Lola Yon arrête les compétitions, son corps a gagné

La triathlète de haut niveau Lola Yon, atteinte d’endométriose, annonce arrêter les compétitions. Son corps ne suit plus. Une maladie qui touche une femme sur dix, et que le sport ignore encore. Pourquoi les athlètes mentent-ils sur leur santé ? Et si la performance tuait le plaisir ?

Publié le 20 septembre 2026 à 06:10
Lola Yon arrête les compétitions, son corps a gagné

Lola Yon a 28 ans. Elle vient d’annuler sa saison. Pas par choix, par nécessité. Son corps dit stop. Et cette fois, elle écoute.

Ce n’est pas une retraite. Juste un arrêt. Provisoire, peut-être. Mais définitif dans l’esprit. Parce que depuis des années, elle force. Trop longtemps. Trop fort. L’endométriose, cette saloperie qui fait pousser des tissus utérins ailleurs dans le ventre, lui a volé des morceaux de vie. Des jours entiers pliée en deux. Des nuits blanches à compter les heures avant la prochaine crise. Et puis il y a eu les compétitions. Les entraînements. Cette pression de toujours en vouloir plus, plus vite, plus loin.

Pourtant, personne ne parle de ça dans le monde du triathlon.

Pas les fédérations. Pas les sponsors. Pas les autres athlètes. On parle des records, des podiums, des sponsors. Rarement des douleurs. Des règles qui déferlent comme des vagues pendant 10 jours. Des examens gynécologiques qui ressemblent à des tortures. Des médecins qui minimisent. « C’est normal à votre âge. » « Vous êtes trop sensible. » « Ça va passer. » Des conneries.

Lola Yon, elle, a fini par comprendre une chose simple : son corps n’est pas une machine.

Le sport ignore l’endométriose, et ça se paie

Une femme sur dix en âge de procréer est touchée par l’endométriose. Une sur dix. Soit environ 1,5 million de Françaises. Parmi elles, des sportives de haut niveau. Des femmes qui courent, nagent, grimpent, sautent, sourient en public… et saignent en silence.

Pourtant, le sport de compétition reste un monde où la douleur se tait.

En 2022, une étude de l’Université de Glasgow (publiée dans The BMJ) révélait que 40 % des femmes atteintes d’endométriose reportaient leurs symptômes pendant l’effort, par peur de perdre en performance. 40 %. Presque la moitié.

Lola Yon fait partie de ces femmes. Elle a couru pendant des années avec des douleurs si intenses qu’elle serrait les dents jusqu’à en avoir mal aux mâchoires. Elle a nagé en retenant son souffle, de peur que l’eau froide ne déclenche une crise. Elle a pédalé en comptant les kilomètres comme on compte les minutes avant l’explosion.

Le problème ? Personne ne lui a jamais dit que c’était possible d’arrêter.

Pas son entraîneur. Pas ses coéquipières. Pas les médecins du sport, trop occupés à mesurer sa VO₂ max et son seuil lactique. On lui a toujours dit qu’elle devait tenir. Parce que c’est comme ça.

La performance avant tout, même si ça tue

Le triathlon, c’est un sport de souffrance calculée. On court, on nage, on pédale, et on serre les dents. Mais il y a une différence entre la douleur supportable et celle qui vous cloue au lit.

Lola Yon a atteint cette limite en 2023, lors d’un Ironman en Espagne. Elle avait commencé la course avec une douleur sourde dans le bas-ventre. Rien d’alarmant. Juste « une petite gêne », comme elle dit. Sauf que sur la deuxième partie du vélo, la douleur est devenue insupportable. Elle a fini la course en larmes, à moitié consciente, avec l’impression que son utérus lui déchirait les entrailles.

À l’arrivée, personne ne lui a demandé si ça allait. Juste « Bien joué, Lola. Prochaine fois, tu feras mieux. »

Le jour suivant, elle s’est effondrée.

Diagnostic : endométriose sévère, avec des lésions sur les ovaires et les trompes.

Pourquoi les athlètes mentent sur leur santé ?

Parce que le sport de haut niveau est un monde de loups.

Si vous avouez que vous êtes malade, vous risquez de perdre votre place. Votre sponsor. Votre réputation. Votre statut.

Lola Yon a vu des copines de compétition faire semblant d’aller bien pendant des années. Prendre des antidouleurs avant les courses. Boire des litres d’eau pour masquer les saignements. Se mentir à elles-mêmes pour ne pas décevoir.

Le pire ? Beaucoup de médecins du sport ne savent même pas reconnaître les symptômes.

« Ils te disent : ‘C’est dans ta tête.’ Ou : ‘C’est normal, tu es une femme.’ » Voilà ce qu’elle a entendu pendant des années.

Pourtant, l’endométriose n’est pas une maladie psychologique. C’est une maladie inflammatoire chronique, classée par l’OMS comme « équivalente en termes de handicap à un infarctus du myocarde ». Mais dans le monde du sport, on préfère fermer les yeux.

Et si on écoutait enfin les corps ?

Lola Yon a décidé d’arrêter les compétitions. Pas pour toujours, peut-être. Mais assez longtemps pour réapprendre à écouter son corps.

Elle ne va plus courir 100 km en une journée. Elle ne va plus nager jusqu’à l’épuisement. Elle ne va plus pédaler comme si sa vie en dépendait. Parce que sa vie en dépend.

Le plus fou ? Personne ne lui a jamais expliqué que c’était possible.

Pas les fédérations. Pas les entraîneurs. Pas les sponsors. Juste elle, et son corps, qui lui murmurait depuis des années : « Arrête. »

Le triathlon a un problème d’endométriose

Ce n’est pas qu’un problème de Lola Yon. C’est un problème de tout le sport féminin.

En 2021, une enquête de France Endo (association de patients) révélait que 68 % des sportives atteintes d’endométriose avaient déjà caché leurs symptômes pour continuer à performer. 68 %.

Pourquoi ? Parce que personne ne leur a dit qu’elles avaient le droit de ralentir.

Le triathlon, comme beaucoup de sports, est un monde où la performance prime sur la santé. Où l’on célèbre les records, pas les limites. Où l’on ignore les corps qui craquent, parce que « c’est comme ça ».

Mais et si c’était ça, le vrai problème ?

Et si le vrai scandale, ce n’était pas que Lola Yon arrête les compétitions… mais que personne ne lui ait jamais proposé de faire autrement ?

La dernière question qui dérange

L’endométriose, c’est une maladie qui se soigne. Mais seulement si on la prend au sérieux.

Lola Yon a eu de la chance : elle a trouvé une gynécologue qui l’a écoutée. Qui lui a dit « On va essayer ça » au lieu de « Ça va passer ». Qui lui a prescrit des traitements adaptés. Pas toutes les femmes ont cette chance.

Alors la vraie question, c’est : et vous, vous écoutez votre corps ?

Ou vous attendez qu’il vous tombe en morceaux pour enfin vous dire « Assez » ?

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R Galaxie Rédaction

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