À partir de 2025, les dermatos ne rateront plus ce dĂ©tail

Luisa Ita, 31 ans, avoue ne jamais se démaquiller avant de dormir. Deux fois par semaine, elle nettoie son visage. Une dermatologue explique pourquoi cette habitude, devenue virale, cache un danger sous-estimé, et ce que les réseaux sociaux ignorent encore.

Publié le 11 octobre 2026 à 20:01
À partir de 2025, les dermatos ne rateront plus ce dĂ©tail

Pourquoi personne ne parle des bactéries qui pullulent sous le mascara la nuit ?

Le problĂšme n’est pas le maquillage en soi. C’est ce qui se passe quand on le laisse en place pendant 14 heures d’affilĂ©e, dans un environnement idĂ©al pour les microbes : l’obscuritĂ©, la chaleur, et une peau qui transpire sans qu’on la nettoie. « Sous le mascara, surtout prĂšs des cils, les bactĂ©ries comme Staphylococcus epidermidis ou Propionibacterium acnes se multiplient », explique le Dr. Sophie Martin, dermatologue Ă  GenĂšve et autrice d’une Ă©tude sur les dermatites de contact liĂ©es aux cosmĂ©tiques. « Ces bactĂ©ries ne sont pas dangereuses en petites quantitĂ©s. Mais quand on les laisse prolifĂ©rer pendant des jours, elles pĂ©nĂštrent les micro-lĂ©sions de la peau, celles qu’on ne voit pas, causĂ©es par le frottement des doigts, des serviettes, ou mĂȘme des paupiĂšres qui clignent. » RĂ©sultat ? Des inflammations chroniques, des kystes, et parfois des infections qui ressemblent Ă  des boutons
 mais qui n’en sont pas. « Les gens croient avoir de l’acnĂ©. En rĂ©alitĂ©, c’est souvent une rĂ©action allergique ou une surinfection bactĂ©rienne. »

Luisa Ita n’est pas une exception. Sur TikTok, les hashtags #SleepWithMakeup et #NoRoutineNight cumulent des millions de vues. Les commentaires ? « Ça marche pour moi ! », « Ma peau a jamais Ă©tĂ© aussi saine », « Je fais ça depuis des annĂ©es, aucun problĂšme ». Sauf que personne ne montre les contreparties : les peaux qui tirent, les rougeurs qui persistent, ou ces petits points blancs sous les cils qui ressemblent Ă  des mites
 mais qui sont en rĂ©alitĂ© des microkystes infectĂ©s. « Les algorithmes rĂ©compensent les rĂ©sultats immĂ©diats, pas les effets Ă  long terme », note le Dr. Martin. « Une peau qui brille aprĂšs une nuit sans nettoyage ? Ça plaĂźt. Une peau qui s’irrite aprĂšs six mois ? Personne n’en parle. »

Le piÚge des « routines minimalistes » vendues comme saines

Le discours est simple : « Moins c’est mieux. La peau a besoin de respirer. » Sauf que la peau ne respire pas comme on croit. « Le maquillage n’étouffe pas la peau », prĂ©cise la dermatologue. « Le problĂšme, c’est l’accumulation de rĂ©sidus, les particules de poussiĂšre, les bactĂ©ries, et les conservateurs des produits qui s’accumulent dans les pores. » Une Ă©tude de l’American Academy of Dermatology (2022) montre que 68 % des femmes qui dorment avec leur maquillage dĂ©veloppent des irritations au moins une fois par an. Parmi elles, 12 % finissent par consulter pour des problĂšmes plus graves. « Les gens confondent ‘peau qui respire’ et ‘peau qui s’autonettoie’ », ajoute le Dr. Martin. « Une peau qui respire, c’est une peau propre. Pas une peau encrassĂ©e. »

Le pire ? Les marques de cosmĂ©tiques surfent sur cette tendance sans avertir. « On voit des publicitĂ©s pour des ‘primers’ qui promettent de protĂ©ger le maquillage toute la nuit. Or, ces primers sont souvent occlusifs, ils bloquent les pores encore plus que le fond de teint. » Certains contiennent mĂȘme des silicones qui, Ă  long terme, Ă©paississent la couche cornĂ©e de l’épiderme. « RĂ©sultat : la peau devient moins rĂ©ceptive aux soins, et plus vulnĂ©rable aux infections. »

Ce que les influenceurs ne vous disent pas sur les « nettoyages express »

Luisa Ita, elle, nettoie son visage « deux fois par semaine ». Deux fois. Pas deux fois par jour. « Je n’ai pas le temps pour une routine complĂšte », explique-t-elle. « Alors je passe un lingette sur mon visage avant de dormir, et je fais un gommage le week-end. » ProblĂšme : une lingette, mĂȘme « nettoyante », n’élimine pas les bactĂ©ries. Elle les repousse. « Les lingettes humidifiĂ©es contiennent des tensioactifs qui dĂ©collent les impuretĂ©s en surface, mais laissent les rĂ©sidus lipidiques et les microbes dans les couches profondes de la peau », dĂ©taille le Dr. Martin. « C’est comme laver sa vaisselle Ă  l’eau claire : ça enleve la nourriture visible, mais pas la graisse collĂ©e au fond. »

Quant aux gommages « deux fois par semaine », ils sont inefficaces contre les bactĂ©ries logĂ©es dans les follicules pileux. « Un gommage mĂ©canique ne remplace pas un nettoyant Ă  pH adaptĂ© et un antibactĂ©rien doux. » Pire : si on utilise un gommage trop abrasif, on crĂ©e des micro-lĂ©sions qui deviennent des portes d’entrĂ©e pour les infections. « Les gens pensent faire du bien Ă  leur peau. En rĂ©alitĂ©, ils la fragilisent. »

La vraie raison pour laquelle cette tendance persiste

Ce n’est pas par nĂ©gligence. C’est par mĂ©connaissance, et par effet de mode. « Les rĂ©seaux sociaux vendent l’idĂ©e que la beautĂ©, c’est le moins d’efforts possible », observe le Dr. Martin. « Or, la peau a besoin de discipline, pas de facilitĂ©. » DerriĂšre cette tendance se cache aussi une forme de rĂ©bellion contre les routines « trop compliquĂ©es » des annĂ©es 2010. « Avant, on nous disait : ‘Nettoyer, tonifier, hydrater’. Maintenant, on nous dit : ‘Fais ce que tu veux, tant que ça a l’air naturel’. » Sauf que « naturel » ne signifie pas « sain ».

Il y a aussi l’argument Ă©conomique. « Acheter des produits de nettoyage, c’est cher. Alors on fait l’impasse. » Sauf que les infections de peau coĂ»tent cher, elles aussi. « Une dermatite sĂ©borrhĂ©ique mal soignĂ©e peut nĂ©cessiter des antibiotiques Ă  50 euros la boĂźte. Et une cicatrice d’acnĂ©, ça ne se gomme pas avec du maquillage. »

Ce que vous devez faire, mĂȘme si c’est chiant

  1. Si vous dormez avec du maquillage : utilisez un dĂ©maquillant Ă  l’huile ou une eau micellaire tous les soirs, mĂȘme si vous ĂȘtes fatiguĂ©e. « Cinq minutes de nettoyage Ă©vitent cinq ans de problĂšmes », insiste le Dr. Martin. Pas de lingette. Pas d’eau du robinet. Juste un produit qui dissout les graisses et les rĂ©sidus.

  2. Si vous avez la peau sensible ou sujette aux boutons : ajoutez un antibactĂ©rien doux (type lotion Ă  la niacinamide ou au peroxyde de benzoyle 2,5 %) une fois par semaine. « Ça ne remplace pas un nettoyage complet, mais ça rĂ©duit les risques d’infection. »

  3. Si vous voulez vraiment une routine minimaliste : optez pour un nettoyant en gel Ă  pH 5,5 (le pH naturel de la peau) et une crĂšme hydratante sans parfum. « Moins d’étapes, mais des produits qui marchent. » Pas de « routines express » qui promettent des miracles en deux minutes.

  4. Si vous voyez des points blancs sous les cils ou des rougeurs qui persistent : consultez. « Ce n’est pas de l’acnĂ©. C’est souvent une surinfection. Et ça, ça ne part pas tout seul. »

Pourquoi 2025 sera l’annĂ©e oĂč tout bascule

D’ici deux ans, les dermatologues devraient commencer Ă  voir les premiĂšres consĂ©quences Ă  long terme de cette tendance. « Les peaux qui ont Ă©tĂ© nĂ©gligĂ©es pendant des annĂ©es vont montrer des signes d’affaiblissement : rosacĂ©e, Ă©rythrose, perte d’élasticitĂ© prĂ©coce. » Les marques de cosmĂ©tiques, sous la pression des rĂ©gulateurs, pourraient aussi ĂȘtre obligĂ©es d’ajouter des mises en garde sur leurs emballages. « Comme pour les cigarettes : ‘Dormir avec du maquillage peut endommager votre peau’. »

Luisa Ita, elle, continue de poster ses vidĂ©os. « Ma peau va bien, je n’ai pas de problĂšmes. » Peut-ĂȘtre. Mais le Dr. Martin a un dernier conseil, qu’elle donne Ă  tous ses patients : « La peau, ça se voit. Mais les problĂšmes, ça se voit aussi, juste plus tard. » Et Ă  ce jeu-lĂ , les rĂ©seaux sociaux ne mentent jamais. Ils retardent juste l’heure de vĂ©ritĂ©.

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R Galaxie Rédaction

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