 10 millions d’euros à une entreprise pour violation des données biométriques. 10 millions. Pas des miettes.
Votre visage appartient à quelqu’un d’autre ? Non. À vous. Enfin, presque.
Le droit à l’image en Belgique, c’est un casse-tête juridique. Deux lois s’affrontent : la loi sur la protection de la vie privée (1993) et le Code civil. Résultat : si vos lunettes filment des tiers sans leur consentement, vous êtes dans la merde. Pas de flou artistique ici. Même en public, si une personne est reconnaissable, son image est protégée. Filmer un inconnu dans la rue avec des lunettes connectées ? Illégal. Filmer un collègue sans son accord ? Sanctionnable.
Et puis il y a le droit à l’oubli. En Belgique, vous pouvez exiger que vos données soient effacées, même après des années. Meta devra prouver que la conservation de vos données oculaires a une utilité légitime. Sinon, elles partent. Pas de négociation. Pas de ‘on verra’. Effacement. Maintenant.
Pourtant, Meta mise sur un argument : ‘c’est pour la sécurité’. Connerie. En Belgique, la sécurité doit être proportionnée. Filmer en permanence pour détecter une menace ? Trop large. La CNPD belge a déjà sanctionné des entreprises pour surveillance excessive. Meta veut jouer les gendarmes ? Elle devra justifier chaque pixel.
Ce que les Belges ne disent pas (mais qu’ils pensent)
Personne n’en parle ouvertement, mais tout le monde sait que les lunettes Meta, c’est un peu comme le cheval de Troie de la surveillance de masse. Vos données oculaires, c’est votre signature biométrique. Et en Belgique, on n’aime pas les signatures forcées.
Prenez le cas de Privacy International, qui a déjà attaqué Meta pour ses pratiques de collecte de données. En Belgique, ils auraient un allié de poids : l’Autorité de protection des données (APD). En 2022, elle a bloqué un projet de reconnaissance faciale dans les transports en commun. Motif : risque disproportionné pour les libertés. Les lunettes Meta ? Même combat.
Et puis il y a l’affaire Schrems II. Vous vous souvenez ? La Cour de justice de l’UE a cassé le Privacy Shield, le mécanisme qui permettait aux entreprises américaines de transférer des données ‘en toute légalité’. Résultat : Meta doit prouver que ses serveurs belges (ou européens) sont vraiment sécurisés. Pas de ‘on fait confiance à Facebook’, pas de ‘c’est protégé’. Des preuves. Des audits. Des garanties.
Or, Meta n’a pas encore fourni ces preuves. En Belgique, sans elles, vos données oculaires partent aux États-Unis. Illégal.
Alors, on achète ou pas ?
Si vous êtes un particulier, le risque est limité. Mais pas nul. Une plainte pour violation du RGPD en Belgique peut coûter cher. Jusqu’à 4% du chiffre d’affaires mondial de Meta. Soit plusieurs milliards.
Si vous êtes une entreprise, c’est pire. Filmer vos employés avec des lunettes connectées sans leur accord ? Licenciement pour faute grave. Amende de la CNPD. Procès en diffamation si un salarié porte plainte.
Et puis, il y a la question éthique. En Belgique, on n’aime pas les expériences sans consentement éclairé. Les lunettes Meta, c’est un peu comme tester un nouveau médicament sans dire aux cobayes qu’ils sont des cobayes.
Pourtant, Meta mise sur l’effet de mode. ‘Tout le monde en porte, alors…’ En Belgique, ça ne marchera pas. Parce qu’ici, on pose des questions avant d’acheter.
La vraie question : et après ?
Les lunettes Meta vont débarquer en Europe. La Belgique n’est pas un marché prioritaire pour eux. Mais si vous en achetez une, sachez une chose : vous ne serez pas seul à savoir que vous portez ces lunettes. Vos contacts aussi.
Et en Belgique, quand on sait, on agit. La CNPD surveille. Les associations de protection des données aussi.
Alors, vous voulez vraiment jouer avec le feu ? Vos yeux valent plus que quelques euros d’économie.
Meta a deux options : soit ils adaptent leurs lunettes aux règles belges (consentement clair, effacement des données, protection des tiers), soit ils se font plumer. En Belgique, on ne négocie pas avec la vie privée.