Liège injecte 4,2 millions d'euros dans la recherche contre le cancer

Plus de 300 chercheurs liégeois reçoivent des subsides pour leurs travaux. Mais derrière les chiffres, des questions persistent : ces financements suffiront-ils à combler le retard belge ? Et pourquoi les résultats peinent-ils à percer dans le grand public ?

Publié le 8 octobre 2026 à 20:49
Liège injecte 4,2 millions d'euros dans la recherche contre le cancer

Un record qui ne suffit pas à masquer les failles du système belge

Le 15 mars dernier, la Région wallonne a annoncé un coup de pouce de 4,2 millions d’euros pour la recherche médicale à Liège. Soit plus de 300 subsides attribués à des équipes qui bossent sur le cancer, les maladies rares, ou encore les thérapies géniques. Le chiffre claque. Sauf qu’il ne dit pas tout.

Premier problème : ces 4,2 millions, c’est l’équivalent de ce que la Région dépense en une année pour un seul hôpital comme le CHU de Liège. À titre de comparaison, le fonds européen pour la recherche sur le cancer (Horizon Europe) a alloué 1,5 milliard rien qu’en 2023 pour des projets similaires en Europe. On est loin du compte.

Et puis, il y a cette question qui dérange : pourquoi la Belgique traîne-t-elle toujours derrière la France ou l’Allemagne en matière de financement public de la recherche ? En 2022, le gouvernement fédéral a débloqué 12 millions pour la lutte contre le cancer. La Région wallonne, elle, mise sur des appels à projets ponctuels. Résultat ? Les chercheurs belges dépendent à 40 % de fonds européens ou privés. Un risque : quand l’Europe serre les cordons ou que les donateurs se font rares, c’est toute la recherche qui vacille.

Liège, un hub sous-exploité ?

Le CHU de Liège, c’est le deuxième plus gros employeur de chercheurs en oncologie en Belgique après l’UZ Leuven. Leurs travaux ? Des percées sur l’immunothérapie, des essais cliniques prometteurs contre les gliomes (un cancer du cerveau ultra-agressif). Pourtant, seulement 15 % des découvertes liégeoises aboutissent à des applications concrètes. Pourquoi ?

Parce que publier dans Nature ou The Lancet, ça ne paie pas les salaires. Parce que les partenariats avec l’industrie pharmaceutique sont rares : les labos préfèrent investir là où les subventions sont stables. Et parce que les patients belges ignorent souvent ces avancées. Une étude de l’Institut Scientifique de Santé Publique (ISp) révélait en 2023 que 68 % des Belges ne connaissent pas les essais cliniques disponibles près de chez eux. À Liège, où des traitements innovants contre le mélanome sont testés depuis 2021, seulement 3 % des éligibles s’y inscrivent.

Le paradoxe : la Wallonie mise sur l’excellence locale, mais ne communique pas assez pour en tirer profit. Pendant ce temps, des cliniques comme l’Institut Jules Bordet à Bruxelles, mieux financées, attirent les patients et les talents.

L’argent ne fait pas tout : le casse-tête des brevets

Prenez l’exemple du professeur Jean-Marc Ferrero, oncologue à l’ULiège. Son équipe a mis au point un marqueur génétique pour détecter tôt les cancers du poumon chez les non-fumeurs. Une piste majeure : aujourd’hui, 30 % des diagnostics sont trop tardifs. Problème ? Le brevet est coincé dans les tiroirs depuis 2020. Pourquoi ? Parce que les petites structures comme la Région wallonne n’ont pas les moyens de négocier avec les géants pharma. Ferrero : « On a proposé le brevet à une dizaine de labos. Aucun n’a voulu investir sans garantie de retour sur investissement. »

Résultat : une découverte potentielle pour des milliers de patients, et personne pour la commercialiser. La Belgique perd des milliards en innovations non exploitées. Selon la Vlaams Agentschap Innoveren & Ondernemen (VLAIO), 40 % des brevets belges en biotech meurent avant même d’être testés en phase clinique. À Liège, où les labos manquent de fonds pour déposer des brevets, le taux atteint 50 %.

Ce que les 4,2 millions ne couvrent pas

Les 300 subsides attribués en mars 2024 ? Ils financent surtout des salaires de doctorants et du matériel. Mais rien pour les infrastructures. Le centre de recherche du CHU de Liège manque de places en unité de soins intensifs pour les essais cliniques. Résultat : des projets prometteurs sont abandonnés faute de lits disponibles. « On a dû refuser trois collaborations avec des hôpitaux français parce qu’on n’avait pas les moyens d’agrandir nos services », confie une responsable de l’unité d’oncologie.

Et puis, il y a l’effet d’aubaine : ces subsides attirent des chercheurs… qui repartent ailleurs quand les fonds s’épuisent. Entre 2018 et 2023, 12 % des chercheurs wallons ont quitté la région pour des postes mieux payés en Suisse ou aux Pays-Bas. À Liège, où les salaires des professeurs sont inférieurs de 15 % à la moyenne européenne, le turnover est élevé.

La vraie question : et après ?

4,2 millions, c’est un record. Mais c’est aussi l’équivalent de ce que la Région dépense en une journée pour les transports en commun. Suffisant pour faire du bruit ? Oui. Suffisant pour changer la donne ? Non.

Le vrai problème, c’est que ces financements restent ponctuels et dispersés. La Flandre, elle, a mis en place un fonds dédié de 50 millions par an depuis 2020. La France, 1,2 milliard via le plan Cancer 2030. La Belgique, elle, continue de jouer les rattrapages.

Ce qui manque ?

  • Une stratégie nationale (au lieu de 3 Régions qui tirent à hue et à dia).
  • Des partenariats obligatoires avec l’industrie pour éviter que les brevets ne pourrissent dans les tiroirs.
  • Une communication claire pour que les patients sachent où se trouvent les essais cliniques.

Liège a les talents. Mais sans vision globale, ces 4,2 millions ne serviront qu’à caler la planche pourrie du système belge.

La dernière idée qui compte : ces subsides sont une goutte d’eau. La vraie bataille, ce n’est pas d’avoir plus d’argent. C’est d’avoir la volonté politique de le faire travailler. Et là, la Belgique a un retard de plusieurs années.

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R Galaxie Rédaction

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